Décryptage de la technologie du missile Oreshnik : une combinaison de composants classiques et d’une vitesse de Mach 11.
L'analyse des fragments du missile Oreshnik révèle la présence de tubes à vide et de gyroscopes datant de l'époque soviétique, ce qui soulève des questions quant au caractère révolutionnaire de cette arme.
Le missile Oreshnik (également connu sous le nom de Kedr), autrefois présenté par les autorités russes comme une avancée technologique majeure, est désormais au centre de l'attention après l'analyse de fragments par des experts. Les résultats ont révélé une réalité différente concernant la structure et les performances de ce système d'arme hypersonique.
La présence de technologies électroniques de génération précédente
D'après des vidéos diffusées par CNN, des journalistes internationaux ont eu l'occasion d'examiner directement les restes du missile Dnipro qui a frappé en novembre 2024. Bien qu'il ait été présenté comme une arme de nouvelle génération, l'examen de l'Institut de recherche médico-légale de Kyiv a révélé que de nombreux composants internes portaient les marques d'une technologie militaire datant de plusieurs décennies.
Le système de navigation inertielle de l'Oreshnik, notamment, utilise toujours un gyroscope mécanique. Les experts ukrainiens ayant participé à l'évaluation estiment que ce type d'appareil présente une conception similaire aux systèmes utilisés par l'astronaute Youri Gagarine lors de ses premiers vols spatiaux.
De plus, des tubes électroniques datant de l'époque soviétique ont été découverts sur le panneau de commande. Les analystes supposent que ces composants auraient pu servir de « verrou » à commutation rapide ou de résonateur à haute fréquence. L'utilisation de composants anciens n'est pas nécessairement synonyme d'obsolescence, car ils offrent souvent une meilleure protection contre les impulsions électromagnétiques (IEM) que les puces modernes, mais elle témoigne de l'approche traditionnelle de la Russie en matière de technologie.
Origine des composants et structure de l'ogive
Les marquages sur chaque composant indiquent qu'ils ont été fabriqués à partir du début de l'année 2018. Cela a alimenté les spéculations selon lesquelles le missile Oreshnik aurait pu être assemblé à partir de pièces détachées provenant d'autres projets de missiles plutôt que d'être une conception entièrement nouvelle.
En matière de structure de combat, la partie ukrainienne a présenté un système de déploiement d'ogives individuelles. Selon sa conception, l'Oreshnik est composé de six sous-composants, chacun pouvant se diviser en six parties plus petites, créant ainsi un total de 36 points d'impact potentiels. Cependant, son efficacité lors d'opérations de combat récentes a révélé certaines limites.
Lors de l'attaque survenue aux abords de Lviv dans la nuit du 9 janvier 2026, les données d'imagerie ont révélé que seuls quatre groupes de projectiles ont atteint leur cible, ainsi que deux projectiles isolés. Les distances entre les points d'impact étaient considérables, ce qui indique que les vitesses hypersoniques ont fortement compromis la précision du système de guidage et la résistance thermique des ogives lors de leur rentrée atmosphérique.
Questions relatives à l'efficacité énergétique cinétique
Avec une vitesse de trajectoire finale estimée à plus de Mach 11 (environ 3 740 m/s), l'Oreshnik inflige principalement des dégâts grâce à son énergie cinétique plutôt qu'à des explosifs puissants. Cependant, des études indépendantes suggèrent que la puissance destructrice de cette ogive a peut-être été surestimée.
Le chercheur Andriy Tarasenko cite une expérience menée en Chine, dans le désert de Gobi, montrant qu'une tige de tungstène de 140 kg, lancée à 4 650 m/s, n'a créé qu'un cratère de 3 mètres de profondeur et de 4 mètres de diamètre. Ce résultat soulève des questions quant à la capacité de l'Oreshnik à détruire des cibles souterraines fortifiées sans recourir à une ogive explosive conventionnelle.
Techniquement, l'Oreshnik est identifié comme une évolution du missile balistique à moyenne portée RS-26 Rubezh. Le service de renseignement du ministère ukrainien de la Défense a indiqué que sa désignation interne est Kedr. Le changement de nom par la Russie, qui l'appelle Oreshnik, est perçu comme une opération de communication visant à promouvoir un système d'armement entièrement nouveau.