Le président français peine à gérer la crise des « gilets jaunes ».

Phuong Hoa December 3, 2018 18:44

(Baonghean) - Ces derniers jours, le centre de Paris, la capitale française, a connu les troubles les plus graves depuis 1968. Cela peut être considéré comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase après une série de manifestations de citoyens et de factions contre les politiques du président Emmanuel Macron concernant les prix du carburant, les augmentations de pensions et le salaire minimum.

Les observateurs estiment que les manifestations et les violences perpétrées par le groupe extrémiste des « gilets jaunes » ne sont que le « prélude » aux difficultés et aux défis auxquels Macron sera confronté après 18 mois au pouvoir.

L'Arc de Triomphe est tombé.

L'avenue des Champs-Élysées et l'Arc de Triomphe, à Paris, ont été le théâtre de scènes incrédules ces derniers jours. La police française a dû faire usage de gaz lacrymogène et de grenades fumigènes pour disperser des groupes de manifestants « gilets jaunes » qui tentaient de forcer les cordons de sécurité.

L'Arc de Triomphe à Paris a été le théâtre ces derniers jours des plus graves troubles qu'ait connus la capitale française depuis 1968. Photo : AP

Sur l'Arc de Triomphe même, on pouvait lire des slogans comme : « Macron démissionne » ou « Les Gilets jaunes vont gagner »… Des centaines de personnes ont été arrêtées et plus de 100 ont été blessées lors des manifestations et des émeutes.

En réalité, la décision du gouvernement français d'augmenter les taxes sur les carburants était déjà entrée en vigueur en octobre dernier. Cependant, sa mise en œuvre concomitante à la flambée des prix mondiaux du pétrole a suscité de vives protestations au sein de la population, notamment parmi les agriculteurs.

Bien que le gouvernement français affirme que la hausse de la taxe sur les carburants vise à inciter les usagers à utiliser des véhicules plus économes en carburant, et donc à réduire la pollution, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues. Plus inquiétant encore, selon des observateurs, des groupes d'extrême gauche, d'extrême droite et des organisations non gouvernementales ont profité de la situation pour infiltrer les manifestants et manipuler l'opinion publique.

La stratégie d'incitation à la haine semble avoir porté ses fruits, la cote de popularité du président Macron ayant chuté à des niveaux historiquement bas. De plus, sa réponse ferme et intransigeante n'a fait qu'attiser les tensions, alimentant les accusations de déconnexion avec le peuple.

Le mouvement des « gilets jaunes » est un mouvement de protestation contre la hausse des prix du carburant et du coût de la vie qui bénéficie d'un large soutien en France. Le mouvement a débuté le 17 novembre, lorsque des milliers de manifestants ont érigé des barrages routiers à travers le pays afin d'attirer l'attention et de perturber la circulation.

Pour faire face à la situation, le président Macron a envisagé de décréter l'état d'urgence lors d'une réunion avec les responsables de la sécurité le 2 décembre. Il est prévu qu'aujourd'hui (4 décembre), le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, présente également à la commission des lois du Sénat un compte rendu des attaques contre les forces de l'ordre et des actes de vandalisme commis par des manifestants extrémistes, ainsi que des mesures prises en réponse.

Les défis ne font que commencer.

Ce récent point de rupture n'est en réalité pas totalement inattendu pour l'opinion publique française. Selon les observateurs, si le président Macron a été jugé performant en politique étrangère durant sa première année de mandat, sa gestion des affaires intérieures s'est avérée plutôt infructueuse.

Depuis son arrivée au pouvoir l'an dernier, le président Macron a mis en œuvre de nombreuses mesures de réforme de l'économie et des institutions publiques. Malheureusement, ces réformes ont suscité la controverse au sein de la population.

En particulier, les décisions relatives aux impôts, ou celles autorisant un assouplissement de la législation fiscale et des licenciements, ont fait chuter la cote de popularité du président.

Tout au long de l'année 2018, de nombreuses manifestations et marches ont eu lieu contre différentes politiques gouvernementales. Par exemple, en mai, des dizaines de milliers de personnes ont défilé place de la Bastille pour protester contre les réformes économiques du président Macron.

De retour du sommet du G20 en Argentine le 2 décembre, le président français Emmanuel Macron s'est rendu à l'Arc de Triomphe pour évaluer la situation suite aux troubles qui y ont eu lieu. (Photo : AP)

Selon Macron, ces réformes attireront davantage d'investisseurs étrangers et permettront à l'économie française de se montrer plus compétitive sur le marché mondial après des années de stagnation. Cependant, nombreux sont ceux qui estiment que Macron privilégie une approche axée sur le profit plutôt que sur les intérêts de la classe ouvrière.

Comme l'a souligné Philippe Martinez, président de la CGT, la France a besoin de changement, mais le gouvernement doit avant tout se soucier du bien-être des citoyens. Certains vont même jusqu'à dire que Macron est le président des riches.

Ces développements confirment les sombres prédictions formulées lors de l'élection de Macron à la présidence en mai dernier, et font état de nombreux défis qui ne sont pas nouveaux mais qui existent en France depuis près de 20 ans. Parmi ceux-ci figurent une économie atone et une société et un paysage politique profondément divisés.

La responsabilité de Macron était alors clairement définie : non seulement concilier les intérêts et unir l’élite française, mais aussi renouer le dialogue avec l’ensemble de la population, profondément désabusée par la classe dirigeante. En effet, depuis de nombreuses années, les Français étaient exaspérés par les luttes intestines entre les partis politiques traditionnels, qui avaient négligé le bien-être du peuple.

Les électeurs ont donc placé leur confiance en un président « très nouveau » comme Macron. Cependant, après un peu plus d'un an au pouvoir, et malgré de nombreuses politiques controversées, les Français semblent perdre patience. À cela s'ajoutent des groupes extrémistes qui cherchent constamment des occasions de semer le trouble, contribuant à la grave instabilité que nous constatons aujourd'hui.

De toute évidence, les manifestations qui ont dégénéré en violences ne constituaient pas un simple test en début de mandat, reflétant une forte baisse de popularité du président. Elles représentent un défi de taille pour Macron : persistera-t-il dans sa politique actuelle ou procédera-t-il à des ajustements pour apaiser la population ?

Toutefois, dans une récente déclaration au sommet du G20 en Argentine, le président Emmanuel Macron a affirmé comprendre la colère de certaines personnes, tout en assurant qu'il continuerait à poursuivre les réformes, notamment dans le secteur de l'énergie.

Cette déclaration témoigne de la détermination du président français à mettre en œuvre la feuille de route des réformes qu'il a définie, mais elle signifie aussi qu'une période nouvelle et difficile attend Macron dans les prochains jours.

Phuong Hoa