Traitement à la méthadone : efficacité et préoccupations

August 3, 2015 10:34

(Baonghean) – Le programme de traitement de substitution à la méthadone pour la toxicomanie dans notre province est en vigueur depuis septembre 2012. Après près de trois ans, ce programme a permis d'obtenir de nombreux résultats positifs : il aide les toxicomanes à se sevrer progressivement, améliore leur qualité de vie, réduit le risque de criminalité, contribue à la sécurité et à l'ordre publics et limite le risque d'infection par le VIH et d'autres maladies transmissibles par le sang (hépatites B et C, par exemple). Cependant, certaines questions relatives au traitement à la méthadone restent à examiner.

Extension des installations de traitement

Le premier centre de traitement à la méthadone de la province est situé au sein du Centre de prévention et de contrôle du VIH/SIDA de la ville de Vinh. À ce jour, la province a mis en place quatre autres centres dans les districts de Que Phong, Quy Chau et Tuong Duong, ainsi qu'au Centre de formation professionnelle n° 1. Au 30 juin 2015, 936 patients étaient sous traitement, soit 27,53 % de l'objectif gouvernemental.

Bệnh nhân uống Methadone tại Trung tâm Phòng chống HIVAIDS tỉnh.
Des patients prennent de la méthadone au Centre provincial de prévention et de contrôle du VIH/SIDA.


Au fil du temps, le traitement à la méthadone a donné d'excellents résultats. Grâce à leur persévérance et à une bonne observance du traitement, de nombreux patients ont progressivement recouvré la santé, stabilisé leur état mental et pu reprendre une vie professionnelle normale, se libérant ainsi de la dépendance. Le programme de méthadone a notamment permis d'alléger le fardeau économique pesant sur les familles des toxicomanes, de limiter la hausse de la criminalité, du trafic et de la consommation de stupéfiants, et de contribuer à la sécurité et à l'ordre social.

Le cas de M. D., habitant du hameau 13, commune de Dien An, district de Dien Chau, en est un exemple typique. Après plus de deux ans de traitement à la méthadone (depuis juin 2013), M. D. mène une vie bien plus confortable, heureuse et saine. « Avant, à chaque envie de consommer, sans drogue, j'étais constamment fatigué, agité et mal à l'aise. Mais depuis que je prends de la méthadone une fois par jour, je n'ai plus envie de drogue et je peux bien manger et bien dormir », confie M. D. Sa famille, ses amis et ses voisins sont également ravis car, après ce traitement, M. D. a changé de personnalité : il vit paisiblement, est économe, se concentre sur son travail et ne dépense plus son argent en drogue comme il le faisait lorsqu'il était toxicomane.

Selon les médecins, l'administration de méthadone par voie orale, plutôt que par injection, réduit le taux de transmission du VIH par voie intraveineuse. Ce traitement présente également des avantages économiques grâce à son faible coût, puisqu'une seule dose par jour est nécessaire. À l'inverse, la consommation de drogues exige un investissement considérable, parfois de plusieurs millions de dongs, en raison des multiples doses quotidiennes requises. Le traitement à la méthadone profite non seulement aux toxicomanes, mais allège aussi le fardeau pesant sur les familles et la société, limite la transmission du VIH/SIDA et réduit la criminalité liée à la drogue. Conformément au plan, d'ici fin 2015, de nouveaux centres de traitement seront mis en place dans les districts de Thanh Chuong, Dien Chau, Thai Hoa, Quy Hop, Ky Son, Con Cuong et Do Luong.

Le Dr Nguyen Van Dinh, directeur du Centre de prévention et de contrôle du VIH/SIDA, a déclaré : « Le succès du programme ces dernières années a reposé sur l’attention et le soutien constants de la province et des secteurs concernés. Dans sa décision n° 3401 du 22 juillet 2014, approuvant le plan ajusté de mise en œuvre du programme de traitement de la dépendance aux opioïdes par la méthadone dans la province de Nghệ An pour la période 2014-2020, le Comité populaire provincial a augmenté le financement du programme. Concrètement, alors que le budget local allouait 1,53 milliard de VND en 2014, ce montant est passé à 5,641 milliards de VND en 2015. Par ailleurs, le Conseil populaire provincial a récemment approuvé un plan visant à garantir le soutien financier au fonctionnement des centres de traitement par la méthadone. De plus, afin d’anticiper la réduction des médicaments provenant des programmes du gouvernement central, le ministère de la Santé a également soumis un plan au Comité populaire provincial pour approbation. Il s’agit d’un modèle de traitement socialisé par la méthadone, où les patients ne reçoivent plus 100 % des médicaments. » Dans le cadre du soutien financier actuel, les patients contribueront à hauteur de 7 000 à 10 000 VND par dose.

Outre l'expansion des structures de soins et l'accent mis sur l'efficacité et le maintien du nombre de patients pris en charge, le secteur de la santé enjoint également les établissements de soins à se préparer aux procédures administratives d'admission des patients, conformément à la circulaire 12/2015/TT-BYT du 28 mai 2015 du ministère de la Santé. Cette circulaire fournit des instructions détaillées sur la mise en œuvre de certains articles du décret n° 96/2016/ND-CP relatif au traitement de la dépendance aux opioïdes par des médicaments de substitution, applicable depuis le 1er août. Ceci permet de garantir que le public cible et les critères de traitement sont bien définis et de réduire les délais d'attente pour les personnes souhaitant y participer. Auparavant, pour être admis dans un centre de traitement à la méthadone, les patients devaient déposer une demande et obtenir une confirmation des autorités locales (arrondissement, commune, ville). Cette réglementation posait un problème pratique : certaines autorités locales, par méconnaissance du traitement à la méthadone et considérant les toxicomanes comme des criminels, rendaient encore difficile l'obtention de cette confirmation. Cependant, conformément à la circulaire n° 12, prochainement, les personnes souhaitant s’inscrire à un traitement n’auront qu’à remplir un formulaire de demande, et l’établissement de soins se chargera de sélectionner les participants admissibles. Grâce à cette réglementation, la procédure d’inscription au traitement à la méthadone sera rapide et efficace, et le traitement pourra débuter dans une semaine environ.

Préoccupations

En juin 2015, la province de Nghệ An comptait 7 293 toxicomanes enregistrés. Bien qu'elle figure parmi les provinces du pays présentant le plus grand nombre de toxicomanes, la prise en charge des toxicomanes (obligatoire et volontaire) dans les centres de réadaptation de la province se heurte à de nombreuses difficultés.

Au cours des six premiers mois de 2015 seulement, ces centres ont pris en charge et assuré la réadaptation de 1 069 personnes ; ils ont facilité la réinsertion sociale de 287 personnes et en suivent actuellement 782. Ainsi, les 933 personnes sous traitement à la méthadone représentent un très faible pourcentage du nombre total de toxicomanes dans la société.

Par ailleurs, le taux d'abandon du traitement à la méthadone dans la province demeure élevé. Fin juin 2015, sur 933 patients sous traitement à la méthadone, seuls 690 le poursuivaient, soit environ 74 %. Plus de 240 patients ont interrompu leur traitement pour diverses raisons : décès ou maladie les empêchant de le recevoir, départ de la région pour raisons professionnelles, arrestation et incarcération, demande d'arrêt volontaire, et surtout, abandon du traitement pour des raisons inconnues. Selon le Dr Nguyen Van Dinh, bien qu'il n'existe pas encore de chiffres officiels, on estime que plus de 100 patients ont volontairement demandé l'arrêt ou abandonné leur traitement.

L'une des raisons de cette situation est que notre province, vaste et au relief accidenté par endroits, ne compte que cinq centres de traitement à la méthadone (dont deux à Vinh), ce qui rend l'accès aux soins difficile pour de nombreux patients. Par ailleurs, beaucoup d'entre eux ont encore des idées fausses et manquent de motivation dans leur traitement. Cependant, selon le Dr Nguyen Xuan Hong, directeur adjoint du Département de la Santé, certains points restent à améliorer dans les centres de traitement : un accompagnement insuffisant des patients ; un manque de coordination entre les médecins et les conseillers ; une analyse insuffisante des raisons des abandons de traitement ; et un manque d'initiatives pour retrouver et encourager les patients ayant interrompu leur traitement à le reprendre. Le programme de traitement à la méthadone rencontre également des difficultés en raison du manque de coordination entre la police, les services sociaux, les services d'aide aux anciens combattants et les services de santé dans certains districts, notamment pour l'orientation et le transfert des patients.

Conformément à la décision n° 3401 approuvant le plan d'ajustement de la mise en œuvre du programme de traitement de la dépendance aux opioïdes par la méthadone dans la province de Nghệ An pour la période 2014-2020, l'objectif fixé pour 2020 est que plus de 40 % des personnes dépendantes aux opioïdes, faisant l'objet d'un suivi, participent au programme de méthadone dans l'ensemble des districts, villes et communes de la province. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire que les comités du Parti, les agences gouvernementales, les services et les organisations de masse à tous les niveaux s'impliquent dans la diffusion d'informations et la mobilisation des toxicomanes afin qu'ils comprennent l'efficacité du traitement par la méthadone, encourageant ainsi leur participation volontaire et le strict respect du protocole de traitement.

Durant le traitement, en plus de leurs obligations professionnelles, les médecins doivent établir une relation de confiance avec les patients par le dialogue et le soutien psychologique afin de leur apporter un appui opportun et de les encourager à poursuivre leur traitement. Lors des séances de soutien psychologique, les médecins et les psychologues doivent aider les patients et leurs familles à comprendre que le traitement à la méthadone est un processus de longue durée, voire à vie. Ceci afin d'éviter que, après une période de traitement, lorsque l'envie d'héroïne s'atténue, certains patients et leurs familles ne croient à tort avoir vaincu leur dépendance et n'abandonnent le traitement pour économiser du temps et de l'argent, ignorant la durée et la complexité du traitement à la méthadone. Par ailleurs, à l'avenir, les autorités compétentes devraient étudier la possibilité d'associer le programme de traitement à une formation professionnelle, à un soutien financier et à la création d'emplois stables et adaptés pour les patients, afin de les aider à se stabiliser et à prévenir les rechutes. C'est seulement ainsi que le programme de traitement à la méthadone pourra être plus efficace et durable.


Minh Quan