« La chique de bétel est le début d'une conversation. »
(Baonghean) – L’image des rangées d’areciers droits et élancés, leurs feuilles et leurs tiges découpées comme des plumes d’oiseau, scintillant sous le soleil matinal, ondulant dans la brise de l’après-midi, ou se détachant sur le ciel d’un bleu profond les nuits de pleine lune ; l’image des vignes d’arec verdoyantes aux feuilles grandes comme une main dans les coins des jardins des grands-parents… autant d’images familières profondément ancrées dans la mémoire de beaucoup. Aujourd’hui, elles sont devenues des symboles de la patrie, nourries par la nostalgie et l’affection de ceux qui vivent loin. Et la coutume de mâcher du bétel est devenue une tradition culturelle transmise de génération en génération…
Selon la légende, la coutume de mâcher de la noix de bétel remonte à l'époque des rois Hùng, et est associée à la légende de « L'Histoire de la Noix de Bétel ». Celle-ci raconte l'histoire d'un amour fidèle entre époux et le lien fraternel qui, traversant montagnes et rivières pour se retrouver, se serait transformé en arbres à bétel, en lianes de bétel et en rochers entrelacés. La noix de bétel est le point de départ de la communication et des échanges, l'expression des sentiments, favorisant le rapprochement et l'ouverture entre les personnes. Elle constitue l'offrande initiale lors d'importantes cérémonies traditionnelles telles que les mariages, les hommages aux ancêtres, les funérailles et les rites funéraires. La noix de bétel est un symbole d'amour romantique et d'affection entre époux, entre frères et sœurs, au sein de la famille, et de bonheur.
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Une chique de bétel se compose de quatre ingrédients, chacun ayant une saveur différente : la noix de bétel (sucrée), la feuille de bétel (piquante), la racine (amère) et la chaux (chaude). Le grand arbre à bétel symbolise le ciel (yang). La chaux, pierre, symbolise la terre (yin). La vigne de bétel, qui pousse de la terre et s’entrelace avec l’arbre, symbolise l’intermédiaire. Une chique de bétel comprend un morceau de noix de bétel, une feuille de bétel enrobée de chaux et un morceau d’écorce astringente (un morceau de racine). Mâcher du bétel avec de la noix de bétel offre la douceur de la noix, le piquant de la feuille, la chaleur astringente de la chaux et le goût terreux de la racine… le tout créant un effet stimulant, rafraîchissant l’haleine et colorant les lèvres. Préparer la noix de bétel nécessite un couteau bien aiguisé, d’éplucher soigneusement l’écorce et de ne jeter qu’environ un tiers de la base. Ensuite, la chique de bétel est coupée dans le sens de la longueur en 5 ou 6 parts égales, et la couche extérieure verte est retirée avant d'être mâchée. Pour préparer une chique de bétel en forme d'aile de phénix, on plie la feuille de bétel en deux dans le sens de la longueur, puis on pratique une incision légèrement oblique de chaque côté, du milieu vers la tige, sans toutefois la couper complètement. La partie centrale de la feuille est taillée pour la redresser, comme pour la préparation d'une chique de bétel ordinaire. On applique un peu de chaux au centre, puis on roule la chique ; on perce ensuite un trou au milieu du rouleau et on fixe la tige. Les deux bandes de feuille incurvées, coupées près de la tige au début, ne sont pas roulées et se recourbent vers le haut, évoquant les ailes d'un phénix. L'art de préparer la chique de bétel valorise l'habileté et la dextérité féminines. L'image de la chique de bétel roulée, qu'elle soit dodue ou ronde, régulière ou gracieuse, reflète le savoir-faire de la femme. Au goût du bétel mâché – qu’il soit fade, doux ou salé grâce au citron vert, subtilement parfumé ou intensément épicé grâce à la cannelle ou à l’anis étoilé – on peut plus ou moins discerner le caractère de son propriétaire : insouciant ou prudent, maladroit ou habile, simple ou élaboré, calme ou passionné.
La coutume d'offrir du bétel dans notre pays montre que la noix de bétel est un élément incontournable des interactions sociales quotidiennes. Car « une chique de bétel marque le début d'une conversation », « le début de la réception d'invités », ainsi, dès que des personnes se rencontrent, après quelques salutations, elles offrent immédiatement des noix de bétel à manger avant d'aborder tout autre sujet.
Si vous avez des feuilles de bétel, retirez-les.
D'abord, il s'agit de divertir un ami, ensuite il s'agit de nous-mêmes.
- Autrefois, personne ne se connaissait.
C’est uniquement grâce aux cigarettes et aux noix de bétel que nous avons fait connaissance.
Dans le contexte de l'amour et du mariage, la coutume d'offrir des feuilles de bétel est largement répandue. Les feuilles de bétel et les noix d'arec étant également des cadeaux de mariage, leurs images, couleurs et saveurs, ainsi que celles du citron vert, évoquent chez les jeunes gens des histoires d'amour et des couples prédestinés.
— Va dans le jardin cueillir les jeunes noix de bétel.
Il vous trouve charmante et veut vous épouser.
La craie est plus blanche que la chaux ; la chaux est plus résistante que la craie.
Il s'est retrouvé ici parce qu'il l'aimait.
Aujourd'hui, bien que les feuilles de bétel et les noix d'arec demeurent une belle tradition lors des demandes en mariage, reflétant l'identité culturelle, rares sont ceux qui mâchent encore du bétel. Les jeunes d'aujourd'hui connaissent peu le bétel et la noix d'arec. Les rangées d'aréquiers et les luxuriantes plantations de bétel ont peu à peu disparu des villages. L'offrande de bétel est également tombée en désuétude. La consommation de bétel ne subsiste plus qu'en milieu rural, associée à l'image des personnes âgées. Néanmoins, le bétel et la noix d'arec restent présents lors des fêtes, du Têt (Nouvel An lunaire) et autres célébrations. La consommation de bétel est devenue un élément de l'identité culturelle traditionnelle du peuple vietnamien, exprimant loyauté, unité et respect.
Duy Ngoc
