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Le calme avant la tempête

Hoang Bach October 18, 2025 08:30

Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a réalisé un retournement de situation spectaculaire, son jeune gouvernement ayant survécu à deux motions de censure au Parlement. Cependant, cette victoire n'est qu'une accalmie temporaire dans la tempête politique qui secoue la France. Le poids de l'adoption du budget 2026 au sein d'un Parlement profondément divisé repose lourdement sur les épaules du président Emmanuel Macron, et l'avenir politique de la deuxième économie de la zone euro demeure incertain.

L'atmosphère au Parlement est tendue.

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Débat au Parlement français à Paris, le 16 octobre. Photo : REUTERS

Le 16 octobre est entré dans l'histoire politique française comme une journée d'événements stupéfiants. Au Parlement, le Premier ministre Sébastien Lecornu, réélu quelques jours auparavant, a dû faire face à deux épreuves cruciales : deux motions de censure, l'une déposée par l'extrême gauche et l'autre par l'extrême droite.

Le suspense a atteint son paroxysme avec la première motion déposée par le parti de gauche radicale La France insoumise (LFI). Le dépouillement a révélé que 271 députés étaient favorables à la destitution du gouvernement. Il manquait seulement 18 voix pour atteindre la majorité absolue de 289 voix sur 577 requise. Cette faible marge a mis en lumière la précarité du gouvernement minoritaire soutenu par le président Macron.

La deuxième motion, présentée par le parti Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, a échoué par une marge encore plus importante, ne recueillant que 144 voix pour, en raison d'un manque de soutien des autres partis.

Le gouvernement de Lecornu a été sauvé provisoirement. En cas d'échec, le président Macron n'aura d'autre choix que de mauvaises options : dissoudre le Parlement et convoquer des élections législatives anticipées – un pari risqué ; tenter de nommer un nouveau Premier ministre – le cinquième en un peu plus d'un an ; ou même démissionner, une possibilité qu'il a catégoriquement rejetée.

Cependant, la survie du gouvernement a eu un prix très élevé. Pour obtenir le soutien décisif du Parti socialiste, Lecornu a dû faire une concession majeure : s’engager à reporter temporairement la mise en œuvre de la réforme controversée des retraites du président Macron. Cette réforme, l’un des héritages politiques les plus importants du mandat de Macron, visait à relever l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. En 2023, cette loi a déclenché des manifestations et des grèves de grande ampleur qui ont paralysé la France, et le gouvernement a alors dû invoquer l’article 49.3 de la Constitution – un instrument spécial permettant d’adopter des lois sans vote – pour imposer la réforme, exacerbant encore la colère populaire.

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Cependant, la survie du gouvernement a eu un prix très élevé. Pour obtenir le soutien décisif du parti socialiste, Lecornu a dû faire une concession majeure…

D'après les experts, le report des réformes porte un coup dur à l'héritage de Macron et révèle la faiblesse du gouvernement. Il ouvre la voie aux partis d'opposition, notamment au Parti socialiste, pour formuler de nouvelles exigences lors des négociations à venir, faisant du gouvernement un otage des manœuvres politiques.

La prochaine bataille nous attend.

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Le Premier ministre français Sébastien Lecornu prend la parole lors d'un débat précédant le vote sur deux motions de censure contre le gouvernement. Photo : Reuters

Nombreux sont ceux qui estiment que la crise actuelle est la conséquence inévitable d'une décision politique malavisée. En juin 2024, le président Macron a pris une mesure audacieuse en dissolvant le Parlement et en convoquant des élections anticipées. Il espérait ainsi consolider son pouvoir et recouvrer sa majorité perdue. Or, le résultat fut totalement contre-productif. Ces élections ont engendré un Parlement d'une fragmentation sans précédent, avec trois blocs politiques quasi irréconciliables : le bloc centriste de Macron, le bloc d'extrême droite de Le Pen et l'alliance de gauche NUPES. Aucun de ces blocs n'a obtenu la majorité absolue. Depuis lors, les gouvernements minoritaires de Macron ont peiné à maintes reprises à rassembler les soutiens nécessaires à l'adoption de chaque projet de loi et se sont effondrés les uns après les autres.

Cette impasse contredit frontalement l'architecture de la Ve République française, fondée par Charles de Gaulle en 1958. Ce système a été conçu pour un président fort et une majorité stable au Parlement, et non pour des négociations de coalition ou un parlement sans majorité. Or, la machine politique française semble fonctionner à l'encontre de ce principe, transformant chaque vote crucial en un spectacle angoissant et soulevant des questions existentielles quant à la gouvernance du pays. Pour les électeurs comme pour les observateurs internationaux, l'image de la France, jadis modèle de stabilité européenne, désormais engluée dans une spirale de crises, devient alarmante.

Le fait de survivre au vote de défiance n'offre qu'un bref répit au gouvernement. La véritable bataille, bien plus ardue, l'attend : le projet de budget national pour 2026. Les débats débuteront le 24 octobre et le budget devra être adopté avant la fin de l'année.

Le Premier ministre Lecornu s'est engagé à ne pas utiliser l'article 49.3 comme une « arme » pour faire adopter le budget. Le gouvernement devra donc emprunter un chemin beaucoup plus ardu : négocier et obtenir le soutien nécessaire pour chaque disposition. La coalition du président ne détenant que moins de 200 sièges, elle a besoin du soutien de l'opposition pour atteindre la majorité de 289 voix. Tous les regards sont tournés vers deux blocs potentiellement clés : le Parti socialiste (69 sièges) et le Parti républicain (50 sièges), de droite. Bien que tous deux aient fait preuve de retenue lors du récent vote de défiance, leur soutien au budget reste incertain. Le Parti socialiste, ayant obtenu des concessions sur la réforme des retraites, continue de faire pression pour l'inclusion d'une nouvelle taxe ciblant les milliardaires et les très grandes fortunes afin de garantir « l'équité sociale et fiscale ».

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Survivre au vote de défiance ne donne au gouvernement qu'un bref répit. La véritable bataille, bien plus ardue, reste à venir…

La situation est encore compliquée par les graves difficultés économiques que connaît la France. La dette publique a atteint 114 % du PIB, le troisième niveau le plus élevé de l'UE après la Grèce et l'Italie. Le déficit budgétaire est estimé à 5,4 % du PIB cette année. Le gouvernement prévoit de réduire les dépenses pour le ramener à 4,7 % l'année prochaine, ce qui implique des mesures impopulaires telles que le gel de certaines prestations sociales, l'augmentation des cotisations d'assurance maladie et l'obligation pour les collectivités locales de se serrer la ceinture. Chaque concession faite à une partie de la population risque de faire perdre au gouvernement le soutien de l'autre, créant ainsi un dilemme politique quasi insoluble.

Le temps presse et le gouvernement français doit trouver simultanément le financement de la réforme des retraites, maintes fois reportée (coût estimé à 400 millions d'euros pour l'année prochaine et à 1,8 milliard d'euros pour 2027), tout en négociant la fiscalité et les dépenses avec socialistes et conservateurs. Pour le président Macron, il s'agit d'un pari de la dernière chance pour sauver son second mandat. L'adoption d'un budget crédible, sans recourir à des mesures drastiques, démontrerait que la France est encore gérable. Ce serait un gage de stabilité pour les marchés financiers et les alliés européens. À l'inverse, en cas d'échec des négociations, le risque de chute du gouvernement Lecornu resurgira. La France pourrait alors se retrouver dans une impasse totale, confrontée à une crise constitutionnelle et politique profonde. L'accalmie qui suit la motion de censure n'est peut-être que le calme avant la tempête.

Hoang Bach