La presse et les jeunes
(Baonghean) - Dans la partie rédactionnelle de l'examen de littérature du récent baccalauréat, le sujet portait sur la figure exemplaire de...
(Baonghean) – Lors de l'épreuve de rédaction du récent baccalauréat littéraire, un article consacré à l'élève modèle Nguyen Van Nam figurait au programme, invitant les candidats à exprimer leur point de vue sur ce phénomène. Nombre d'entre eux ont estimé que le sujet était pertinent, clair et accessible, loin d'être simpliste ou superficiel, et qu'il les avait incités à une réflexion approfondie. Ainsi, l'idée selon laquelle la jeunesse actuelle vivrait superficiellement et serait indifférente à la société n'est pas entièrement fondée. Certes, il est indéniable que l'attention des jeunes se porte davantage sur les divertissements que sur des sujets sérieux comme la culture et la société… Si ce phénomène n'est pas uniquement imputable aux élèves, où réside alors le véritable problème ?
Il convient de se poser la question suivante : comment les jeunes d’aujourd’hui accèdent-ils à l’information ? La majorité y accède par Internet (sites d’actualités en ligne, réseaux sociaux) et la télévision, tandis que le lectorat principal des journaux imprimés reste celui des générations plus âgées (à l’exception de certaines publications de divertissement). Nous vivons à l’ère du numérique, et cette situation est inévitable, car les médias numériques gagnent progressivement des parts de marché au détriment des formes d’information traditionnelles grâce à leur praticité. Cependant, force est de constater que la légitimité et le sérieux de la plupart des sites d’actualités en ligne et des sources d’information « numériques » restent relativement faibles, et même lorsque des versions en ligne de journaux traditionnels existent, leur popularité auprès des jeunes demeure modeste. Comment expliquer cela ? Deux raisons principales l’expliquent :
Tout d'abord, la qualité n'a pas suivi la quantité. De nouveaux journaux (en ligne ou imprimés) voient le jour en nombre croissant, mais cette prolifération a pour but non pas nécessairement d'informer les lecteurs, mais plutôt de servir la publicité et de générer des profits. L'investissement dans ces sources d'information est souvent à court terme et opportuniste. Il en résulte une situation où de nombreux tabloïds republient les mêmes informations ou articles sans en vérifier la source ni l'authenticité, misant sur le sensationnalisme pour attirer les lecteurs. Ou encore, ils utilisent des titres racoleurs, mais le contenu et les images qui les accompagnent sont totalement hors sujet. Plus absurde encore est le cas des journaux sans position ni principes clairs : ils publient un article critique un jour, puis le défendent aussitôt le lendemain. Cette situation est due au fait qu'au Vietnam, les questions relatives à la loi sur la presse et au droit d'auteur sont encore récentes, mal encadrées et même laxistes, voire insuffisamment contrôlées par les autorités compétentes.
Deuxièmement, il est indéniable que les besoins d'information varient selon l'âge, le sexe, la profession et le milieu de vie ou de travail. Les besoins d'information des adolescents diffèrent assurément de ceux du directeur de banque, du chef de service de telle ou telle entreprise. Un exemple simple et courant : pendant que leurs parents suivent attentivement les informations, leurs enfants ont probablement hâte de changer de chaîne et de regarder une émission de divertissement qui leur plaît davantage.
Conscients des besoins de divertissement des adolescents, de nombreux médias privilégient les histoires sensationnelles sur les célébrités, les tendances de la mode, les idoles et les phénomènes de société chez les jeunes. En soi, rien de répréhensible, chaque journal étant libre de s'exprimer selon ses propres principes. Toutefois, il serait irresponsable de publier des informations non vérifiées susceptibles d'influencer négativement les jeunes (imaginez un journal relatant constamment les comportements et modes de vie néfastes d'une personnalité publique : les jeunes finiraient-ils par banaliser ces agissements, voire les considérer comme un modèle à suivre ?). De plus, une grande partie de ce type d'informations n'est pas vérifiée, ce qui porte atteinte à la liberté individuelle et même à la dignité des personnes mentionnées dans les articles.
Dans le roman « Sans famille », le personnage de Remy décrit son jeune frère Arthur ainsi : « Ce n'est pas qu'il soit paresseux. Quand on lui offre un livre, il ne fait pas la fine bouche ; au contraire, il l'accepte avec plaisir. Mais le problème, c'est qu'en dix minutes à peine, il est distrait par tout ce qui l'entoure. » Nos jeunes sont semblables ; curieux et avides d'apprendre, ils veulent accéder à l'information. Or, les sources d'information officielles, comme les livres, et les actualités superficielles, dignes des tabloïds, constituent des distractions extérieures qui les déconcentrent. Comment les aider à se concentrer sur les livres qu'ils ont besoin de lire ? Devrions-nous nous demander si un livre est trop académique et ne répond pas à leurs besoins, ou devrions-nous plutôt filtrer et adapter les distractions extérieures pour les rendre plus pertinentes et saines ?
Salut Trieu (Courriel de Paris)


