Programme de crevettes séchées !
(Baonghean) – L’autre jour, mon colocataire, « le gros », et moi travaillions sur un programme. Nous cherchions des images de la campagne, de bateaux, de rivières et de buffles en pâture pour servir de musique de fond à une mélodie que nous aimions beaucoup tous les deux.
Après avoir erré un moment, j'ai finalement décidé d'inviter mon ami « rondouillard à la peau mate » au hameau de Hoa Lam, dans la commune de Hung Hoa (ville de Vinh), un endroit à la fois proche et pratique. La région semblait offrir une multitude de paysages naturels, parfaits pour n'importe quel objectif, sous n'importe quel angle ; on avait l'impression que peu importe où l'on posait son appareil, on obtiendrait un magnifique panorama. On pourrait considérer le hameau de Hoa Lam comme une véritable mine d'or de sujets photographiques au bord de la rivière, toujours à portée de main !
En arrivant à Hoa Lam, j'ai vu les habitants de ce village de pêcheurs au bord de la rivière faire sécher des crevettes dans leurs petites cours. J'en ai pris une poignée et l'ai portée à mon nez ; une odeur familière m'a alors envahie, ravivant tant de souvenirs d'enfance. Mon village se trouvait autrefois au milieu d'une rizière en contrebas, et chaque maison possédait un filet, une nasse et des fagots de nasses pour attraper des crevettes. Et chaque maison avait des crevettes séchées. Si on ne pouvait pas les manger fraîches, on les faisait sécher pour plus tard. Plus important encore, on les faisait sécher pour pouvoir les utiliser pendant les périodes de pluie, d'orage ou d'inondations, lorsque la nourriture se faisait rare. Elles se conservaient bien et pouvaient être utilisées dans de nombreux plats ; qui n'en aurait pas envie ? Les crevettes séchées étaient vraiment un aliment « conservé » très pratique à la campagne.
Dans ma ville natale, j'étais moi aussi passionné par la musique et le journalisme. Mais pour la musique, je ne pouvais qu'écouter ; personne n'enseignait la musique à l'époque, alors composer était le seul moyen de m'y adonner. Écrire des articles était donc la seule solution. J'écrivais sur tout et n'importe quoi. Une fois un article terminé, j'allais à la poste, j'achetais des timbres, je les collais sur une enveloppe, je l'envoyais et j'attendais. Mon premier article, sur la capture des rats pendant la saison des pluies, a été publié immédiatement. Les suivants, en revanche, ne l'ont jamais été.
Un jour, un ami de mon père est venu me rendre visite. Il m'a dit qu'il travaillait à la rédaction du journal auquel j'envoyais souvent mes articles. Je lui ai demandé s'il avait vu mes écrits. Il m'a répondu : « Ah, c'est donc de toi ? Mon Dieu, ton écriture est illisible ! Ton premier article parlait de la capture des rats, juste au moment de l'Année du Rat, donc le timing était parfait et il a été publié immédiatement. Plus tard, tu as écrit sur les chats et les poules, mais il faudra attendre. Et puis tu as écrit sur les serpents et les lézards… il n'y a pas d'année pour que ça soit publié. »
Cette fois-ci, de retour de Hoa Lam, mon ami un peu rondouillard et moi avons finalisé l'émission et l'avons envoyée à la rédaction. Le rédacteur en chef l'a reçue et l'a complimentée. Mais l'attente s'est prolongée indéfiniment, sans qu'elle ne soit diffusée. J'ai demandé pourquoi c'était si long. Le rédacteur en chef m'a répondu : « Votre émission tourne toujours autour de Vinh, les sujets ne sont ni nouveaux, ni originaux, ni uniques, c'est tellement banal. Je la garderai pour plus tard, quand je n'aurai plus rien à proposer ! » Encore une fois, ce « garder », ça me rappelle quelque chose ! Bref, quand ce sera mon tour de soumettre mon émission, ce sera comme une crevette desséchée !
arbre Paulownia