Les flèches de Modi atteindront-elles leur cible ?
(Baonghean.vn) – Narendra Modi, un nouveau dirigeant visionnaire, est récemment arrivé au pouvoir en Inde. Il ambitionne de concrétiser l'immense potentiel de croissance du pays et d'en faire un acteur majeur sur la scène internationale. Cette ambition a suscité un optimisme généralisé, tant au niveau national qu'international, quant au renouveau de l'Inde. Quels défis l'Inde doit-elle donc relever pour y parvenir ?
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| Narendra Modi cherche à exploiter l'énorme potentiel de croissance de l'Inde et à en faire un acteur mondial majeur. Photo : Internet. |
Il existe un large consensus sur le fait que les réformes structurelles devraient se concentrer sur trois axes clés de politique économique, et le nouveau gouvernement semble déterminé à atteindre ces objectifs. Le premier axe concerne l'agriculture, un secteur où d'importantes défaillances du marché ont alimenté une inflation généralisée des prix à la consommation. Le deuxième axe englobe les réformes visant à faciliter le développement du secteur manufacturier à forte intensité de main-d'œuvre afin de concrétiser la campagne gouvernementale « Fabriquer en Inde ». Le troisième axe est la restructuration fiscale afin de dégager des recettes fiscales pour des investissements massifs dans les infrastructures physiques et sociales.
Outre ces trois grandes réformes structurelles, on estime que trois facteurs fondamentaux entravent le progrès de l'Inde. Ces facteurs se manifestent dans trois domaines différents mais étroitement liés : économique, culturel et social.
D'un point de vue économique, la principale contrainte réside dans l'incapacité à trouver un juste équilibre entre le marché et l'État. La crainte du marché imprègne depuis longtemps la politique économique et la société civile en Inde, faisant pencher la balance en faveur de l'État et compromettant l'efficacité économique et la croissance de la productivité. Le capitalisme de connivence est une conséquence directe de ce déséquilibre.
L'État joue indéniablement un rôle clé dans la gestion des marchés et la fourniture de biens publics. Cependant, des défaillances tant de l'État que du marché peuvent survenir en raison d'une intervention étatique excessive. Le commerce agricole en Inde, qui empêche les agriculteurs de vendre directement leurs produits sur le marché, en est un exemple pertinent. À l'instar des autres monopoles, les monopoles d'État risquent de devenir inefficaces faute de concurrence et sont également très vulnérables à la corruption.
Mais alors même que l'État indien élargissait excessivement son rôle dans la régulation, le contrôle et le remplacement du marché, il n'investissait pas suffisamment dans les infrastructures physiques et sociales essentielles, ce qui a freiné la productivité et la croissance des revenus.
Si les inquiétudes des marchés ont eu tendance à limiter les gains d'efficacité et de production, le repli sur soi culturel marqué de l'Inde a freiné sa compétitivité dans une économie mondiale en pleine intégration. L'Inde fait désormais figure d'exception parmi les économies de marché émergentes en matière de gestion de ses déficits structurels de la balance des paiements courants.
Malgré d'importantes réformes commerciales entreprises au début des années 1990, l'Inde demeure l'une des économies majeures les plus protectionnistes au monde. Tandis que l'Asie de l'Est s'ouvre au monde pour s'inspirer des meilleures pratiques internationales et les adopter afin de rattraper rapidement son retard, l'Inde semble se croire différente, estimant n'avoir que peu à apprendre des expériences des autres et préférant poursuivre ses propres politiques. Certes, elle n'est pas tenue de suivre aveuglément le modèle occidental, mais pour réaliser son potentiel et éviter de prendre du retard, l'Inde doit renforcer ses liens avec le monde extérieur, tant occidental qu'oriental.
Sur le plan social, l'Inde doit s'attaquer aux inégalités qui entravent l'égalité d'accès aux opportunités. Le système des castes, longtemps une caractéristique déterminante de l'Inde, divise la société en petites communautés aux interactions sociales limitées et instaure un accès disproportionné et hiérarchisé aux opportunités. Les effets persistants de ce système continuent de diviser l'accès aux opportunités et portent atteinte à la dignité des travailleurs dans la société civile.
L'une des conséquences notables de ces influences persistantes est le faible niveau de développement humain en Inde. Ce constat ne peut être imputé à une pénurie de ressources, car l'État a privilégié l'émergence d'une importante classe moyenne au détriment des investissements dans les infrastructures sociales destinées aux populations marginalisées. Une grande partie de la population est privée d'accès à l'éducation et au développement des compétences. Le plein potentiel des talents indiens demeure inexploité.
L'Inde pourrait devenir le nouveau moteur de la croissance mondiale. Contrairement à d'autres marchés émergents qui dépendent de leviers externes pour renouer avec une forte croissance, l'économie indienne est bien équilibrée. Les réformes nécessaires sont principalement d'ordre interne, ce qui fait du moment présent une période propice à la renaissance de l'Inde.
Pour réaliser son immense potentiel, l'Inde a besoin de réformes politiques et structurelles radicales à court et moyen terme. Elle doit notamment miser sur trois axes stratégiques : l'agriculture, l'industrie manufacturière à forte intensité de main-d'œuvre et la restructuration financière, en s'appuyant sur une gouvernance efficace.
Le défi immédiat auquel est confronté le gouvernement Modi consiste à maîtriser ces enjeux. Mais si l'Inde veut maintenir une forte croissance sur le long terme, sortir du piège du revenu intermédiaire et devenir un acteur majeur sur la scène internationale, elle doit également changer de mentalité. La société civile doit surmonter ses craintes vis-à-vis du marché, s'ouvrir davantage au monde extérieur et garantir l'égalité des chances à tous ses citoyens. La véritable richesse d'une nation réside dans son peuple.
Thu Giang
(Selon le Forum Asie de l'Est)
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