Une épidémie sociale
(Baonghean) – Face à une épidémie sans précédent de fièvre hémorragique Ebola, les ministères de la Santé de onze pays africains ont convenu de participer à une campagne conjointe pour lutter contre cette maladie mortelle. En conséquence, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) établira un centre régional de dépistage en Guinée, l’un des trois pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés par l’épidémie.
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| Les professionnels de la santé sensibilisent la population aux moyens de prévenir Ebola. |
La campagne a été annoncée jeudi dernier en fin de journée, à la suite d'une réunion de deux jours au Ghana. Y ont participé des ministres de la République démocratique du Congo, de Gambie, du Ghana, de Guinée, de Guinée-Bissau, de Côte d'Ivoire, du Libéria, du Mali, du Sénégal, de Sierra Leone et d'Ouganda, des experts de la santé, des personnes guéries d'Ebola et des représentants de l'OMS. La campagne appelle à une surveillance étroite, à la coopération communautaire et à un engagement politique fort pour sensibiliser la population et mieux faire comprendre la maladie, ainsi qu'à une collaboration transfrontalière. Auparavant, l'OMS avait alerté sur la nécessité d'une action décisive pour stopper la propagation de ce virus, dont le taux de mortalité peut atteindre 90 %. Le professeur Luis Gomes Sambo, directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, a approuvé cette initiative avec enthousiasme : « Il est temps d'agir concrètement pour mettre fin aux souffrances et aux décès causés par Ebola et pour stopper sa propagation. » Selon un rapport de l'OMS, au 30 juin, on recensait 759 cas de la maladie et 467 décès en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria.
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| Un graphique illustrant la propagation du virus Ebola au fil des ans. |
Le virus Ebola est un virus extrêmement virulent, dont les premiers symptômes ressemblent fortement à ceux de la grippe : maux de tête, fièvre et fatigue. Cependant, une fois la maladie déclarée, les patients souffrent de diarrhées et de vomissements sévères, ainsi que de troubles de la coagulation sanguine causés par le virus. Il en résulte des hémorragies internes et externes, et le décès survient en moyenne dans les 10 jours suivant l’apparition des symptômes. La période d’incubation peut varier de 2 à 21 jours, ce qui rend la maladie très contagieuse, car de nombreuses personnes ignorent être porteuses du virus. Heureusement, le virus Ebola n’est pas aussi contagieux qu’on le croit souvent : un porteur ne peut transmettre la maladie qu’à partir du moment où les symptômes apparaissent. La transmission se fait par le sang et les fluides corporels de personnes ou d’animaux infectés.
M. Sambo a déclaré : « L’épidémie a débuté en mars dernier, causant d’énormes pertes humaines et ayant un impact négatif sur la situation socio-économique. » Selon lui, la propagation rapide de la maladie est notamment due à certaines coutumes et pratiques locales. Ces coutumes contredisent les mesures de prévention et de traitement que les agents de santé s’efforcent de promouvoir au sein de la communauté, engendrant « des malentendus, de la méfiance et un manque de coopération », ce qui entrave les efforts de secours. Par exemple, il est fréquent que des personnes dissimulent et soignent des malades d’Ebola à domicile, et lors des funérailles, il est courant de toucher les corps ; ces pratiques augmentent le risque de transmission du virus Ebola, selon un rapport de l’OMS. De plus, la circulation à l’intérieur et à l’extérieur des frontières facilite la propagation de la maladie dans les trois pays concernés. En conclusion, M. Sambo a exprimé ses regrets pour les agents de santé – en première ligne de la lutte contre l’épidémie – dont beaucoup ont été infectés : plus de 60 cas, dont 32 décès.
L'Ouganda, l'un des pays participant à la conférence au Ghana, a annoncé vendredi de nouvelles mesures de quarantaine pour les personnes arrivant de pays touchés par l'épidémie. Le ministre ougandais de la Santé, Ruhakana Rugunda, a déclaré : « Les mesures de quarantaine seront renforcées aux points de passage frontaliers, notamment pour les personnes ayant transité par la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria au cours des trois derniers mois. » Bien qu'aucune interdiction de voyager n'ait été décrétée, il est conseillé aux Ougandais de limiter leurs déplacements non essentiels vers les pays touchés. Par ailleurs, l'OMS a sollicité l'Ouganda, pays ayant déjà géré des épidémies d'Ebola (la plus récente remontant à 2012), afin qu'il apporte une assistance technique dans le cadre de la campagne de confinement et de contrôle de l'épidémie.
Il s'agit de la première épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, touchant trois pays, et c'est également la première fois qu'elle se déclare dans des capitales. Les autorités estiment que la proximité de la forêt où le virus a été détecté avec des villes comme Conakry, la capitale de la Guinée, qui compte 2 millions d'habitants et possède un aéroport international, est la cause de cette épidémie généralisée. Le problème réside dans le fait que les pays les plus touchés sont ceux dont les infrastructures de santé sont peu développées. Bien qu'il n'existe aucun traitement curatif, selon le professeur Peter Piot, qui a découvert le virus Ebola dans les années 1970, il est relativement facile d'enrayer la propagation de la maladie car elle se transmet difficilement. Des mesures simples, comme se laver les mains au savon, ne pas utiliser de seringues usagées et éviter tout contact avec des personnes infectées, suffisent à prévenir la propagation de la maladie. D'après le professeur Piot, il s'agit d'« une épidémie due à un système de santé dysfonctionnel. La peur de la maladie, le manque de confiance envers le gouvernement et le système de santé, sont tout aussi dangereux que ce terrible virus lui-même. »
Les épidémies estivales ne touchent pas seulement l'Afrique, mais aussi d'autres continents. En France, l'épidémie de chikungunya, apparue aux Antilles françaises, inquiète les autorités car le moustique tigre, vecteur de la maladie, a été détecté dans 18 départements du sud du pays. En Martinique et en Guadeloupe, territoires d'outre-mer français, 8 % de la population a contracté la maladie, et le taux de propagation s'accélère rapidement avec l'arrivée de la saison des pluies. Bien que bénigne chez les personnes en bonne santé, la maladie peut provoquer des douleurs articulaires, et le seul moyen efficace de la prévenir est de traiter les eaux stagnantes susceptibles de favoriser la prolifération du moustique tigre. Au Vietnam, une épidémie d'encéphalite japonaise sévit actuellement. Ces conditions climatiques favorables offrent un terrain propice au développement et à la propagation de maladies de gravité variable, et c'est aussi une période où une action scientifique et efficace de l'ensemble de la société est indispensable pour éviter, comme l'a souligné le professeur Piot, le fléau d'une « société dysfonctionnelle ».
Champignon Reishi




