Préserver « l’âme » du dialecte Nghe An sur la scène théâtrale.
Sur les scènes illuminées, les chants folkloriques Nghe Tinh résonnent encore, tantôt profondément lyriques, tantôt vifs et spirituels. Mais derrière chaque couplet et chaque mélodie se cache un dilemme : faut-il préserver le dialecte Nghe – la langue qui a donné naissance à ces mélodies – ou faut-il le « populariser » pour plaire au public de tout le pays ?
LangueL'art sur la scène professionnelle
Depuis plus de 60 ans, le théâtre populaire Nghe Tinh a mis en scène près de 200 pièces, faisant sortir les chants folkloriques des genres Vi et Giam du cadre rural et ouvrier pour les porter sur les scènes professionnelles. Parmi ces œuvres :Prêt Mai Thúc, La Fille de la rivière Lam, Phan Bội Châu...non seulement elle est profondément imprégnée d'influences folkloriques, mais elle conserve aussi clairement l'accent distinctif de Nghệ An – l'essence même qui a forgé l'identité unique de cette région. Cependant, ces dernières années, cet accent semble disparaître peu à peu.

Partant d'expressions typiques du dialecte Nghệ An comme « mo, te, rang, rua, cho, nac », les pièces ont progressivement évolué vers un vietnamien standard fluide et facile à comprendre. À l'exception de quelques extraits joués localement, la plupart des pièces participant au festival national incluaient :Pouvoir et criminalité, une tempête se prépare dans la campagne.…il ne reste presque plus aucune trace du dialecte. La raison est simple : les auditeurs d’autres régions ont du mal à suivre s’ils ne connaissent pas le dialecte Nghệ An. Mais le prix à payer est la disparition de l’identité – l’essence même qui constitue l’âme des chants folkloriques Vi et Giam.

Le dialecte Nghệ An n'est pas qu'une simple langue de communication. Il constitue le matériau originel qui a donné naissance aux chants folkloriques, créant leur rythme, leur tempo et leurs nuances uniques. Dans le chant folklorique, on retrouve des structures répétitives caractéristiques telles que…« Rien n'est pire que ça / Rien n'est pire que ça »ou les charmants jeux de mots propres au style de chant folklorique de la guilde des tisserands.« Parce que mon frère aîné est idiot, il raffole des choses acides… »Elles reposent toutes sur un riche vocabulaire local. Ces strates de mots populaires ne sont pas l'œuvre d'individus, mais la cristallisation de la vie, reflétant l'âme et le caractère des habitants de Nghệ An : simples, directs, honnêtes, et pourtant empreints d'émotion.
Par conséquent, supprimer les dialectes de l'opéra entraîne non seulement la perte de sonorités distinctives, mais aussi la disparition de l'« esprit Nghệ An » qui imprègne chaque chant et chaque réplique. De nombreux chercheurs ont évoqué l'anecdote de Hô Chi Minh lors de sa visite dans sa ville natale et de sa découverte de l'opéra.« Mon bateau remonte les rapides et descend les chutes d'eau / La terre et l'eau représentent mon amour et mon affection, mon cher. »Correction : Il faut le chanter « nác » et non « nước », et « ngãi » et non « nghĩa », car c'est l'accent nghe an authentique, le véritable esprit du nghe an. Un seul son suffit à identifier une région culturelle, sans parler de tout un système de paroles et de mélodies.
Concilier conservation et intégration
L'artiste émérite Hong Duong, responsable du département de la recherche et des collections du Centre provincial des arts traditionnels, estime que : pour qu'un opéra folklorique Nghệ Tữn ait un impact significatif, il doit préserver son identité unique, témoignant ainsi de la préservation et de la sauvegarde du patrimoine de nos ancêtres. Il est toutefois nécessaire de trouver des moyens d'atténuer le dialecte afin que les auditeurs du Sud et du Nord puissent apprécier plus rapidement et plus clairement la beauté et le charme des chants folkloriques Nghệ Tữn sur scène.
Selon l'artiste émérite Hong Duong, pour les publics du Nord comme du Sud, l'écoute du dialecte Nghệ An peut parfois représenter un défi : il leur faut du temps pour s'y habituer, pour l'assimiler, car il est difficile de le comprendre pleinement du premier coup. C'est pourquoi certains metteurs en scène ont choisi d'édulcorer le dialecte, en réduisant la complexité du caractère Nghệ An afin de le rendre plus accessible. Cependant, cette solution, poussée à l'extrême, risque de faire perdre à l'opéra Nghệ An-Tinh son caractère unique et de le rapprocher d'autres formes théâtrales.
En réalité, l'utilisation du dialecte n'est pas forcément une question de choix exclusif. Il faut plutôt faire preuve de retenue, de sélectivité et l'employer à bon escient. Les spectacles peuvent parfaitement mêler dialogues standards et chansons en dialecte, et l'accent marqué de Nghệ An à l'accent standard plus doux, pourvu que l'essence soit préservée. Le dialecte de Nghệ An peut être légèrement nuancé, à l'instar de l'accent de Vinh aujourd'hui, qui reste distinctif sans être trop prononcé. Certains mots très spécifiques peuvent être remplacés par des mots vietnamiens standards, mais il est essentiel de conserver les signes distinctifs tels que « mô », « tê », « răng », « rứa », etc., afin que les auditeurs puissent toujours reconnaître le caractère de Nghệ An.

De plus, il est essentiel d'explorer avec audace le riche patrimoine de la langue populaire : expressions idiomatiques, proverbes, chansons folkloriques, devinettes et rimes qui ont nourri les chants traditionnels de Nghệ Tữn depuis des générations. Comme l'a déclaré Thanh Luu, artiste émérite et ancien directeur du Centre pour la préservation du patrimoine des chants folkloriques de Nghệ Tữn, aujourd'hui Centre provincial des arts traditionnels : « Intégrer des allusions, de l'ironie et de l'humour dans les dialogues rendra le spectacle vivant et accessible, évitant ainsi un aspect rigide et scolaire. » Par ailleurs, lier les dialectes aux éléments culturels locaux, tels que la toponymie, l'artisanat traditionnel et les produits du terroir, permettra de recréer sur scène l'atmosphère de la vie à Nghệ Tữn. C'est ainsi que l'on préserve l'identité tout en suscitant un nouvel attrait.

Dans le contexte actuel du numérique et des échanges culturels intenses, l'opéra folklorique doit innover dans sa forme tout en préservant son essence. La modernisation du son, de la lumière et des techniques scéniques est possible, et des thèmes contemporains tels que l'éducation, l'environnement et l'urbanisation peuvent être intégrés aux textes. Mais quelles que soient les innovations, le dialecte Nghệ An doit demeurer le fil conducteur, permettant aux spectateurs, où qu'ils soient, de reconnaître immédiatement l'opéra Nghệ An-Tinh.
Car, en fin de compte, la scène n'est pas seulement un lieu de divertissement, mais aussi le dépositaire de la mémoire culturelle d'une communauté. Chaque nuance dialectale qui résonne sur scène n'est pas qu'un simple dialogue ou un chant, mais l'écho de générations de personnes travailleuses et résilientes de la province de Nghệ An. Sans cette voix, l'opéra folklorique perdrait son âme et ne serait plus qu'une coquille vide.
Depuis plus de soixante ans, les chants folkloriques du Nghệ Tữn résonnent sur les scènes du pays, grâce à leurs mélodies envoûtantes et à leur accent régional authentique. Préserver ce dialecte dans l'opéra folklorique, c'est donc préserver non seulement une dimension linguistique, mais aussi l'âme même du Nghệ An – pour que chaque chant et chaque réplique restent imprégnés de l'esprit de la terre natale et d'une humanité touchante, et qu'ils restent gravés dans le cœur des spectateurs d'aujourd'hui et de demain.