Accord de Minsk : l’UE reste vigilante.
(Baonghean) – L’accord de Minsk sur la situation dans l’est de l’Ukraine vient d’être signé avec succès, ce qui constitue une bonne nouvelle pour les 28 États membres de l’UE, une région directement touchée par cette crise prolongée. Cependant, l’Europe semble encore manquer d’enthousiasme et de confiance quant à cet accord.
(Baonghean) – L’accord de Minsk sur la situation dans l’est de l’Ukraine vient d’être signé avec succès, ce qui constitue une bonne nouvelle pour les 28 États membres de l’UE, une région directement touchée par cette crise prolongée. Cependant, l’Europe semble encore manquer d’enthousiasme et de confiance quant à cet accord.
Le jeudi 12 février, les dirigeants européens se sont réunis à Bruxelles, en Belgique, lors d'un sommet informel. Le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel paraissaient visiblement fatigués, leurs sourires masquant leur lassitude. Il semblait qu'ils soient encore loin d'atteindre leurs objectifs. La réunion s'est déroulée dans une atmosphère plutôt morose, malgré les premiers signes positifs des accords de Minsk. Federica Mogherini, haute représentante de l'Union européenne pour la sécurité et les affaires étrangères, a tenté de rassurer la communauté européenne en déclarant : « Les bonnes nouvelles sont toujours mieux accueillies que les mauvaises. »
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| Le président François Hollande (deuxième à gauche) s'entretient avec le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel, jeudi 12 février, à Bruxelles. Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP |
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déclaré : « L’espoir est une bonne chose, voire nécessaire », mais l’espoir seul ne suffit pas. Il a condamné l’agression dans l’est de l’Ukraine, la qualifiant de « menace manifeste pour la paix », et a insisté sur la nécessité d’une action coordonnée avec les États-Unis. Lors d’une récente rencontre avec le vice-président américain Joe Biden à Bruxelles, il n’a même pas mentionné les efforts diplomatiques de la France et de l’Allemagne. En réalité, le président du Conseil européen n’a pas accordé une grande importance aux seuls succès de Paris et de Berlin, estimant qu’un effort collectif de toute l’Europe est indispensable.
Jeudi soir, le président François Hollande a déclaré : « Malgré les risques et les imperfections, nous avons au moins un accord. » L’une des tâches les plus ardues a consisté à convaincre le président ukrainien Petro Porochenko, « mais surtout le président Poutine », et à s’assurer que « le groupe de contact avec les forces séparatistes puisse accepter l’ensemble des points sur lesquels nous nous sommes entendus ». C’était sans doute l’objectif principal des dirigeants français et allemand lorsqu’ils sont arrivés à Bruxelles avec les signatures des parties concernées sur les documents préparés à Minsk. Un effort remarquable et une persévérance admirable, mais malheureusement, aucune des deux parties aux négociations n’a accueilli les deux médiateurs avec beaucoup d’enthousiasme.
Cela ne sembla pas décourager la France et l'Allemagne, le président français déclarant : « L'accord est là. C'est un espoir. Même s'il est fragile. » Devant ses homologues et la presse, il souligna l'importance de l'accord dit « Minsk 2 » et se montra optimiste quant à son impact positif sur la situation en Ukraine. Il fit également allusion au débat en cours à Washington concernant la fourniture d'armes lourdes à l'armée ukrainienne, y voyant l'étincelle qui attisait le désir d'un renforcement des forces militaires de part et d'autre. De leur côté, la France et l'Allemagne désapprouvaient la position de Washington.
L'argumentation française reste toutefois fragile. Hollande a également dû envisager la possibilité de violations du cessez-le-feu : « Si cela se produit, nous devrons renforcer les sanctions si les mesures précédentes s'avèrent insuffisantes. » Il a par ailleurs souligné que la France ne fournirait pas d'armes à l'Ukraine et affirmé : « Personne ne souhaite la guerre, personne ne souhaite la paix. » La chancelière allemande, quant à elle, a adopté une position plus prudente. Alors qu'après sa rencontre avec le président Vladimir Poutine le 6 février à Moscou, Merkel avait déclaré qu'un dialogue s'était instauré, à l'issue de la réunion de Minsk, elle a nuancé son analyse. La chancelière allemande a déclaré : « Nous avons une lueur d'espoir. Toutefois, il est indispensable de veiller à ce que des mesures concrètes soient prises. »
Merkel a ajouté : « Nous ne nous faisons pas d'illusions. Des obstacles majeurs restent à surmonter… » Cependant, « une opportunité de changement, susceptible d'améliorer la situation, demeure ». À Belgrade, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré que les accords violés par la Russie « ne constituent pas une solution globale et sont loin d'être novateurs ». Dans un entretien accordé au Monde, un membre influent de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) a affirmé : « Poutine est parvenu à rendre l'UE plus prudente en matière de coopération avec les voisins de la Russie. »
La réaction de la Russie sera mise à l'épreuve en début de semaine prochaine : l'UE imposera de nouvelles sanctions visant 19 personnes, 9 entreprises russes et des forces séparatistes en Ukraine. Un ensemble de mesures sera soumis au vote des 28 États membres de l'UE suite à l'attentat meurtrier de Marioupol, perpétré en janvier lors d'une importante offensive séparatiste. Ceci, bien entendu, dans l'hypothèse où le cessez-le-feu de Minsk serait respecté ; dans le cas contraire, les sanctions européennes seront sans aucun doute plus sévères, d'autant plus que l'Ukraine fait l'objet de nombreuses critiques en Europe. Si tel est le cas, la France et l'Allemagne seront probablement impliquées, notamment parce que leurs efforts récents n'ont pas fait l'unanimité au sein de la communauté européenne. Au vu des échecs précédents des accords de cessez-le-feu, on craint que l'histoire ne se répète et que la France et l'Allemagne ne soient finalement sanctionnées pour leur ingérence excessive dans ce dossier sensible.
Thuc Anh
(Selon Le Monde)
