Économie

3 leçons, 3 piliers de la gouvernance nationale

Dr Pham Trong Nghia - Député de la 15e Assemblée nationale, chercheur postdoctoral en gouvernance mondiale à l'Université de Princeton, États-Unis (2015-2016) et à l'Université d'Oxford, Royaume-Uni (2016-2017) February 20, 2026 06:54

Le nouveau visage du pays ne se définit pas seulement par ses autoroutes, ses aéroports et ses ports maritimes dotés d'usines de semi-conducteurs modernes, mais aussi par sa capacité de gouvernance nationale – le « cerveau » qui guide la trajectoire ascendante du Vietnam.

La capacité de gouvernance nationale ne se limite pas à la gestion administrative, mais englobe également l'aptitude à guider le pays à travers les difficultés et les défis, à promouvoir un développement durable grâce à un appareil d'État toujours plus efficace et transparent, et qui sert mieux la population.

Le Vietnam a réalisé des progrès significatifs en matière de gouvernance nationale. Dans ce nouveau contexte, il est impératif de passer d'une « gestion étatique » traditionnelle (axée sur le contrôle, le respect des procédures et des ordres administratifs) à une « gouvernance étatique moderne » (privilégiant la rationalisation, l'efficacité et la responsabilité).

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L’évaluation des capacités de l’administration publique prend pour objectif et critère la satisfaction des citoyens et des entreprises. Photo : Thach Thao

Pour passer de la « gestion étatique » à la « gouvernance étatique », un ensemble complet de solutions est nécessaire, axé sur des principes fondamentaux tels que : la suprématie du droit, qui prime sur tous les individus et organisations ; des fonctionnaires et agents publics compétents et responsables ; et la promotion de la transformation numérique, la création de données ouvertes et la fourniture de services publics en ligne de haut niveau.

Pour réussir, il faut non seulement une forte volonté politique de l'État, mais aussi la participation et le contrôle de la société civile et du marché, afin de créer une relation mutuellement bénéfique pour protéger, construire et développer le pays. Surtout, cela implique de faire évoluer la conception du service public, de passer d'une logique de « propriété » à une logique de « service », en faisant de la satisfaction des citoyens et des entreprises l'objectif et le critère d'évaluation.

Quelles leçons le Vietnam peut-il donc tirer de l'expérience internationale en matière d'application des principes susmentionnés ?

Leçons de Singapour : d’excellents fonctionnaires et un État de droit rigoureux.

Singapour, ancienne colonie pauvre et corrompue ayant accédé à l'indépendance en 1965, est devenue l'une des nations les plus intègres au monde grâce à sa stratégie anticorruption globale et systématique. La leçon principale réside dans l'alliance de la carotte et du bâton : des lois strictes pour sanctionner les infractions et des mécanismes de compensation équitables pour encourager le respect des règles et prévenir les malversations.

La gouvernance moderne repose avant tout sur le peuple. Singapour applique une politique de recrutement d'élite rigoureuse, visant à identifier les individus les plus brillants issus des meilleures universités du monde grâce à des programmes de bourses d'État prestigieux. Le gouvernement est convaincu que seuls les plus talentueux sont capables d'assumer la responsabilité de gouverner le pays. Ce processus de sélection rigoureux s'accompagne d'une rémunération très attractive.

Singapour applique le principe de « parité salariale avec le secteur privé » aux hauts fonctionnaires et aux professionnels. Les salaires des ministres et des plus hauts fonctionnaires sont indexés sur les revenus des meilleurs professionnels du secteur privé.

Cette politique présente deux avantages majeurs : attirer les talents et minimiser les incitations à la corruption. Un système d’évaluation des fonctionnaires rigoureux et transparent est également mis en place, directement lié aux promotions et aux primes. Ce mécanisme efficace garantit une véritable responsabilisation et élimine l’inertie au sein du système.

L'intégrité de la fonction publique à Singapour repose sur le principe de l'État de droit, où la loi prime sur toute personne et toute organisation. Les lois anticorruption sont appliquées avec rigueur. L'agence d'enquête sur la corruption opère de manière indépendante et efficace, autorisant les enquêtes sur toute personne, y compris les plus hauts fonctionnaires, en cas de soupçons de malversations. Dès l'école primaire, les élèves sont sensibilisés aux conséquences de la corruption par le biais de programmes d'éducation civique. Le public est encouragé à signaler les actes de corruption via des lignes téléphoniques anonymes, instaurant ainsi une culture de tolérance zéro. Ces réglementations, associées à une culture qui rejette les privilèges et les traitements de faveur, ont permis de créer un environnement de gouvernance équitable, stable et prévisible – un facteur clé pour attirer les investissements et favoriser un développement durable.

Leçons tirées de la Corée du Sud : science, technologie et partenariats public-privé.

La Corée du Sud, qui figurait parmi les pays les plus pauvres d'Asie en 1960 (PIB par habitant inférieur à 100 dollars), est devenue une puissance économique avec un PIB par habitant dépassant les 35 000 dollars en 2025. Depuis 1962, elle met en œuvre des plans économiques quinquennaux axés sur une industrialisation tournée vers l'exportation (du textile à l'électronique en passant par l'automobile). Ces plans sont ajustés avec souplesse en fonction des données concrètes, et non selon des directives rigides. L'État soutient de manière sélective les grands conglomérats (chaebols comme Samsung et Hyundai) par le biais de prêts à taux préférentiels et de mesures de protection du marché intérieur, tout en exigeant d'eux qu'ils soient moteurs des exportations. Parallèlement, il soutient les petites entreprises grâce à des fonds de crédit, contribuant ainsi à réduire les inégalités.

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Le Vietnam accélère la mise en place de bases de données nationales sur la population, le foncier, etc., afin d'améliorer les services publics. (Image d'illustration : Nguyen Hue)

Le dialogue public-privé est une caractéristique essentielle de la gouvernance nationale sud-coréenne. Le Conseil consultatif économique national se réunit régulièrement, avec la participation du gouvernement, des entreprises et des syndicats, afin de proposer des solutions politiques rapides et adaptées.

Parallèlement à l'évolution des modèles de gouvernance, le développement de la Corée du Sud repose également sur une stratégie d'ouverture qui privilégie l'attraction d'experts internationaux dans les domaines de haute technologie. Dans le même temps, le pays maintient un système de concours de la fonction publique objectif et équitable, garantissant des postes d'entrée de gamme de haute qualité, et élargit son champ de recrutement (experts étrangers, experts techniques) afin de renforcer les effectifs des secteurs stratégiques.

La Corée du Sud a adopté de nouveaux modèles de gouvernance qui privilégient les résultats plutôt que le simple respect des procédures administratives. Les hauts fonctionnaires sud-coréens signent fréquemment des contrats de performance assortis d'objectifs précis et quantifiables. Leurs promotions et primes sont directement liées à l'atteinte de ces objectifs. Ce système crée une incitation positive, obligeant les responsables à agir avec efficacité et rigueur.

Leçons tirées de l'Estonie : gouvernement numérique et société numérique

L'Estonie, pays pauvre de l'après-Soviétique en 1991, est devenue une « nation numérique » de premier plan grâce à sa stratégie e-Estonie lancée en 2001. Avec une population de seulement 1,3 million d'habitants, elle offre des enseignements précieux à l'échelle mondiale, démontrant que la technologie est essentielle pour moderniser la gouvernance, accroître la transparence et réduire les coûts.

L'Estonie est pionnière en matière de transparence des données publiques (données ouvertes). La publication des données brutes (à l'exclusion des données personnelles sensibles) permet au secteur privé, aux développeurs et à la société civile de les utiliser pour créer de nouvelles applications, tout en assurant un suivi efficace des dépenses publiques et des performances de l'État.

L'Estonie a bâti la quasi-totalité de ses services publics sur une plateforme numérique reposant sur deux piliers. Le premier est la carte d'identité électronique, un système d'identification numérique complet qui facilite le télétravail et constitue le fondement de l'une des sociétés numériques les plus avancées au monde. Le second est le système X-Road, une infrastructure numérique qui permet aux bases de données de différentes agences gouvernementales de se connecter et d'échanger des informations de manière sécurisée. Grâce à cela, l'Estonie applique rigoureusement le principe de la « fourniture d'informations unique », minimisant ainsi les contacts directs entre les fonctionnaires et les citoyens/entreprises, ce qui réduit les risques de petite corruption et renforce la transparence, l'équité et la confiance dans les services publics.

Les trois leçons tirées de Singapour, de la Corée du Sud et de l'Estonie ne constituent pas une formule magique, mais elles démontrent que la transformation de la gouvernance est inévitable et réalisable lorsque nous avons une volonté politique, des institutions fortes et une application stricte des règles.

Le Vietnam est sur la bonne voie et doit continuer à donner la priorité aux trois piliers de manière coordonnée.

1. Lois/Institutions : Institutionnaliser et appliquer strictement les réglementations en matière de responsabilité et de lutte contre la corruption dans le secteur public.

2. Ressources humaines : Réformer en profondeur le système salarial et les méthodes de recrutement afin d'attirer et de fidéliser des talents hautement qualifiés pour les postes stratégiques du secteur public.

3. Technologie/Infrastructure : Accélérer la mise en place des bases de données nationales (population, foncier, entreprises) et des plateformes de partage de données afin de réaliser le principe de « livraison unique » dans les services publics.

Selon vietnamnet.vn
https://vietnamnet.vn/3-bai-hoc-3-tru-cot-quan-tri-quoc-gia-2489321.html
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Article paru dans le journal Nghe An

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