Japon et Russie : Reconstruire la confiance
(Baonghean) – Hier (20 mars), les ministres russes des Affaires étrangères et de la Défense ont tenu une réunion au format « 2+2 » avec leurs homologues japonais à Tokyo. Outre la concrétisation de l’accord conclu l’an dernier entre le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe, cette rencontre a également permis aux deux parties de renforcer la confiance mutuelle et leur coopération sur les questions régionales et internationales.
![]() |
| Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue japonais, Fumio Kishida, se serrent la main avant leur rencontre. (Photo : AP) |
Surmonter les obstacles
Il s'agissait de la première rencontre entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la Russie et du Japon depuis novembre 2013, date à laquelle les pourparlers « 2+2 » avaient été suspendus suite à la participation du Japon aux sanctions imposées à la Russie après l'annexion de la Crimée. Au cours de cette réunion, les deux parties ont discuté de plans concrets pour la mise en œuvre d'une coopération économique conjointe dans cet archipel disputé, que la Russie nomme les Kouriles du Sud et le Japon les Territoires du Nord.
En vue de cette rencontre, les vice-ministres des Affaires étrangères des deux pays ont tenu une réunion préliminaire le 18 mars à Tokyo, témoignant ainsi de leur sérieux et de leur volonté d'obtenir des résultats concrets dans le développement de ce nouveau domaine de coopération. Les secteurs prioritaires de coopération dans les îles contestées comprennent la pêche, le tourisme et la santé. Les deux parties étudient également la possibilité d'autoriser les citoyens japonais ayant résidé dans les îles Kouriles du Sud/Territoires du Nord à s'y rendre.
La partie japonaise a déclaré qu'elle s'efforcerait de parvenir à un consensus sur les questions d'avenir, en se fondant sur le principe de non-préjudice mutuel, dans le but commun de signer un traité de paix. De son côté, la Russie a exprimé sa volonté de coopérer à condition que les activités de coopération ne contreviennent pas à son droit.
Les différends territoriaux constituent le point le plus épineux des relations bilatérales entre la Russie et le Japon, en particulier lorsque les deux parties maintiennent fermement leurs positions quant à leurs intérêts nationaux dans les territoires contestés. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a lui-même déclaré : « En tant que Premier ministre du Japon, j’affirme la justesse de la position du Japon, tandis que le président Poutine est pleinement convaincu de la justesse de la position de la Russie. Si nous continuons ainsi, les négociations s’éterniseront pendant des décennies. »
Bien que le président russe Vladimir Poutine ait répété à maintes reprises que la Russie « ne cède pas de territoire », les responsables russes et japonais ne s'attendent pas à ce que les pourparlers « 2+2 » permettent une avancée décisive dans le règlement du différend de souveraineté concernant les îles Kouriles du Sud/Territoires du Nord. L'important est que la coopération économique, une fois mise en œuvre, puisse jeter les bases et créer un climat favorable à la poursuite des négociations, comme l'a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov : « Je crois que cette coopération conjointe constitue une étape importante vers la création d'un environnement propice au règlement de la question d'un traité de paix. »
![]() |
| Le sommet 2+2 entre le Japon et la Russie a repris après plus de trois ans d'interruption. (Photo : Sputnik) |
De l'économie à la sécurité
D'après les analystes, si la coopération économique entre les deux parties dans l'archipel contesté progresse sans heurts, la coopération dans de nombreux autres domaines s'accélérera rapidement, notamment en matière de sécurité, compte tenu du contexte régional instable. Le Japon a toujours été un allié proche des États-Unis dans la région ; par conséquent, il tend à partager la position américaine sur des questions telles que l'intensification des activités chinoises en mer de Chine méridionale et en mer de Chine orientale, ou les programmes balistique et nucléaire de la Corée du Nord.
Cette affirmation est étayée par le fait que les ministres de la Défense des deux pays, lors de leur première réunion « 2+2 » depuis plus de trois ans, ont axé leurs discussions sur le système de défense antimissile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) sud-coréen. La Russie craint fortement que ce système ne perturbe l'équilibre stratégique en Asie-Pacifique et ne menace sa sécurité. Or, le Japon a maintes fois exprimé son intention de participer à ce système. Par conséquent, lors de cette réunion « 2+2 », la ministre japonaise de la Défense, Tomomi Inada, s'est attachée à rassurer la Russie : si le Japon devait participer à ce système de défense, ce serait pour contrer les menaces sécuritaires émanant de la Corée du Nord et non pour cibler un pays tiers.
On peut affirmer que le renforcement de la coopération entre la Russie et le Japon en matière de sécurité régionale pourrait apporter des avantages stratégiques aux deux pays. Face à la montée en puissance de la Chine dans la région, notamment ses actions plus affirmées dans les différends territoriaux avec le Japon en mer de Chine orientale, le renforcement des relations avec la Russie pourrait atténuer les inquiétudes du Japon quant au risque d'ententes clandestines entre la Russie et la Chine. La volonté du Japon d'améliorer ses relations avec la Russie s'inscrit également dans une stratégie visant à diversifier ses relations avec les grandes puissances, plutôt que de dépendre uniquement de la politique américaine comme par le passé. Pour la Russie, le renforcement des relations avec le Japon est conforme à sa politique d'ouverture vers l'Est, qui cible la région considérée comme la plus développée du XXIe siècle.
Par ailleurs, le président Poutine n'a pas caché sa détermination à instaurer autour de la Russie un « nouvel ordre international ambitieux ». Cet ordre international exigera non seulement un engagement russe plus profond et plus efficace dans les zones de conflit, mais aussi un renforcement des relations avec les grandes puissances régionales influentes telles que le Japon et la Chine. Des mesures concrètes en faveur d'un rapprochement russo-japonais seront abordées lors de la prochaine rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe, prévue fin avril.
Thuy Ngoc

