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« Nouvelle Syrie » et le test diplomatique à Washington.

Thanh Huyen November 10, 2025 07:30

La première visite officielle du président syrien Ahmad al-Charia aux États-Unis marque un tournant historique dans les relations entre les deux pays, adversaires depuis des décennies. Cet événement témoigne non seulement des efforts de Damas pour se réintégrer sur la scène internationale, mais constitue également un test crucial pour la politique étrangère d'une « nouvelle Syrie », nation qui cherche à redéfinir sa position et à redorer son image après plus d'une décennie de guerre.

Un tournant historique

Le président syrien Ahmed al-Charia est arrivé aux États-Unis le 9 novembre pour une visite officielle historique, au lendemain de sa radiation officielle de la liste noire des organisations terroristes par Washington. M. al-Charia doit s'entretenir avec le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 10 novembre. Il s'agit de la première visite d'un chef d'État syrien aux États-Unis depuis l'indépendance du pays en 1946, marquant le début d'une nouvelle ère dans les relations bilatérales et ouvrant la voie à la reprise du dialogue interrompu par la guerre civile syrienne et le terrorisme international.

L'initiative du président Donald Trump d'inviter al-Sharaa aux États-Unis marque un tournant dans la politique de Washington, passant d'une position intransigeante sur les sanctions à une tendance à un « réengagement conditionnel ». Alors que des puissances régionales comme l'Arabie saoudite, la Turquie et l'Iran cherchent à consolider leur position dans la Syrie d'après-guerre, les États-Unis semblent réticents à rester à l'écart de la construction du nouvel ordre régional. L'annonce par Trump de la levée de la plupart des sanctions et son engagement à soutenir la participation de Damas à la coalition internationale contre l'État islamique (EI) sont à la fois symboliques et témoignent d'une stratégie américaine plus pragmatique.

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Le président américain Donald Trump a rencontré le président syrien Ahmed al-Charia en mai 2025 en Arabie saoudite. Photo : Reuters

Pour la Syrie, la visite à la Maison Blanche a constitué une occasion historique d'affirmer la légitimité et le prestige international du nouveau gouvernement. Après plus d'une décennie d'isolement, l'accueil réservé à al-Sharaa, ancien chef du groupe rebelle Hayat Tahrir al-Sham (HTS), comme chef d'État légitime, témoigne de l'acceptation progressive par la communauté internationale de la nouvelle réalité politique à Damas. Il est clair que, depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau gouvernement syrien s'est efforcé de rompre avec son passé violent, adoptant une image plus modérée, plus acceptable pour son peuple et la communauté internationale. Michael Hanna, directeur du programme américain au sein de l'International Crisis Group, a déclaré : « Cette visite à la Maison Blanche est une preuve supplémentaire de l'engagement des États-Unis envers la “nouvelle Syrie” et un moment hautement symbolique pour le nouveau dirigeant du pays, qui poursuit son incroyable parcours, d'un commandant djihadiste à un homme d'État de renommée internationale. » La décision des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'ONU de lever les sanctions contre le président syrien Ahmad al-Sharaa est non seulement importante sur le plan économique, mais elle donne également à la Syrie accès aux institutions financières internationales, ouvrant la voie à un effort de reconstruction de plusieurs milliards de dollars.

D'un point de vue stratégique, Washington perçoit une « nouvelle Syrie » comme un partenaire potentiel pour le maintien de la stabilité régionale, notamment en raison de la présence persistante de groupes extrémistes dans l'est et le sud du pays. L'éventualité, pour les États-Unis, d'établir une présence militaire limitée sur une base aérienne près de Damas afin de soutenir l'accord de sécurité entre la Syrie et Israël laisse penser que l'objectif de Washington est de contrôler l'espace sécuritaire du Moyen-Orient de l'intérieur, et non de se contenter d'une simple surveillance à distance.

Les deux parties ont un intérêt évident à améliorer leurs relations. La Syrie a besoin de ressources, d'investissements et d'une reconnaissance internationale pour reconstruire son économie. Les États-Unis ont besoin d'un partenaire stable pour prévenir la résurgence de Daech et limiter l'influence de l'Iran. Si les contacts à Washington permettent d'établir un mécanisme de coopération concrète, cela pourrait constituer le point de départ d'un processus de normalisation entre la Syrie et l'Occident. Ce pas serait non seulement symbolique après des années de conflit, mais contribuerait également à redéfinir l'environnement sécuritaire du Moyen-Orient dans l'ère post-Daech.

Diplomatiqueéquilibrede Syrie

La visite historique du président intérimaire Ahmed al-Charia à Washington ne constituait pas un événement diplomatique isolé, mais s'inscrivait dans une stratégie diplomatique multilatérale mise en œuvre par le nouveau gouvernement syrien. Après des années d'isolement, Damas semble vouloir nouer des relations équilibrées avec les grandes puissances telles que les États-Unis et la Russie, tout en intensifiant le dialogue avec les puissances régionales, afin de consolider sa position nationale et de favoriser le processus de reconstruction.

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Le président syrien al-Sharaa fait l’objet de sanctions occidentales depuis plus d’une décennie. Photo : Reuters

Avec les États-Unis, la Syrie souhaite rejoindre la coalition internationale contre l'État islamique (EI), tout en sollicitant un soutien pour sa reconstruction et l'allègement des sanctions – éléments essentiels au redressement d'un pays qui vient de subir quatorze années de guerre civile. Parallèlement, la Russie demeure un partenaire stratégique irremplaçable. Moscou joue un rôle clé dans la stabilisation de la sécurité et de la situation politique en Syrie, en maintenant une présence militaire, en soutenant les mécanismes de sécurité et en protégeant les intérêts stratégiques russes au Moyen-Orient. La visite d'Al-Sharaa en Russie à la mi-octobre 2024 confirme la nécessité pour la Syrie de maintenir un dialogue et une coopération à long terme avec Moscou afin de garantir la sécurité intérieure, la stabilité régionale et la reconstruction des infrastructures critiques.

Le nouveau gouvernement syrien ne se contente pas de se concentrer sur les deux grandes puissances ; il développe également ses relations avec les pays du Moyen-Orient et du Golfe, notamment la Turquie, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, en vue d'obtenir un soutien économique, une coopération énergétique et des échanges commerciaux. Parallèlement, la Syrie renforce ses relations diplomatiques avec les pays européens afin de rompre progressivement son isolement, d'améliorer son image internationale et de consolider la légitimité du gouvernement de transition.

Cette stratégie diplomatique multilatérale revêt une importance considérable. Premièrement, elle permet à la Syrie de réaffirmer son statut de nation indépendante et souveraine, minimisant ainsi le risque de dépendance vis-à-vis d'une seule partie. Deuxièmement, un engagement simultané auprès de Washington, de Moscou et des partenaires régionaux permet à Damas de maximiser les avantages économiques et politiques, qu'il s'agisse d'aide, d'investissements ou de sécurité intérieure. Troisièmement, sur le plan régional, la Syrie rétablit un rôle d'équilibre, contribuant à la désescalade des tensions entre les puissances extérieures.

Cependant, selon les observateurs, les défis restent considérables. La Syrie doit préserver la flexibilité de sa politique étrangère, en évitant de se laisser entraîner dans des conflits d'intérêts entre les États-Unis et la Russie, ainsi qu'entre les puissances régionales. Parallèlement, le régime d'al-Charia doit s'attaquer aux problèmes internes tels que les divisions ethniques, la réconciliation entre factions et la stabilité sécuritaire s'il veut que ces initiatives diplomatiques produisent des résultats durables. En définitive, la stratégie diplomatique multilatérale de la Syrie constitue un test crucial pour une « nouvelle Syrie » : rechercher simultanément la coopération internationale, affirmer sa souveraineté et viser le redressement économique et la réconciliation sociale.

Thanh Huyen