Le Premier ministre chinois subit des pressions en Inde.
Aujourd'hui, 19 mai, le Premier ministre chinois Li Keqiang entame une visite en Inde à un moment où les relations entre Pékin et New Delhi se détériorent sérieusement suite à l'incident du mois dernier impliquant des soldats chinois infiltrés en territoire indien.
Selon l'India Express, Li Keqiang rencontrera aujourd'hui le Premier ministre indien Manmohan Singh. Le porte-parole du ministère indien des Affaires étrangères, Syed Akbaruddin, a déclaré que New Delhi « apprécie » le choix de l'Inde par Li Keqiang comme première destination à l'étranger.

Cependant, dans le même temps, Gautam Bambawale, haut responsable du ministère indien des Affaires étrangères, a affirmé que le Premier ministre Singh aborderait franchement avec M. Li « tous les problèmes » entre l’Inde et la Chine. La discussion portera principalement sur l’incident du mois dernier impliquant des soldats chinois infiltrés en territoire indien.
Déterminés à empêcher toute nouvelle intrusion
À la mi-avril, un groupe de soldats chinois a franchi la Ligne de contrôle effectif (LCE) sino-indienne, pénétrant de 20 km en territoire indien et y établissant un campement. Cette incursion chinoise a eu lieu au Ladakh, dans l'ouest de l'Himalaya. Après de nombreuses négociations entre les deux parties, les troupes chinoises se sont finalement retirées le 5 mai.
Malgré les objections de New Delhi, Pékin maintient que les troupes chinoises « n'ont pas franchi la Ligne de contrôle effectif (LAC) ». L'opinion publique indienne critique la réaction timide du gouvernement de New Delhi face à l'incursion chinoise. Hier, l'agence de presse Press Trust of India a rapporté les propos de plusieurs responsables gouvernementaux indiens affirmant que New Delhi est déterminée à faire pression sur Pékin pour empêcher que de telles incursions ne se reproduisent.
Par ailleurs, le Hindustan Times a rapporté que le ministère indien de la Défense a récemment publié un rapport mettant en garde contre le « risque important » que représente le renforcement du déploiement naval chinois dans l'océan Indien, à proximité des frontières de l'Inde. Le rapport affirme que la marine chinoise vise à contrôler des voies maritimes sensibles dans l'océan Indien.
Le Daily News & Analysis rapporte qu'outre les différends territoriaux, le Premier ministre indien Manmohan Singh et son homologue chinois Li Keqiang devront aborder un autre sujet brûlant des relations bilatérales : le déséquilibre important de la balance commerciale en faveur de la Chine. L'Inde exigera également de la Chine qu'elle garantisse que la construction par Pékin de trois nouveaux grands barrages hydroélectriques sur le Brahmapoutre (appelé Yarrlung Tsangpo par la Chine) n'affectera pas les ressources en eau situées en aval, sur le territoire indien.
La tactique ingénieuse de «créer des conflits pour revendiquer la souveraineté»
Un pari dangereux Dans la revue The Diplomat, Yaping Wang, experte du Carnegie Endowment for International Peace (CEIP), affirme que les tactiques de « modification du statut » de la Chine engendreront de nombreux risques pour Pékin. Parmi ceux-ci figurent le risque de conflit maritime, la montée du sentiment antichinois dans d'autres pays et la perception, au sein de la communauté internationale, que la Chine est une puissance agressive. Par conséquent, l'environnement sécuritaire autour de la Chine se détériorera. « La Chine joue un jeu dangereux », déclare Yaping Wang. |
L’International Crisis Group (ICG) a récemment publié un rapport critiquant la Chine pour avoir recours à la tactique de « créer des différends pour affirmer sa souveraineté » en mer de Chine orientale et en mer de Chine méridionale. Ce rapport, intitulé « Eaux dangereuses », indique que Pékin utilise une tactique commune dans les deux mers : considérer les actions entreprises par d’autres nations pour défendre leur souveraineté comme des « actes d’agression », puis riposter par des mesures énergiques visant à « modifier le statu quo » à son avantage.
Après la nationalisation des îles Senkaku/Diaoyu par le Japon en septembre 2012, la Chine a immédiatement déclaré que les eaux entourant les îles Senkaku constituaient sa « ligne de base territoriale ». Selon le droit chinois, cette « ligne de base » encerclant les îles Senkaku implique que l'archipel relève de la souveraineté chinoise. Depuis lors, Pékin déploie continuellement des patrouilleurs dans ces eaux. Les garde-côtes chinois ont déclaré qu'il s'agissait en réalité d'une tentative d'« étendre son contrôle » sur les eaux des Senkaku afin de contraindre le Japon à reconnaître la présence de cette zone contestée.
La Chine a également eu recours à cette tactique à plusieurs reprises en mer de Chine méridionale. Sous prétexte que les Philippines déployaient des navires de guerre pour arrêter des pêcheurs chinois pratiquant la pêche illégale au récif de Scarborough, Pékin s'en est emparé. La Chine a ainsi modifié le statu quo au récif de Scarborough à son avantage, tout en continuant d'accuser les Philippines d'« agression ».
Pour tromper l'opinion publique internationale, Pékin présente les actions des pays de la région comme des actes d'intimidation de la part de « petits pays envers les grands pays ». L'ICG affirme que l'objectif de cette tactique est de modifier durablement le statu quo en faveur de la Chine. Plus récemment, la Chine a réitéré cette tactique à sa frontière avec l'Inde.
Selon Tuoitre - DT