Visite du marché du Nouvel An lunaire à Paris.
(Baonghean)Ces derniers temps, un marché en particulier me manque terriblement. Pas le marché de Vinh, ni celui de Quang Trung, ni celui de Ga, mais mon petit marché, dont je ne me souviens même plus clairement. D'une part, il n'existe plus que dans mes vagues souvenirs d'enfance, et d'autre part, un parc d'attractions a poussé comme un champignon à son emplacement. Après tant d'années d'absence et de retours, j'ai ressenti quelques vagues moments de nostalgie, mais aucun n'a été aussi poignant que cet après-midi, vers la fin de l'année. C'est déchirant d'y repenser.
Je me souviens d'un après-midi, parmi ces journées froides et pluvieuses qui précèdent le Têt, comme cet après-midi-là, perchée à l'arrière de mon vieux mini-vélo, observant les cheveux de ma grand-mère flotter au vent, des mèches grises se devinant sous son chapeau conique, tandis qu'elle traversait une mer de fleurs de pêcher roses qui coloraient le ciel. De temps à autre, le jaune des fleurs d'abricotier du Sud venait ponctuer le paysage, me donnant l'impression qu'une étoile venait de se lever. À l'époque, les fleurs d'abricotier n'étaient pas aussi répandues ici qu'aujourd'hui ; on n'exposait généralement que les fleurs de pêcher locales et celles de Nhat Tan, si bien que les fleurs d'abricotier jaunes me paraissaient étranges. En fermant les yeux et en repensant à ces anciens Têts, les souvenirs sont si flous qu'il ne me reste qu'une vague trace rose, celle d'un pétale de pêcher, tombant sur mes paupières qui me piquent. Ici, habituée aux magasins et aux supermarchés, voir les files d'attente aux caisses pendant le Têt me rend nostalgique des anciens marchés du Têt. Soudain, cet après-midi, en traversant le quartier asiatique, j'ai été frappée par la vue des gens, debout ou assis, autour des petites échoppes. Calmes et sans prétention, quelques bottes de légumes, des piles de gâteaux de riz gluant, des beignets et des saucisses de porc, ainsi que quelques femmes qui semblaient visiblement être loin de chez elles depuis longtemps : cela suffisait à former un marché improvisé. En déambulant sans but précis, les cris familiers des vendeurs, que je n'avais pas entendus depuis si longtemps, m'ont soudain émue aux larmes. Combien de printemps s'étaient écoulés depuis la dernière fois que j'avais vu ce marché du Têt ?
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| Achat de bánh chưng (gâteaux de riz vietnamiens traditionnels) au supermarché Tang Frères (13e arrondissement, Paris) pour célébrer le Têt (Nouvel An lunaire vietnamien). (Photo d'illustration) |
Mon marché du Têt ! Je pense toujours que le Têt le plus triste est celui passé loin de chez soi, mais le Têt passé loin de chez soi, sans tout ce qui me le rappelle, est encore plus triste. Car au fond de moi, je sais que dix mille kilomètres, ce n'est pas l'infini. Il y a des choses qui, bien qu'irremplaçables, peuvent raccourcir la distance de six fuseaux horaires. C'est quand je façonne maladroitement un bánh chưng (gâteau de riz vietnamien traditionnel), en pensant au pot de bánh chưng qui mijote sur le feu crépitant à la maison. C'est quand je retiens mon souffle, en réglant l'horloge, en attendant que les aiguilles indiquent minuit, en pensant aux pétards qui crépitent et à l'encens parfumé. C'est le sentiment de vivre le même instant, de partager un souvenir et une affection qui traversent plus de la moitié du globe. Toutes ces choses me rappellent que mon âme est encore ancrée dans un lieu lointain, mais que nous serons de nouveau réunis un jour.
Aller au marché du Têt, une tradition désormais bien ancrée en moi, je me demande si elle disparaîtra un jour. Chaque printemps, loin de chez moi, je prie en secret pour pouvoir, à mon retour, y aller avec ma grand-mère et ma mère. Car la ville, avec sa modernité et son innovation, regorge de supermarchés et de magasins ; mes craintes ne sont donc pas infondées, n'est-ce pas ? On s'habitue souvent aux choses trop familières, les jugeant évidentes et donc sans valeur, pour ensuite le regretter amèrement lorsqu'on les oublie ou qu'on les perd. Ou bien, ce n'est que loin, lorsqu'on ne peut plus les toucher, qu'on réalise ce qui est vraiment beau et précieux. Alors, par un après-midi froid, venteux et pluvieux à Paris, si semblable à un après-midi au Vietnam à l'approche du Têt, un enfant loin de chez lui mange-t-il un gâteau de riz gluant avec des larmes ou de l'eau de pluie ?
Hai Trieu(Courriel de Paris)
