L’écrivain Duong Binh Nguyen et ses « incursions » dans les zones d’ombre de l’humanité à l’ère numérique.
Phuong Chi•January 28, 2026 09:29
Pour l'écrivain Duong Binh Nguyen, cette affaire n'est qu'un point de départ pour mettre en lumière les zones grises morales et les angoisses silencieuses qui se développent dans la vie moderne, où le mal n'a plus de visage concret et où les gens se perdent facilement au milieu d'algorithmes froids et calculateurs.
Phuong Chi• 28 janvier 2026
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Prenant pour cadre une enquête criminelle et la cybercriminalité, l'œuvre « Le vent souffle encore dans la forêt tropicale » (Prix A du 5e Concours d'écriture de romans, nouvelles et mémoires sur le thème « Pour la sécurité nationale et la paix ») ne relève pas du roman policier classique et ne prétend pas résoudre l'affaire de manière exhaustive. Pour l'auteur, Duong Binh Nguyen, l'enquête n'est qu'un point de départ pour explorer les zones d'ombre de la moralité, les angoisses sourdes qui se développent dans la vie moderne, où le mal n'a plus de visage tangible et où l'on se perd facilement dans le labyrinthe des algorithmes.
Dans une interview accordée au journal Nghe An et à la radio-télévision, il a partagé son parcours dans ce domaine particulier, ses points de vue sur l'humanité, sur la littérature policière et sa conviction que des questions restent sans réponse – ce qui fait que les lecteurs gardent le livre en tête même après avoir tourné la dernière page.
PV :L'œuvre choisit un cadre centré sur l'enquête criminelle et la cybercriminalité – un thème relativement nouveau dans la littérature vietnamienne. Qu'est-ce qui l'a poussé à s'aventurer dans cette « jungle tropicale » de la technologie, des données et des crimes invisibles, plutôt que de poursuivre avec des thèmes familiers du passé ?
Duong Binh Nguyen :Je n'ai pas cherché activement un nouveau sujet pour aborder quelque chose de différent. J'ai simplement écrit sur ce que la vie m'a contraint à faire. À l'heure où la technologie et les données imprègnent tous les aspects de notre vie, il ne s'agit plus d'ingénierie ou de gestion, mais de la condition humaine. Aujourd'hui, de simples chiffres, des enregistrements et des algorithmes froids peuvent blesser, pousser à bout, des personnes.
Le titre « Forêt tropicale » est pour moi bien plus qu'une simple métaphore. C'est un espace chaotique, humide et dense où les humains croient maîtriser la technologie, mais où ils se perdent en réalité très facilement. Je suis entré dans cet espace non pas pour parler de technologie, mais pour interroger l'humanité : quand tout devient invisible, quand le mal perd son visage, à quoi les gens se raccrochent-ils pour préserver leur humanité ?
Mes précédents écrits portaient principalement sur les souvenirs, la jeunesse et les émotions personnelles. Mais aujourd'hui, je ne peux plus me contenter d'écrire sur le passé. Je veux écrire sur le présent, sur les angoisses qui grandissent silencieusement jour après jour, même si beaucoup n'ont pas encore eu l'occasion de les nommer.
Le livre « Le vent souffle encore dans la forêt tropicale » (Éditions de la Police du Peuple) a été officiellement mis à la disposition des lecteurs le 23 janvier. Photo : Fournie par l'éditeur.
PV :Malgré son ton de roman policier, l'ouvrage ne s'attache pas à résoudre l'énigme de façon traditionnelle, mais s'attache plutôt à explorer les tourments intérieurs, les luttes intestines et les zones d'ombre morales de la nature humaine. Peut-être, pour l'auteur, l'essentiel n'est-il pas la résolution de l'affaire, mais ce que celle-ci révèle de chaque personnage ?
Duong Binh Nguyen :C'est exact. Je ne m'intéresse pas vraiment à l'identité du coupable au sens conventionnel du terme. Dans bien des cas de la vie moderne, le coupable n'est plus un individu précis. C'est le résultat d'une série d'événements, d'une accumulation de petites décisions, d'indifférence, de cupidité, de peur, voire de choses qui paraissent même raisonnables.
Dans mes romans, l'affaire n'est qu'un prétexte pour révéler les différentes facettes de la personnalité des individus. Je veux observer ce que les gens révèlent face à des choix de vie ou de mort, sous le poids des données, de l'identité et des dettes invisibles : sera-ce de la faiblesse, une déchéance morale, ou un ultime effort pour préserver leur dignité ?
Je crois que la littérature n'est pas tenue d'apporter des réponses définitives. Souvent, des réponses trop évidentes peuvent donner aux lecteurs un faux sentiment de sécurité. Ce qui m'intéresse davantage, ce sont les questions ouvertes, les angoisses persistantes, car ce sont elles qui accompagnent le lecteur bien au-delà des pages du livre.
PV :L'image du policier dans « Le vent souffle encore dans la forêt tropicale » est très différente. Ce ne sont pas seulement des gardiens de la justice, mais ils portent aussi leurs propres blessures, des tragédies familiales et des pertes indicibles… En explorant cette vie spirituelle, vous êtes-vous jamais soucié de l'« adoucir » ?La représentation du soldat ferait-elle dévier l'œuvre du genre policier ?
Duong Binh Nguyen :Je ne pense pas « adoucir » l'image du soldat. Je ne fais que leur rendre leur véritable humanité. Avant d'enfiler leur uniforme, les policiers sont aussi des fils, des maris et des pères, portant des blessures pas toujours visibles. Si les criminels n'étaient que des figures froides et intouchables, ce serait une image réductrice, loin de la réalité.
La justice n'est pas rendue par des machines, mais par des êtres humains dotés d'un cœur, de souvenirs et de souffrances. C'est précisément parce qu'ils portent la douleur qu'ils comprennent la valeur de la protection de la vie et de la dignité d'autrui.
Cela ne me fait pas peur, car je crois que la profondeur psychologique n'affaiblit pas le genre policier ; au contraire, elle le rend plus percutant. Une décision professionnelle, si elle n'est pas replacée dans le contexte de la vie mentale de celui qui la prend, n'est qu'une simple opération technique. La littérature doit aller au-delà.
PV :Le personnage de Wang Gaozhi apparaît comme l'archétype du criminel de l'ère numérique : à la fois bon et mauvais, il n'échappe pas totalement à la clandestinité. Quel message l'auteur souhaite-t-il transmettre à travers ce personnage sur la nature du mal dans la société moderne, où la frontière entre le bien et le mal est souvent ténue ?
Duong Binh Nguyen :Je ne voulais pas créer un personnage purement maléfique, car le mal, aujourd'hui, se présente rarement sous un jour aussi déformé. Il se cache souvent derrière la raison, le succès, l'intelligence, voire de bonnes intentions initiales. Wang Gaozhi est un produit d'une époque où les limites morales sont repoussées. Il ne se perçoit pas comme mauvais. Il croit simplement tirer profit du système, avoir une longueur d'avance sur les autres. Et c'est cette conviction qui rend le mal plus dangereux, car il ne ressent plus de culpabilité.
À travers ce personnage, je souhaite exprimer que le mal moderne ne réside pas dans la destruction de toutes les normes, mais dans leur perversion à des fins personnelles. Lorsque le bien et le mal ne sont plus clairement opposés, il est facile de glisser sur une pente dangereuse sans se rendre compte qu'on a franchi la limite.
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« Le vent souffle encore dans la forêt tropicale » est un thriller psychologique se déroulant à Hanoï et dans plusieurs provinces du nord du pays, sur fond de société profondément marquée par la numérisation. L'histoire suit Lãnh Hoàng Bách, un jeune enquêteur chargé de résoudre une série d'affaires liées à la fraude en ligne, aux applications de prêt frauduleuses et aux violations de données personnelles. Au-delà de l'intrigue policière, le roman met en scène une galerie de personnages complexes et nuancés : Wang Gaozhi, un ancien professeur qui a profondément marqué Bai ; Tang Hua, un collègue direct ; Gong Zhuan, un technicien informatique ; et Liu Baidan, un cadre expérimenté. Relations personnelles et conflits internes s'entremêlent, contribuant à éclairer les dilemmes éthiques et les responsabilités professionnelles dans un contexte où la technologie occupe une place prépondérante.
PV :La structure du roman porte l'empreinte caractéristique du cinéma contemporain, avec ses superpositions de coupes, sa fragmentation et sa présentation simultanée. En tant que journaliste et intervenant à la télévision, et reconnaissant l'influence du cinéma, notamment du réalisateur Wong Kar-wai, comment percevez-vous l'interaction entre langage littéraire et langage visuel dans votre écriture ?
Duong Binh Nguyen :Je suis influencé par le cinéma, c'est vrai. Mais pas d'une manière superficielle qui consiste à cinématographiquer la littérature. Ce que j'ai appris du cinéma, et notamment de Wong Kar-wai, c'est le rythme des émotions, la capacité de raconter une histoire par le silence, par des détails en apparence insignifiants mais pourtant bouleversants. Le style littéraire de « Le vent souffle toujours dans la forêt tropicale » n'est pas directement influencé par les films de ce talentueux réalisateur. Je ne fais que citer des répliques de ses films pour le premier chapitre de l'autobiographie de Wong Ka-chi. C'est un choix délibéré, car Ka-chi est lui aussi un esthète, passionné par la beauté et doté d'une profonde connaissance de l'art. L'histoire, la personnalité des personnages et les thèmes abordés ne sont en aucun cas influencés par Wong Kar-wai.
Quant à la structure fragmentée, mon intention n'est pas de compliquer la lecture, mais plutôt de refléter fidèlement le rythme de la vie moderne, où souvenirs, présent et pressentiments de l'avenir s'entremêlent sans cesse. Littérature et cinéma se rejoignent en ce qu'ils cherchent tous deux à toucher les émotions humaines les plus profondes, bien qu'à travers des médiums différents.
Pour moi, ce point de rencontre n'est pas un emprunt, mais un dialogue. La littérature demeure la littérature, forte de la puissance des mots et des émotions. Mais l'enrichissement de la structure et du rythme narratif me permet d'exprimer des états d'esprit complexes que la narration linéaire traditionnelle peine parfois à saisir.
L’écrivain Duong Binh Nguyen nous dévoile les coulisses de la création de son roman « Le vent souffle encore sous les tropiques ». Photo : Fournie par l’auteur.
PV :De retour sur la scène littéraire après une longue absence, il fit son apparition avec un roman considéré comme rare par son sujet, unique par son style d'écriture, et remporta le prix A.Le 5e concours d'écriture de romans, de nouvelles et de mémoires sur le thème « Pour la sécurité nationale et la vie paisible »À ce stade, que pensez-vous de l'affirmation selon laquelle les romans vietnamiens stagnent, et selon vous, quel est le facteur clé pour empêcher la littérature de se répéter ?
Duong Binh Nguyen :Je ne crois pas que la stagnation du roman vietnamien soit due à un manque de talent. Je pense que nous nous trouvons à un tournant difficile. La vie évolue très vite, tandis que la littérature a besoin de temps pour la réflexion. Ce décalage plonge nombre d'écrivains dans l'incertitude. D'ailleurs, je l'ai moi-même vécu : écrire sur le passé me fait craindre la répétition, mais écrire sur le présent me fait craindre de ne pas encore le maîtriser pleinement.
À mon avis, la clé ne réside pas dans la recherche de nouveaux thèmes, mais dans une approche inédite. La littérature se répétera si les écrivains se contentent de changer de cadre sans modifier leur regard sur l'humanité. En revanche, si les écrivains osent réexaminer les questions fondamentales de liberté, de moralité et de responsabilité dans un contexte nouveau, alors la littérature trouvera sa propre voie.
Pour moi, ce prix est une reconnaissance précieuse, mais pas une fin en soi. Il me rappelle simplement que le chemin que j'emprunte a du sens et que je dois être encore plus attentive à chaque mot que j'utilise désormais.
PV :Après « Le vent souffle toujours dans la forêt tropicale », comment vous définissez-vous dans votre parcours d'écrivain : un conteur de l'ère technologique, un écrivain qui s'aventure dans les recoins troublants de la vie, ou simplement un écrivain qui croit en la valeur intrinsèque, discrète mais durable de la littérature ?
Duong Binh Nguyen :Ce que j'évite souvent d'évoquer, c'est l'étiquetage des concepts. C'est pourquoi, en littérature, je ne m'attarde pas trop sur les définitions. Je crois qu'un écrivain doit simplement rester fidèle à une seule chose : écrire ce qu'il comprend, et écrire avec bienveillance envers l'humanité. Si je devais choisir, je voudrais être un écrivain qui n'ignore pas les angoisses humaines, surtout celles qui sont cachées et oubliées. Car les angoisses, confrontées de front, peuvent devenir un moteur pour une plus grande conscience et une plus grande compassion. Mais surtout, je crois toujours en la valeur intrinsèque de la littérature, une valeur discrète, non immédiate, mais capable de s'ancrer durablement dans le cœur du lecteur. J'écris lentement, et je continuerai peut-être à écrire lentement. Mais si chaque livre peut amener le lecteur à s'interroger profondément sur le sens de sa vie, alors, pour moi, ce voyage aura toute sa signification.
PV :Merci pour cette conversation !
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Le vrai nom de Duong Binh Nguyen est Duong Van Toan. Diplômé de l'Académie de sécurité populaire, il est actuellement lieutenant-colonel. Il dirige le département des programmes spéciaux de la télévision de sécurité publique du ministère de la Sécurité publique.
Il fut l'un des écrivains les plus appréciés du début des années 2000, avec des recueils de nouvelles tels que :Le Village de la Beauté, Retour au Paradis, Fleur Cachée, Chaussures Rouges, Histoire d'Amour Parisienne...