
Offrir de l'argent porte-bonheur pour le Nouvel An (aussi appelé « li xi ») est devenu une belle tradition culturelle au Vietnam. Les billets neufs glissés dans des enveloppes rouges symbolisent la chance et la paix pour les aînés comme pour les enfants. Je n'oublierai jamais les souvenirs du Têt (Nouvel An vietnamien) de mon enfance. Juste après le crépitement des pétards, mon grand-père réunissait ses petits-enfants, souriait et nous remettait à chacun une enveloppe rouge, nous tapotant la tête et nous adressant une bénédiction. Ensuite, mes parents et mes oncles rendaient respectueusement l'argent porte-bonheur à mes grands-parents, en leur souhaitant bonheur et santé… Pendant le Têt, lorsque des invités arrivaient, les adultes sortaient des enveloppes rouges et les distribuaient aux enfants. J'étais toujours ravie de recevoir ces enveloppes rouges au début de l'année. Ma mère mettait l'argent dans ma tirelire. Parfois, il servait à acheter des livres et des fournitures scolaires, parfois des vêtements, et parfois à faire des dons aux plus démunis…
En grandissant, et au fil des fêtes du Têt, c'était à mon tour de distribuer de l'argent porte-bonheur aux enfants. Ma conviction restait la même : la somme importait peu ; seul comptait l'affection et l'amour que je leur portais. C'est pourquoi la valeur des enveloppes restait modeste. Cependant, un incident m'a mise dans une situation délicate. L'année dernière, de retour dans ma ville natale pour le Têt, le premier jour de l'année, une quinzaine d'enfants du quartier sont venus me rendre visite. Je suis entrée dans la pièce et j'ai glissé un billet de 20 000 dongs tout neuf dans chaque enveloppe rouge, en disant : « Tata vous offre de l'argent porte-bonheur. » Les enfants ont applaudi en recevant les enveloppes : « On adore ! Merci, Tata ! » Mais aussitôt après avoir déchiré les enveloppes et sorti les billets de 20 000 dongs, un enfant a jeté l'enveloppe par terre, a fourré l'argent dans la main de l'adulte qui l'accompagnait et a paru déçu. Les adultes ramenèrent leurs enfants à la maison en toute hâte, et même une fois le portail franchi, je les entendais encore murmurer : « En ville, on ne donne que 20 000 dongs pour le Nouvel An. Ça ne vaut pas le coup. » J’étais abasourdie. Pendant tout le Têt, je n’ai pas osé sortir de peur d’être maudite par les cadeaux du Nouvel An. Si on donnait trop, c’est qu’on n’avait pas assez d’argent ; si on donnait trop peu, on s’attirait des remarques sarcastiques…
Ce même jour de fête du Têt, comme chaque année après la cérémonie du Nouvel An, j'ai distribué des enveloppes rouges remplies d'argent aux enfants de la famille. Chaque enfant a reçu 200 000 dongs, tandis que les parents et les grands-parents ont reçu chacun 500 000 dongs. Puis ce fut au tour de ma belle-sœur. Sans même prendre d'enveloppe, elle sortit aussitôt une liasse de billets de 500 000 dongs, encore avec leurs numéros de série d'origine, et donna deux billets à chaque enfant et quatre billets chacun aux adultes présents. Les enfants s'exclamèrent avec enthousiasme, scandant : « Tante, cinq fois plus que tonton ! » Je me contentai de sourire, mais mon mari laissa transparaître son mécontentement.

Aujourd'hui, offrir de l'argent porte-bonheur n'est plus seulement une tradition du Nouvel An ; cette pratique a été détournée à des fins diverses. C'est l'occasion de remercier ceux qui nous ont aidés, de corrompre nos supérieurs, d'afficher notre statut social, de faire étalage de notre richesse et de prouver que nous sommes « riches ». Et, involontairement, l'argent porte-bonheur, autrefois un cadeau enfantin, est devenu une « dette » pour les adultes…
Une belle coutume, une tradition culturelle du Nouvel An lunaire, a été dénaturée par la vision erronée des adultes. Les enfants, ne comprenant plus la signification de l'argent offert pour le Nouvel An, ne s'intéressent qu'à sa valeur et manifestent joie ou déception à chaque ouverture d'enveloppe. C'est pourquoi je m'efforce d'apprendre à ma fille la signification de cette tradition, à apprécier les enveloppes rouges offertes par les adultes, à ne pas les ouvrir en public, à ne pas comparer les sommes et à ne pas se soucier de savoir qui a donné plus ou moins d'argent. Ainsi, même si elle a six ans et est en CP, elle est ravie de recevoir une enveloppe rouge et n'accepte l'argent des adultes que lorsqu'il est glissé dans une enveloppe. Ces enveloppes sont précieusement conservées dans une jolie boîte en papier et ne sont ressorties que le dernier jour du Têt pour compter le nombre d'enveloppes reçues, et non la somme d'argent totale. Beaucoup disent que ma fille est « naïve », mais je ne suis pas de cet avis. Je souhaite simplement qu'elle conserve son innocence et sa pureté, et j'espère seulement que donner de l'argent porte-bonheur – une belle coutume – ne deviendra pas une tradition néfaste.
Article rédigé par : Tue Anh
Image illustrative : Document d’archives