Le programme nucléaire iranien : un défi diplomatique sur les ruines de la confiance.

Les échanges de tirs entre les États-Unis, Israël et l'Iran ont temporairement cessé avec un cessez-le-feu, ouvrant la voie à d'ardus efforts diplomatiques. Alors que les négociations reprennent à Islamabad, la question qui préoccupe le plus les observateurs est la suivante : l'administration du président américain Donald Trump peut-elle parvenir à un accord nucléaire « meilleur » que celui conclu par son prédécesseur Barack Obama en 2015 ?
D'un accord historique à un revers diplomatique.

Il y a plus de dix ans, l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) était considéré comme une étape majeure de la diplomatie multilatérale. En acceptant de limiter son programme nucléaire et en prolongeant le délai de développement des matières fissiles nécessaires à la fabrication d'une arme nucléaire – de plusieurs mois à environ un an –, l'Iran obtenait la levée de sanctions économiques sévères. L'un des points forts de cet accord résidait dans la transparence sans précédent du contrôle exercé par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
Cependant, l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) n'était pas parfait. Son incapacité à couvrir le programme de missiles balistiques de Téhéran et ses activités militaires dans la région a servi de prétexte au président Donald Trump, durant son premier mandat, pour retirer unilatéralement les États-Unis de l'accord en 2018. La politique de « pression maximale » était censée contraindre l'Iran à céder et à signer un traité plus strict.
Or, la réalité a prouvé le contraire. Le non-respect des engagements américains n'a pas seulement échoué à dissuader l'Iran, mais a également fourni à Téhéran un prétexte pour restreindre sa coopération avec l'AIEA, accélérer l'enrichissement d'uranium et réduire le délai nécessaire à une percée technologique à quelques semaines, voire quelques jours. L'effondrement de la confiance et l'impasse diplomatique prolongée ont été les germes du conflit armé des quarante derniers jours.
Le nouveau paysage des négociations

En entrant dans les négociations à Islamabad, la délégation américaine nourrissait l'ambition d'instaurer un nouvel ordre mondial. Washington exigeait que l'Iran suspende ses activités nucléaires pendant une durée pouvant aller jusqu'à vingt ans, tandis que Téhéran n'acceptait qu'une suspension de cinq ans.
Nombreux sont ceux qui estiment que Trump est en mesure de faire pression sur l'Iran, suite aux frappes aériennes américaines et israéliennes de fin février qui ont détruit plusieurs installations nucléaires iraniennes clés, comme Natanz. Techniquement, négocier des limitations concernant les installations nucléaires semble « plus facile » lorsqu'elles ne sont plus intactes.
Malgré de lourdes pertes, l'Iran n'est pas entré dans les négociations en position de perdant.
Cependant, la diplomatie ne se résume pas à des calculs théoriques. Malgré de lourdes pertes, l'Iran n'a pas entamé les négociations en position de défaite. Il conservait un levier stratégique lui conférant une dissuasion asymétrique : la capacité de bloquer les voies maritimes vitales du détroit d'Ormuz et un réseau de forces alliées dans la région, comme le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen. Autant de ressources que Téhéran n'avait pas pleinement exploitées en 2015, mais qui constituent désormais de puissants atouts dans les négociations.
Par ailleurs, des experts internationaux s'interrogent sur la finesse diplomatique et l'expérience de l'équipe de négociation américaine actuelle, dirigée par le vice-président J.D. Vance, comparées à celles des technocrates chevronnés qui ont élaboré l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) il y a des années. La diplomatie exige de la patience et l'art du compromis, plutôt que d'imposer des préjugés subjectifs.
L'absence de confiance

Il n'est peut-être pas difficile de constater que le plus grand défi pour rétablir un accord ne réside pas dans le nombre de centrifugeuses ou le taux d'enrichissement de l'uranium, mais dans quelque chose d'intangible : la confiance.
En 2015, un minimum de confiance permettait aux parties de se réunir. Aujourd'hui, ce socle s'est complètement effondré. Pour l'Iran, le retrait par les États-Unis d'un accord multilatéral certifié par le Conseil de sécurité de l'ONU constitue une blessure profonde.
Plus inquiétant encore, le conflit de ces quarante derniers jours a engendré un paradoxe en matière de dissuasion. Les attaques américaines et israéliennes visaient à neutraliser les capacités nucléaires iraniennes, mais leurs répercussions politiques ont été désastreuses. Cette attaque conforte la faction radicale de Téhéran dans l'idée que seule la possession d'une arme nucléaire constitue le rempart dissuasif ultime et le plus efficace pour protéger la sécurité nationale contre les attaques extérieures.
La question de savoir si le président Donald Trump parviendra à un « meilleur » accord dépend de la définition que l'on donne à ce terme. S'il compte uniquement sur sa supériorité militaire pour contraindre l'autre partie à accepter des conditions unilatérales, un tel accord, s'il se concrétise, ne serait qu'un cessez-le-feu temporaire avant qu'une nouvelle tempête ne se lève.
La capacité du président Donald Trump à conclure un accord « meilleur » dépend de la définition que l'on donne au terme « meilleur ».
Pour résoudre fondamentalement la question nucléaire iranienne, l'histoire a démontré que la force n'est jamais la solution optimale. Ce n'est que lorsque toutes les parties seront disposées à s'engager dans un dialogue d'égal à égal, à respecter les intérêts légitimes de chacune et à agir conformément au droit international que le Moyen-Orient connaîtra une paix véritablement durable. Autrement, la recherche d'un accord « parfait » fondé sur une volonté imposée engendrera une instabilité mondiale perpétuelle.
Hoang Bach