International

L'OTAN est confrontée à une pression sans précédent.

Interprété par : Huong Giang - Thu Trang - Huu Quan July 9, 2026 12:05

Les 7 et 8 juillet, les dirigeants des 32 États membres de l'OTAN se sont réunis à Ankara, en Turquie, pour un sommet considéré comme l'une des réunions les plus importantes de la plus grande alliance militaire mondiale de ces dernières années. Jamais depuis la fin de la Guerre froide l'OTAN n'avait abordé un sommet sous une telle pression.

natotruocsucep-cover.png

Effectuer: Huong Giang - Thu Trang - Huu Quan• 9 juillet 2026

Les 7 et 8 juillet, les dirigeants des 32 États membres de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) se sont réunis à Ankara, en Turquie, pour un sommet considéré comme l'une des réunions les plus importantes de la plus grande alliance militaire mondiale de ces dernières années.

Mais ce qui rend ce sommet si particulier, ce n'est pas seulement l'ordre du jour ou les décisions concernant la défense ou l'Ukraine, mais aussi le contexte. Jamais depuis la fin de la Guerre froide l'OTAN n'a abordé un sommet sous une telle pression.

natotruocsucep-t1.png

Pendant de nombreuses années après la fin de la Guerre froide, l'OTAN a cru que l'Europe était entrée dans une période de stabilité durable. L'Alliance s'est progressivement recentrée sur la lutte contre le terrorisme, la gestion des crises régionales et les opérations menées hors de sa sphère d'influence traditionnelle. Mais le conflit russo-ukrainien qui a éclaté en 2022 a complètement bouleversé cette perception. Pour la première fois depuis des décennies, le risque d'une guerre de grande ampleur sur le continent européen n'était plus une hypothèse, mais une réalité. Dès lors, pour l'OTAN, soutenir l'Ukraine ne revenait pas seulement à soutenir un partenaire extérieur à l'Alliance, mais aussi à maintenir la dissuasion face à un adversaire militaire majeur présent sur le flanc oriental du bloc.

rus-ukr.jpg
Le risque d'une guerre à grande échelle sur le continent européen s'est accru avec l'éclatement du conflit russo-ukrainien en 2022. (Illustration : AFP)

Depuis février 2022, la valeur totale de l'aide militaire, financière et humanitaire engagée par les pays de l'OTAN et leurs partenaires en faveur de l'Ukraine a dépassé 300 milliards de dollars. Ces chiffres témoignent d'un soutien à Kiev sans précédent, dépassant de loin l'ampleur de nombreux programmes d'aide militaire menés par l'OTAN depuis la fin de la Guerre froide. Cependant, l'ampleur du conflit exerce une pression immense sur l'OTAN, transformant une crise conjoncturelle en une guerre d'usure à un rythme que de nombreuses nations peinent à suivre. Le transfert continu d'artillerie, de systèmes de défense aérienne, de véhicules blindés et d'autres armements modernes à l'Ukraine a contraint de nombreux États membres à réévaluer leurs réserves militaires et a engendré un besoin urgent d'accroître leurs capacités de production d'armement.

các binh sĩ thuộc quân đội Ukraine di chuyển tên lửa Stinger do Mỹ sản xuất
Des soldats ukrainiens transportent des missiles Stinger de fabrication américaine, des systèmes de défense aérienne mobiles et d'autres équipements militaires acheminés de Lituanie à Kiev. Photo : AFP / Getty Images

Les pressions exercées par l'Ukraine soulèvent également des questions politiques délicates au sein de l'OTAN. Alors que le conflit s'éternise, les gouvernements doivent convaincre leurs électeurs que le maintien du soutien à Kiev constitue non seulement un devoir envers l'Ukraine, mais aussi un investissement pour la sécurité à long terme de l'Europe. Cependant, face à une croissance atone, un coût de la vie élevé et des contraintes budgétaires, le maintien d'un soutien important pendant de nombreuses années représentera un défi politique majeur pour de nombreux pays.

Par conséquent, pour l'OTAN, l'Ukraine ne représente pas seulement un enjeu militaire. Il s'agit d'un test global de la capacité de l'Alliance à maintenir sa force, ses ressources et son unité politique.

Tổng thống Ukraine Volodymyr Zelensky gặp Tổng thống Donald Trump bên lề Hội nghị thượng đỉnh NATO tại Ankara. AFP
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rencontré le président Donald Trump en marge du sommet de l'OTAN à Ankara. Photo : AFP

Ce sommet de l'OTAN sera donc l'occasion pour l'OTAN de déterminer comment elle se préparera à une nouvelle ère où les conflits peuvent durer des années et où la force d'une alliance se mesure non seulement au nombre d'armes, mais aussi à sa capacité à maintenir sa volonté stratégique sur le long terme.

natotruocsucep-t2.png

L'une des principales pressions qui pèsent actuellement sur l'OTAN est la demande d'une redistribution des responsabilités en matière de sécurité et des charges de défense entre les États-Unis et leurs alliés européens. Ce débat n'est pas nouveau, mais le conflit russo-ukrainien l'a rendu plus urgent que jamais.

Depuis plus de 75 ans, les États-Unis constituent le pilier militaire de l'OTAN. Washington fournit la majorité des capacités stratégiques que l'Europe peine à remplacer seule : déploiements à longue portée, avions de chasse, renseignements, satellites, défense antimissile et capacité de coordonner des opérations militaires de grande envergure. La présence américaine a donc longtemps été perçue comme le fondement de la sécurité européenne. Cependant, ce modèle est aujourd'hui remis en question. Les États-Unis reprochent à leurs alliés européens de s'être trop longtemps reposés sur la protection américaine, sans investir suffisamment dans leur propre défense. Le président Trump a exigé à plusieurs reprises que les alliés de l'OTAN portent leurs dépenses de défense à 5 % du PIB, au lieu du minimum de 2 % convenu par l'OTAN en 2014. Cette demande témoigne de la volonté de Washington d'inciter l'Europe à contribuer davantage à sa sécurité.

cuộc tập trận quân sự Griffin Lightning 2025 của NATO
Exercice militaire Griffin Lightning 2025 de l'OTAN. Photo : AFP / Getty Images

Au-delà de l'augmentation des dépenses de défense, les États-Unis exhortent leurs alliés européens à se préparer à une toute nouvelle phase de l'Alliance, baptisée OTAN 3.0. Le message est clair : les États-Unis restent membres de l'OTAN, mais l'Europe n'est plus un simple bénéficiaire d'aide à la sécurité ; elle doit devenir une entité combattante indépendante et stratégiquement autonome. Ce changement d'orientation transformera l'Alliance en une structure à deux piliers plus équilibrée, allégeant ainsi le fardeau financier de Washington. Cependant, l'OTAN 3.0 présente également de nombreux défis, car l'Europe aura besoin de temps et de ressources considérables pour combler l'immense déficit de capacités laissé par les États-Unis, notamment en raison du déclin de l'industrie de défense sur le continent depuis la Guerre froide, de la faible croissance économique, du vieillissement de la population et de l'endettement public croissant.

Tổng thống Mỹ Donald Trump phát biểu tại Hội nghị thượng đỉnh các nhà lãnh đạo NATO AFP
Le président américain Donald Trump prend la parole au sommet des dirigeants de l'OTAN, le 8 juillet 2026. Photo : AFP

Le débat sur le partage des charges en matière de défense ne se limite donc plus à une simple question budgétaire, mais porte désormais sur la redistribution des rôles et des responsabilités entre les membres de l'OTAN. À cela s'ajoute la question plus large de l'avenir de la relation transatlantique, qui montre actuellement des signes de tension, les États-Unis étant insatisfaits de leurs alliés.

natotruocsucep-t3.png

L'un des plus grands défis de l'OTAN réside également dans les divergences de plus en plus marquées de perspectives et de visions entre ses 32 États membres concernant les menaces et les priorités stratégiques.

En principe, l'OTAN reste unie sur la question la plus importante : la Russie représente une grave menace pour la sécurité de l'Europe. Cependant, les priorités, les approches et la perception de cette menace divergent sensiblement d'un État membre à l'autre. Pour les pays de la frontière orientale, comme la Pologne et les États baltes, le conflit russo-ukrainien est perçu comme une menace directe pour leur sécurité nationale. Ces pays sont favorables à une augmentation rapide des dépenses de défense, à un renforcement de la présence militaire de l'OTAN et à une pression constante sur Moscou.

Quang cảnh Hội nghị các nhà lãnh đạo nghị viện NATO tại Istanbul, Thổ Nhĩ Kỳ
Vue de la réunion des dirigeants parlementaires de l'OTAN à Istanbul, en Turquie, le 29 juin 2026. Photo : AA/VNA

La Pologne illustre parfaitement l'évolution des conceptions sécuritaires dans la région. Varsovie a considérablement augmenté son budget de défense, qui devrait atteindre 4,7 % du PIB d'ici 2025 – un niveau parmi les plus élevés de l'OTAN. Pour la Pologne, investir dans le domaine militaire ne se limite pas au respect de ses obligations envers l'Alliance, mais vise également à se préparer à d'éventuelles menaces sécuritaires sur son flanc oriental. Cependant, alors que plusieurs pays d'Europe occidentale et méridionale sont confrontés simultanément à d'autres défis tels que la faible croissance économique, les contraintes budgétaires, la sécurité énergétique et les migrations, allouer des dizaines de milliards d'euros supplémentaires à la défense implique de revoir d'autres priorités budgétaires.

Ces différences se manifestent également dans la manière dont les membres perçoivent le rôle mondial de l'OTAN. Les États-Unis considèrent de plus en plus la compétition stratégique avec la Chine comme une priorité à long terme, tandis que de nombreux pays européens restent principalement concentrés sur la menace russe et la sécurité intérieure de leur continent. La France promeut l'idée d'une Europe plus autonome sur le plan stratégique, tandis que certains pays d'Europe de l'Est estiment qu'une forte présence militaire américaine demeure la garantie la plus importante.

Các binh sĩ Mỹ tháo dỡ bom dẫn đường trực tiếp (JDAM) từ máy bay ném bom B-1 Lancer của Không quân Mỹ tại căn cứ không quân RAF Fairford ở tây nam nước Anh
Des soldats américains démantèlent une munition JDAM (Joint Direct-Destroyer Ammunition) d'un bombardier B-1 Lancer de l'US Air Force sur la base aérienne de Fairford, dans le sud-ouest de l'Angleterre, le 15 mars 2026. Photo : AFP

Dans le contexte actuel, les divergences de priorités stratégiques peuvent constituer un obstacle majeur si les alliés ne parviennent pas à trouver un terrain d'entente. C'est pourquoi ce sommet de l'OTAN ne se limite pas aux discussions sur l'Ukraine, les dépenses de défense ou les capacités militaires. Derrière tous ces enjeux se cache une question plus fondamentale : l'OTAN peut-elle préserver son unité alors que le monde entre dans une phase de concurrence et de fragmentation accrues ?

natotruocsucep-t4.png

Le sommet de l'OTAN à Ankara n'était pas seulement une réunion pour convenir de nouveaux engagements en matière de défense, mais aussi un moment pour l'alliance de répondre à une question sur son identité et son rôle dans un monde en mutation.

En plus de 75 ans d'existence, l'OTAN a adapté son rôle à plusieurs reprises : d'une alliance visant à contrer l'Union soviétique pendant la guerre froide, à une organisation de gestion des crises à l'ère post-guerre froide, et confrontée aujourd'hui à un environnement concurrentiel stratégique plus complexe où les défis ne proviennent pas seulement du domaine militaire, mais aussi de la technologie, de l'économie, de l'énergie et de la cybersécurité.

Thủ tướng Anh Keir Starmer, Tổng thống Mỹ Donald Trump, Tổng thư ký NATO Mark Rutte AFP
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le président américain Donald Trump et le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte lors du sommet des dirigeants de l'OTAN à Ankara, en Turquie. Photo : AFP

Le plus grand défi de l'OTAN aujourd'hui n'est pas seulement la Russie, la Chine ou les tensions régionales, mais aussi sa capacité à préserver son unité interne. Si les Alliés parviennent à un nouvel équilibre – où les États-Unis continuent de jouer un rôle de premier plan, l'Europe assume davantage de responsabilités et l'Alliance tout entière renforce ses capacités à relever les nouveaux défis – l'OTAN pourrait entrer dans une nouvelle phase de son développement, une OTAN 3.0 caractérisée par une répartition plus équilibrée du pouvoir et des responsabilités.

Mais si le fossé entre l'engagement et l'action persiste, si les désaccords internes dégénèrent, l'OTAN risque de se heurter au plus grand problème de son histoire : ce n'est pas un manque de force, mais un manque d'unité pour utiliser cette force.

Car, dans un monde entrant dans une nouvelle phase de compétition stratégique, l'avenir de l'OTAN ne dépendra pas uniquement de ses rivaux extérieurs. Il dépendra de la manière dont ses alliés choisiront de rester unis.

Các nhà lãnh đạo NATO chụp ảnh lưu niệm tại hội nghị thượng đỉnh của liên minh ở Ankara vào ngày 8 tháng 7 năm 2026. Ảnh AFP
Les dirigeants de l'OTAN lors du sommet de l'Alliance à Ankara le 8 juillet 2026. Photo : AFP

Interprété par : Huong Giang - Thu Trang - Huu Quan