Accord avec la Syrie : avantages et inconvénients

September 17, 2016 07:29

(Baonghean) – L’accord historique conclu la semaine dernière entre le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov représente une avancée majeure à bien des égards. Devrait permettre de sauver de nombreuses vies innocentes, et intervenant dans le contexte de la guerre la plus terrible du XXIe siècle, cet accord est considéré comme un objectif qu’il convient de poursuivre et de s’efforcer d’atteindre.

Ngoại trưởng Mỹ John Kerry và người đồng cấp Nga Sergei Lavrov. Ảnh: Reuters.
Le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov. Photo : Reuters.

Le problème réside dans la portée limitée de cet accord multipartite. Les analystes soulignent que, malgré son importance fondamentale, l'accord de cessez-le-feu demeure un accord limité et davantage axé sur la tactique. Qu'il s'agisse d'aide, du cessez-le-feu lui-même ou de la coordination contre les groupes islamistes extrémistes, ni Washington ni Moscou ne souhaitent qu'ils deviennent un élément perturbateur de l'avenir de la Syrie.

Il faut toutefois reconnaître franchement que, pour parvenir à cet accord, les hauts diplomates des deux superpuissances, les États-Unis et la Russie, ont semblé calculer avec soin, voire éviter délibérément, les questions les plus épineuses. Parmi celles-ci, la question la plus cruciale, le sort final du président syrien Bachar al-Assad, n'a pas été abordée lors des négociations. Cette omission a suscité une vive attention de la part de Damas, d'Alep et de nombreuses autres capitales régionales clés qui jouent un rôle déterminant dans l'issue du conflit.

En réalité, il n'est guère surprenant que les États-Unis et la Russie ne soient pas parvenus à un consensus. Ce n'est pas seulement parce qu'à Washington, les élites peinent à s'entendre sur la marche à suivre pour l'Amérique. Il en va tout autrement en Europe, où les inquiétudes se multiplient quant aux répercussions politiques potentielles de l'afflux de migrants. Là-bas, parallèlement à de nombreux pays qui s'efforcent de trouver des solutions concrètes, beaucoup d'autres aspirent à une fin rapide de la guerre en Syrie, à tout prix.

Aux États-Unis, un groupe de responsables du Département d'État a exhorté Washington à entreprendre une action militaire prudente contre les forces soutenant le régime d'Assad en Syrie. Non pas qu'ils croient à la possibilité de renverser Assad, mais parce qu'ils estiment que ses agissements au cours des cinq dernières années – notamment les attaques chimiques recensées le mois dernier – justifient une riposte plus ferme.

Người dân Aleppo, Syria nhận thực phẩm cứu trợ. Ảnh: Reuters.
Des habitants d'Alep, en Syrie, reçoivent une aide alimentaire. Photo : Reuters.

D'autres, notamment de nombreuses voix libérales et néoconservatrices, estiment que cette approche est irréaliste. Ils insistent sur le fait qu'affaiblir la capacité du gouvernement syrien à maintenir son autorité ne ferait qu'aggraver une situation déjà désespérée et compliquer la reconstruction à long terme de la Syrie, que ce soit sous un nouveau gouvernement ou sous le régime d'Assad.

Il est peu probable que Washington règle ce problème avant l'élection présidentielle de novembre. Par conséquent, quel que soit le vainqueur et futur occupant de la Maison-Blanche, il devra élaborer une stratégie tenant compte de l'évolution de la situation en Syrie, notamment dans des zones de conflit comme Alep.

C’est là que la coordination américano-russe dans la lutte contre les groupes islamistes extrémistes est susceptible d’avoir un impact réel. Les conséquences seraient multiples. Premièrement, la plupart des puissances régionales et internationales, ainsi que les forces locales, partagent fondamentalement le même objectif : la disparition de l’organisation autoproclamée État islamique (EI), même si la question de son successeur reste sujette à débat.

Si des aéronefs russes, américains et autres opèrent dans la même zone, des procédures strictes sont indispensables pour éviter tout affrontement accidentel. Selon Reuters, Moscou et Washington y mènent des opérations plutôt efficaces jusqu'à présent, même si l'armée de l'air syrienne tente parfois des frappes aériennes à proximité des zones où les forces spéciales américaines coopèrent avec des rebelles modérés.

Thành phố Idlib của Syria tan hoang sau các đợt không kích. Ảnh: Reuters.
La ville syrienne d'Idlib est dévastée après des frappes aériennes. Photo : Reuters.

Il convient également de noter que de nombreux acteurs, outre la Russie et les États-Unis, s'intéressent au conflit syrien. L'Iran, qui soutient Assad, et les puissances sunnites qui appuient l'opposition ont leurs propres perspectives et arguments. Avec le déploiement de forces militaires en Syrie, la Turquie devient un acteur influent dans le conflit, dépassant ainsi les priorités de Kerry, Lavrov, Obama et Poutine.

Depuis que le président turc Recep Tayyip Erdoğan a déjoué une tentative de coup d'État en juillet, il est clair qu'il ne se sent plus redevable envers aucune puissance extérieure en matière de politique étrangère. Suite aux récentes attaques de l'État islamique sur son territoire, Ankara est manifestement tout aussi déterminée que Washington à repousser le groupe.

Un jour, la guerre en Syrie prendra peut-être fin grâce à un accord négocié au niveau international. L'accord Kerry-Lavrov pourrait alors être considéré comme l'une des pierres angulaires de cet avenir meilleur. Mais pour l'heure, il ouvre simplement la porte à un nouveau chapitre du conflit en cours.

Phu Binh

(Selon Reuters)

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