Su-75 Échec et mat : le projet d’avion de chasse russe est bloqué en phase de conception.
Les analystes américains estiment que le chasseur furtif léger Su-75 Checkmate n'est qu'une démonstration médiatique, peu susceptible de devenir un véritable avion, tandis que d'autres considèrent encore le projet comme prometteur.
Le chasseur furtif léger russe Su-75 Checkmate est perçu par certains analystes occidentaux comme un projet utopique, bloqué au stade de la conception et peu susceptible de trouver preneur, même si certains estiment encore que son plan de développement est prometteur. Le débat autour du Su-75 met en lumière le décalage entre ambition technologique et faisabilité dans l'industrie de la défense.
Évaluation sceptique : le Su-75 est bloqué au stade de la conception.
Selon Andrew Latham, commentateur pour l'American National Security Journal (NSJ), le Su-75 Checkmate – un avion de chasse monomoteur présenté comme prometteur – n'est qu'un projet chimérique russe et « irréalisable ». Il affirme que le projet est bloqué au stade de la conception et que ses objectifs ne sont valables que sur le plan théorique.
Ce commentateur a estimé que le Su-75 n'avait pas réussi à attirer de clients étrangers potentiels, s'interrogeant : « Pourquoi aucun pays n'est-il intéressé par un partenariat pour un tel appareil ? » Selon Latham, l'absence d'engagements d'achat est un signe que l'attrait réel du projet est très faible.
Marché des avions de chasse modernes : le prix n’est plus le facteur déterminant.
D'après l'analyse de Latham, dans le monde multipolaire actuel, l'acquisition d'avions de chasse de pointe n'est plus un marché dominé principalement par le prix initial. Il soutient que trois facteurs clés permettent aux pays d'atténuer les risques liés à l'achat d'avions de chasse : le soutien à long terme, l'autonomie du programme et les partenariats industriels.
Le soutien à long terme concerne la capacité à garantir l'exploitation, la maintenance et les mises à niveau pendant de nombreuses années. L'autonomie du programme fait référence au degré d'initiative du pays acquéreur quant à l'utilisation, l'amélioration et le contrôle du système. Les partenariats industriels reflètent l'implication des entreprises nationales dans la production, le transfert de technologie et la sécurité de la chaîne d'approvisionnement.
D'après Latham, ces facteurs constituent le critère déterminant pour de nombreux clients, bien plus que le simple coût initial de l'appareil. De ce point de vue, il estime que le Su-75 n'a pas encore démontré que le programme puisse pleinement répondre à ces exigences.
L'innovation au cœur de l'industrie de la défense russe.
Latham soutient que la véritable innovation de l'industrie de défense russe réside aujourd'hui dans des produits relativement abordables, tels que les drones, les systèmes de guerre électronique et les munitions non guidées. Ces armes sont adaptées à la guerre d'usure, nécessitant de grandes quantités et un faible coût unitaire.
D'après son analyse, Moscou s'accroche encore à la vieille logique de l'usure : attaques incessantes, affaiblissement et répression. Cette approche privilégie la densité de puissance de feu et le nombre de véhicules d'usure, plutôt que d'investir massivement dans des plateformes complexes et coûteuses comme un programme d'avions de combat de nouvelle génération à grande échelle.
Su-75 : Prototype ou démonstration médiatique ?
Le critique cité par le NSJ a suggéré que le Su-75 continuera probablement d'être présent dans les meetings aériens pendant encore de nombreuses années, mais que son « véritable rôle » a déjà été révélé. Selon lui, « ce n'est pas un prototype. C'est un appareil de démonstration. » Cela signifie que le Su-75 est désormais principalement utilisé comme outil de démonstration technologique et médiatique, plutôt que comme le signe qu'un programme de développement est sur le point d'aboutir à la production.
La source a également noté que le Su-75 Checkmate, un avion de chasse léger de cinquième génération, est perçu comme une simple campagne marketing, sans mesures concrètes au niveau technique et industriel telles que des essais en vol, des contrats d'achat ou une feuille de route de production clairement publiée.
L'écart entre le plan et la réalité des « armes miracles »
Avant le Su-75, le journaliste Jack Buckby du magazine 19FortyFive a noté qu'une série d'« armes miracles » promues par la Russie – notamment le char T-14 Armata, le chasseur furtif Su-57, le chasseur moyen MiG-35 et le bombardier stratégique PAK DA – rencontraient des problèmes de divergences entre la mise en œuvre prévue et la mise en œuvre réelle.
Selon Buckby, ce décalage est manifeste : les programmes sont présentés avec des objectifs très ambitieux, mais l’avancement du déploiement et le niveau de présence réelle ne correspondent pas aux déclarations initiales. Son inclusion du Su-75 dans le même contexte que ces projets reflète le scepticisme de certains observateurs quant à la capacité de la Russie à mener de front plusieurs programmes d’armement de nouvelle génération.
Point de vue contraire : le Su-75 est toujours considéré comme très prometteur.
Cependant, tous les analystes occidentaux ne sont pas pessimistes quant au Su-75. En novembre, Joseph Trevithick, commentateur pour The War Zone (États-Unis), a fait remarquer que le projet Su-75 « semble prometteur ». Il a soutenu que le cahier des charges de cet avion de chasse, publié par le PDG de la société technologique d'État Rostec, Sergueï Chemezov, « est globalement exact ».
L'analyse de Trevithick laisse entendre que l'on croit toujours au potentiel du Su-75 et que, s'il est mis en œuvre comme prévu, le programme pourrait constituer une option compétitive sur le marché des chasseurs furtifs légers. Cependant, le constructeur n'a pas divulgué l'intégralité des détails techniques concernant le calendrier de mise en œuvre, les capacités de production ou le soutien logistique associé.
Résumé : Su-75 : Entre ambition et faisabilité
Les sources analytiques indiquent que le débat autour du Su-75 Checkmate s'articule autour de trois points principaux : le projet est encore en phase de conception et ne dispose d'aucun engagement concret en matière d'acquisition ; le marché des avions de chasse modernes exige des ensembles de soutien, de l'autonomie et des partenariats industriels étroits ; et la Russie poursuit simultanément plusieurs programmes d'armement ambitieux.
Les sceptiques soulignent le risque que le Su-75 ne reste qu'un prototype, servant uniquement à des fins médiatiques. À l'inverse, les partisans du projet estiment que le plan de Rostec est raisonnable, arguant que s'il est mis en œuvre comme prévu, le Su-75 pourrait devenir un produit commercialisable.
D'un point de vue technico-industriel, l'avenir du Su-75 dépendra de sa capacité à passer du stade de la démonstration à celui de prototype opérationnel, à séduire les clients grâce à des contrats de soutien à long terme et à obtenir un niveau d'implication industrielle suffisamment attractif. Tant que des progrès concrets ne seront pas annoncés, le Su-75 Checkmate restera un sujet de débat parmi les analystes militaires.