L'UE et la Turquie concluent un accord de 3 milliards d'euros : chacun y trouve son compte.
(Baonghean) – Après plus d'un mois de négociations, l'Union européenne (UE) et la Turquie sont parvenues à un accord sur un plan d'aide de 3 milliards d'euros visant à faire de la Turquie un acteur clé pour aider l'Europe à faire face à l'afflux de migrants syriens. Bien que toujours controversé, cet accord peut être considéré comme satisfaisant les attentes des deux parties.
Chacun reçoit sa part.
Suite à un accord conclu le week-end dernier à Bruxelles entre l'Union européenne (UE) et les dirigeants turcs, la Turquie accueillera des réfugiés syriens. Les deux parties ont également décidé de lancer un plan d'action conjoint pour limiter l'afflux de réfugiés en Europe et de relancer les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, qui étaient au point mort depuis un certain temps.
![]() |
| Le président du Conseil européen, Donald Tusk, et le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet. |
Grâce à cette allocation budgétaire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, estime que l'UE sera mieux à même d'aider les 2,2 millions de réfugiés syriens présents en Turquie à s'installer, et ainsi de les inciter à rester dans le pays plutôt que de tenter d'entrer dans l'UE. Le président Tusk a également affirmé que l'UE n'attend d'aucun pays qu'il assure la sécurité de ses frontières sans qu'elle-même le fasse, ce qui implique un effort conjoint de l'Union pour faire face à cette grave crise migratoire.
En contrepartie, la Turquie en tirera également des avantages considérables. Outre les aides de l'UE, le chapitre 17 des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE, relatif à la politique économique et monétaire, sera relancé. De plus, l'UE assouplira les conditions d'obtention de visa pour les citoyens turcs entrant dans ses États membres et devrait supprimer les visas pour ces derniers à compter d'octobre 2016.
Toutefois, le versement de cette somme considérable n'est pas chose aisée. Ankara ne recevra pas les fonds directement ; l'UE les distribuera à des organisations œuvrant pour les réfugiés en Turquie. Le versement se fera par étapes, en fonction de la bonne volonté et des actions concrètes de la Turquie. La première étape s'élèvera à 400-500 millions d'euros. Un système de suivi électronique sera mis en place afin de vérifier le respect des engagements de la Turquie.
![]() |
| Les chefs d'État d'Autriche, de Turquie et d'Allemagne sont entrés au sommet. |
De toute évidence, cet accord calculé profite à tous. La Turquie, pays situé au carrefour de l'Europe et de l'Asie, trait d'union entre l'Europe et le Moyen-Orient, est parfaitement consciente de son rôle géopolitique crucial de point de transit pour les migrants vers l'Europe dans ce contexte instable.
Consciente du besoin urgent de l'Europe de trouver une solution à la crise migratoire, la Turquie a formulé des exigences fortes auprès de l'UE lors des négociations relatives à l'accord susmentionné. Les conditions de négociation d'Ankara se sont durcies suite aux attentats terroristes perpétrés par le groupe autoproclamé État islamique (EI) à Paris le 13 novembre – un événement qui a suscité des inquiétudes quant à une possible infiltration de terroristes parmi les migrants souhaitant entrer en Europe.
Cela incite d'autant plus l'UE à trouver rapidement une solution pour endiguer l'afflux de migrants, qui devrait atteindre 1,5 million cette année. Parmi les mesures envisagées figurent des patrouilles maritimes et des contrôles aux frontières afin d'empêcher les migrants de traverser la mer entre la Turquie et la Grèce, puis d'atteindre les points d'entrée européens dans les Balkans occidentaux. Par ailleurs, compte tenu de ses relations tendues avec ses voisins du Moyen-Orient et la Russie, la Turquie aspire également à un rapprochement avec l'Europe.
C’est pourquoi, à la mi-novembre, l’UE a dû organiser un sommet avec les pays africains pour discuter de la question migratoire. Lors de cette réunion, l’UE a également proposé une aide de 3,6 milliards d’euros afin de persuader les dirigeants africains d’accepter le retour des migrants ayant émigré pour des raisons économiques.
Il n'est pas encore temps d'aller plus loin.
Malgré l'acceptation par Ankara des conditions proposées en échange de son aide pour résoudre la crise migratoire, rares étaient ceux qui croyaient que les deux parties avaient trouvé un terrain d'entente sur de nombreuses questions bilatérales importantes. Même le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui présidait le sommet UE-Turquie, l'a reconnu, soulignant que la réunion visait avant tout à traiter la question migratoire plutôt qu'à améliorer les relations UE-Turquie.
Cette déclaration fait allusion aux relations tendues entre la Turquie et l'Europe ces dernières années, alors que le président Recep Tayyip Erdoğan a consolidé son pouvoir avec acharnement et s'est vu reprocher la répression de ses opposants politiques, des médias et de la minorité kurde. Sans la pression de la crise migratoire, il aurait certainement été difficile pour l'UE de faire des concessions aussi importantes à la Turquie. Cette décision a d'ailleurs déjà provoqué des divisions au sein de l'UE au cours du mois écoulé.
Les discussions relatives à l'adhésion de la Turquie à l'UE seront probablement influencées par ces désaccords. De fait, de nombreux États membres de l'UE s'opposent à cette adhésion, notamment ceux d'Europe de l'Est et du Nord. Le principal obstacle auquel la Turquie sera confrontée est le veto chypriote à toute tentative d'adhésion de sa part à l'UE.
Cette nation insulaire entretient des relations politiques et historiques anciennes et extrêmement tendues avec la Turquie, du fait que certaines parties de son territoire sont toujours occupées par les forces militaires turques et qu'un gouvernement séparatiste pro-turc existe sur l'île de Chypre.
L'Allemagne, État membre de l'UE le plus proche d'Ankara, est elle aussi partagée dans cette relation. Malgré le soutien affiché de la chancelière Angela Merkel à la réouverture du dossier d'adhésion de la Turquie à l'UE, de nombreux partis politiques ont exprimé leur opposition.
Par ailleurs, ce qui inquiète l'UE concernant la Turquie, ce sont les profondes différences religieuses, les pays de l'UE étant fondés sur le christianisme tandis que la Turquie se tourne de plus en plus vers l'islam. Par conséquent, même si l'Europe pouvait faire des concessions à la Turquie pour assurer un flux régulier de réfugiés, la question de son accueil reste en suspens.
Thanh Son

