Une précieuse valeur spirituelle
(Baonghean) - CIl est fascinant de constater que dans les proverbes, les chansons folkloriques et les ballades, l'amour de la patrie est souvent associé aux repas de famille. Par exemple : « Quand je pars, je me souviens de ma patrie / Je me souviens de la soupe aux épinards d'eau, je me souviens des aubergines marinées. » De même, lorsqu'il est question de bonheur familial et de couples, on trouve : « Des barbillons de crevettes cuisinés avec des boyaux de courge / Mari et femme mangent ensemble, approuvant d'un signe de tête. » Même lorsqu'il est question de problèmes familiaux menant à la séparation, l'image d'un repas est subtilement présente, comme dans « repas désagréables, soupe amère »… Cela suffit à illustrer la signification riche et la place importante des repas dans chaque foyer, en particulier des chaleureux et affectueux repas de famille. Et c'est précisément le thème de la Journée de la famille vietnamienne de cette année.
Tout a des racines profondes, et cette année, le choix de ce thème par le secteur culturel national n'est certainement pas anodin. Le rythme effréné de la vie moderne, conjugué à la prospérité économique et à l'influence d'une forte intégration au monde extérieur – avec des termes autrefois considérés comme tendance, tels que la restauration rapide associée à de grandes marques européennes et américaines – a conduit de nombreuses familles, notamment urbaines, à perdre le véritable sens des « chaleureux et conviviaux repas de famille ». Ce phénomène a fragilisé les fondements d'une famille épanouie, à l'image d'un navire sans ancre solide qui tangue et roule sous l'effet des vents et des vagues. Car les repas de famille possèdent une valeur matérielle et spirituelle incomparable. Ces deux aspects sont indissociables. Les repas offrent aux membres de la famille un moment privilégié pour se ressourcer et se revitaliser, tout en leur permettant de prendre soin les uns des autres et d'exprimer leur profonde affection à travers des plats adaptés aux goûts de chacun.
C'est aussi un moment privilégié pour enrichir mutuellement ses valeurs spirituelles à travers des récits joyeux et des conversations informelles sur la vie sociale, renforçant ainsi les liens et l'affection réciproque. Chacun connaît le proverbe sur les bonnes manières à table : « Mangez en regardant le contenu de la casserole, asseyez-vous en regardant où vous allez. » Pourquoi « manger en regardant le contenu de la casserole » ? Il n'y a pas si longtemps, le riz n'était pas aussi abondant qu'aujourd'hui ; il était même rare. Ceux qui servaient le riz devaient faire très attention à leurs mains, veillant à ce que chaque bol soit rempli uniformément. Quant à ceux qui mangeaient, par égard pour les autres, ils regardaient toujours la casserole de riz pour voir la quantité restante et adaptaient leur rythme en conséquence. Cela leur évitait de trop manger et leur permettait d'en laisser davantage pour leurs grands-parents, leurs parents et leurs frères et sœurs plus jeunes. C'est une leçon de piété filiale et de comportement moral à table.
Littéralement, c'est le sens ; au sens figuré, cela signifie que quoi que vous fassiez, vous devez être attentif et conscient, et agir de manière moralement juste. Cet enseignement, bien que présent dans les livres, prend racine dans les repas concrets partagés en famille. Ces précieuses valeurs spirituelles se forment et s'enrichissent progressivement à chaque repas. Ceux qui vivent loin de chez eux et de leur ville natale n'oublieront jamais ces dîners. Surtout les après-midi d'hiver, au coin du feu, même un repas simple, sans extravagance, avec un panier de pommes de terre ou de manioc, suffit à éveiller les sens. Car il ne s'agit plus seulement d'une pomme de terre ou d'un manioc, mais d'un symbole, de la cristallisation de l'affection familiale. Sans cela, la famille cesserait d'exister. Si elle existe encore, elle ne serait plus qu'un nom.
Pour que la flamme du bonheur familial continue de brûler, le secret est de « ne pas laisser la cuisine s'éteindre ». Le repas est l'occasion pour les familles de se retrouver après une journée de travail ou d'études stressante. C'est un moment privilégié pour chacun d'exprimer ses sentiments. Chaque plat représente l'amour de l'épouse, de la mère, de la fille et du cadet pour leur père, leur mari et leur frère aîné bien-aimés. Ils ressentiront cet amour et cette reconnaissance dans leurs plats préférés. C'est le lien invisible qui unit les membres de la famille, les rapprochant et renforçant leurs liens. C'est pourquoi l'expression « le cœur passe par l'estomac » est si vraie. Le repas est aussi un moment d'éducation pour les enfants, comme mentionné précédemment. C'est l'occasion pour chacun de mieux se comprendre à travers des histoires, courtes ou longues, tristes ou joyeuses, et les commentaires variés des membres de la famille.
Ainsi, chaque fois que la famille se réunit après une longue séparation, elle organise toujours un repas ensemble. Ce repas est l'occasion de se détendre, un moment où chacun peut mettre de côté ses soucis, ses angoisses, voire ses propres griefs et sa colère, afin de ne pas affecter les autres. C'est un moment privilégié pour toute la famille, pour savourer ses plats préférés. « Même Dieu évite d'interrompre un repas ! » Un repas familial chaleureux et convivial apporte bien d'autres bienfaits à chaque personne et à chaque famille, des bienfaits inestimables. On peut donc conclure que le repas familial est une précieuse valeur spirituelle qui ne doit pas se perdre avec le temps, mais être perpétuée régulièrement et pour toujours.
Duy Huong