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Istanbul-2 : Quand la diplomatie retrouve la réalité

Nhat Lam May 20, 2025 17:33

Les premiers contacts directs entre Moscou et Kiev depuis trois ans ont suscité un vif intérêt international. Ce n'est pas la première fois : les événements liés aux négociations sur l'Ukraine, de l'appel du président américain à la visite de l'envoyé spécial des États-Unis à Moscou, ont souvent suscité des attentes démesurées : à défaut de la fin de la crise, du moins un tournant décisif. Or, la réalité est souvent bien différente.

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Nhat Lam • 20 mai 2025

Les premiers contacts directs entre Moscou et Kiev depuis trois ans ont suscité un vif intérêt international. Ce n'est pas la première fois : les événements liés aux négociations sur l'Ukraine, de l'appel du président américain à la visite de l'envoyé spécial des États-Unis à Moscou, ont souvent suscité des attentes démesurées : à défaut de la fin de la crise, du moins un tournant décisif. Or, la réalité est souvent bien différente.

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Bien qu'elle n'ait pas permis de percée décisive, la conférence d'Istanbul 2 est considérée comme une étape importante du processus diplomatique russe. Notamment, malgré l'opposition de Kiev et des pays occidentaux, les négociations se sont déroulées dans le cadre proposé par Moscou, ce que de nombreux experts interprètent comme une victoire tactique. Cet événement marque également un net passage de la « diplomatie médiatique » à la « diplomatie pragmatique », reflétant une évolution nécessaire dans un contexte de surinformation et d'attentes irréalistes.

Toàn cảnh cuộc đàm phán Nga - Ukraine tại Istanbul, Thổ Nhĩ Kỳ ngày 16-5 Ảnh Getty Images
Vue générale des négociations russo-ukrainiennes à Istanbul, en Turquie, le 16 mai. Photo : Getty Images

Trois ans après l'échec d'Istanbul-1, l'approche de la question ukrainienne a quelque peu évolué. Les arguments symboliques, tels que l'abandon par l'Ukraine de ses frontières de 1991 ou son adhésion à l'OTAN, cèdent progressivement la place à des considérations plus pragmatiques et moins idéologiques. Néanmoins, les diplomates ukrainiens et européens continuent de s'appuyer fortement sur les médias comme outil de négociation stratégique, notamment en l'absence d'un soutien ferme de Washington.

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Kiev et l'Europe visent à établir un modèle de négociation prolongée, proposant un cessez-le-feu renouvelable de 30 jours et un mécanisme complexe de garantie de sécurité, que la Russie considère comme irréaliste.

La stratégie consistant à « prolonger la zone grise » semble un choix compréhensible pour l'Ukraine ; en effet, lorsqu'une victoire décisive est impossible, la partie la plus faible tend à brouiller les frontières du conflit, à accroître son influence médiatique et à attendre des opportunités politiques. Une réaction ferme de Moscou, si elle se produit, pourrait exercer une pression sur Washington – un élément crucial dans les calculs de Kiev. Ce n'est pas un hasard si les signaux actuels des négociations sont influencés à la fois par l'orientation de l'administration Trump et par la proposition initiale de la Russie à Istanbul.

Istanbul-2 reflète également une réalité inquiétante : la montée en puissance d’une « diplomatie postmoderne », où les déclarations de politique étrangère se transforment en tweets et où les sommets sont perçus comme des événements mondains plutôt que comme des processus sérieux. La déclaration du président ukrainien, disposé à rencontrer le dirigeant russe sans préparation concrète, ou l’attente de la présence de Trump « si le président russe est présent », ont plongé les négociations dans un climat d’irréalisme, de superficialité et de symbolisme, au détriment du fond.

Parallèlement, le modèle de négociation proposé par Moscou, ignoré à Istanbul-1, consistait en une feuille de route très technique et pragmatique : des groupes d’experts élaboraient des propositions, suivies de discussions de haut niveau, pour aboutir à une décision finale au plus haut niveau. Ce modèle, considéré comme traditionnel, privilégiait le fond à la forme, comme en témoignait clairement la composition de la délégation russe – un groupe à vocation technique plutôt que politique.

Vladimir Medinsky, Cố vấn của Tổng thống Nga Vladimir Putin và Trưởng đoàn đại biểu Nga, phát biểu với báo chí sau cuộc hội đàm Nga-Ukraine tại Istanbul, Thổ Nhĩ Kỳ, ngày 16 tháng 5 năm 2025. Ảnh Getty Images
Vladimir Medinsky, conseiller du président russe Vladimir Poutine et chef de la délégation russe, s'adresse à la presse après les pourparlers russo-ukrainiens à Istanbul, en Turquie, le 16 mai 2025. Photo : Getty Images

Il est à noter que la partie ukrainienne, bien que prudemment, a accepté cette formule. C'est un signe positif, qui laisse entrevoir une phase plus concrète du processus. Toutefois, sa fragilité demeure manifeste : toute perturbation, qu'elle provienne des médias ou de divergences tactiques, pourrait engendrer des accusations réciproques de mauvaise foi dans les négociations. Néanmoins, le signal est clair : l'espace politique autour de la question ukrainienne s'éloigne progressivement de l'emprise des médias et des illusions stratégiques pour se rapprocher de la réalité.

Dans ce contexte, les déclarations publiques et les fuites dans la presse ne semblent plus jouer un rôle déterminant. La position de la Russie demeure inchangée : la condition préalable à la fin du conflit est le retrait des troupes ukrainiennes des quatre régions annexées par la Russie. Il ne s’agit pas d’une nouvelle exigence, mais d’une réitération de la position annoncée par le président russe mi-2024. Cependant, compte tenu du rapport de force qui penche en faveur de Moscou sur les plans militaire et économique, le maintien, voire le renforcement potentiel, de cette position par la Russie est parfaitement compréhensible.

Bộ trưởng Quốc phòng Ukraine Rustem Umerov phát biểu với báo chí sau cuộc họp ba bên giữa Turkiye, Nga và Ukraine tại Istanbul (Thổ Nhĩ Kỳ) ngày 16/5. Ảnh: Getty Images
Le ministre ukrainien de la Défense, Rustem Umerov, s'adresse à la presse à l'issue d'une réunion trilatérale entre la Turquie, la Russie et l'Ukraine à Istanbul, le 16 mai. Photo : Getty Images
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Les menaces acerbes et les négociations serrées témoignent d'une diplomatie pragmatique, qui ne se focalise plus sur la couverture médiatique mais s'appuie sur une évaluation concrète des capacités militaires, politiques et économiques de chaque partie. Dans ce contexte, la volonté – du moins en apparence – de l'Ukraine de discuter du modèle technique proposé par la Russie peut être perçue comme un premier pas vers la réalité.

Toutefois, cette initiative ne suffit pas à démontrer une intention stratégique claire. Le processus de négociation demeure fragile et est confronté à au moins deux risques majeurs.

Le premier risque réside dans l'exigence d'un cessez-le-feu de 30 jours, que Kiev considère comme une condition préalable à toute avancée des négociations. Bien que l'Ukraine ait temporairement mis de côté cette exigence afin de maintenir le contact avec Moscou, le cessez-le-feu demeure au cœur de sa position officielle. L'Ukraine bénéficie du soutien public des pays européens et, dans une certaine mesure, du président Donald Trump, qui a appelé à plusieurs reprises à un cessez-le-feu immédiat, même si sa position sur le processus de négociation a constamment évolué et fait preuve d'une grande flexibilité tactique.

À ce jour, rien n'indique clairement que Kiev, Washington ou Bruxelles soient disposés à retirer cette condition de l'ordre du jour. Les négociations pourraient donc s'enrayer à tout moment, et les médias reprendraient une fois de plus le même discours : la Russie ne veut pas « arrêter la guerre ».

Parallèlement, la position de Moscou sur le cessez-le-feu reste globalement inchangée : si une suspension des combats à court terme est acceptable, un cessez-le-feu à long terme est fermement rejeté sans garanties solides que l’Ukraine n’utilisera pas ce temps pour se réarmer.

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Pour la Russie, la leçon d'Istanbul-1 reste pertinente : après une période de « repos », Kiev s'est retirée du dialogue et est retournée sur le champ de bataille avec une force renouvelée.

Tổng thống Thổ Nhĩ Kỳ Recep Tayyip Erdogan (giữa) trong cuộc gặp phái đoàn Nga (trái) và Ukraine (phải) tại thành phố Istanbul. Ảnh AFP
Le président turc Recep Tayyip Erdogan (au centre) rencontre des délégations de Russie (à gauche) et d'Ukraine (à droite) à Istanbul le 29 mars 2022. (Photo : AFP)

Le second risque réside dans la question de la sécurité de l'Ukraine, un problème difficile à éviter si le processus d'Istanbul-2 continue de viser la démilitarisation et l'établissement d'une Ukraine neutre. Si Kiev est fondée à demander des garanties de sécurité, la proposition initiale – le déploiement de forces européennes sur le territoire ukrainien – est inacceptable pour Moscou. Une telle structure soulèverait non seulement des inquiétudes militaires, mais ouvrirait également la voie à une influence occidentale indirecte dans les négociations.

La question est de savoir si les deux parties parviendront à un compromis. Dans le cas contraire, Istanbul-2 connaîtra le même sort que la première. La campagne militaire estivale servira alors à réajuster l'équilibre des forces, et à l'automne, les parties pourront reprendre les négociations dans un contexte nouveau. Car, comme l'histoire l'a démontré, toute guerre finit par la paix.

Tổng thống Nga Vladimir Putin gặp gỡ các nhà báo sau cuộc điện đàm với Tổng thống Hoa Kỳ Donald Trump, ngày 19 tháng 5 năm 2025. Reuters
Le président russe Vladimir Poutine rencontre des journalistes après un entretien téléphonique avec le président américain Donald Trump, le 19 mai 2025. Photo : Reuters

Pourtant, l'histoire semble se répéter : les parties se retrouvent à Istanbul, comme il y a trois ans. La communauté internationale ne peut qu'espérer que, cette fois, la mobilisation des chiffres, des initiatives, des signaux et des échanges suffira à engendrer un changement qualitatif : un véritable accord de paix, et non une nouvelle valse des négociations.

Nhat Lam