Un tournant historique : l'Europe trace sa propre voie en matière de sécurité.
« Des lignes ont été franchies et il n'y a pas de retour en arrière » : cette déclaration de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, résume bien le climat d'inquiétude qui règne sur le continent. Mais l'ambition d'un système de défense indépendant sera-t-elle suffisamment forte pour permettre à l'Europe de surmonter ses divisions internes et d'affronter la dure réalité du champ de bataille ukrainien ?

« Le pilier européen » au sein de l'OTAN
Selon Reuters, à l'issue de la Conférence de Munich sur la sécurité qui s'est tenue le week-end dernier en Allemagne, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a résumé le profond sentiment de changement qui règne parmi les dirigeants du continent par une déclaration percutante : « Des lignes ont été franchies et il n'y a pas de retour en arrière. »
Les relations transatlantiques étaient déjà tendues depuis un an, suite au retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche. Cependant, l'ambition audacieuse du président américain d'annexer le Groenland a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, semant le doute en Europe quant à l'engagement de Washington envers la protection de l'OTAN.
À Munich, le chancelier allemand Friedrich Merz, le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer se sont engagés conjointement à construire un"Un pilier européen plus fort au sein de l'OTAN. Un système de défense autonome n'est pas seulement un objectif stratégique, mais aussi un plan de secours au cas où Trump ou un futur dirigeant américain déciderait d'abandonner l'Europe.
« Ce nouveau départ est justifié en toutes circonstances. Il est justifié si les États-Unis continuent de maintenir la distanciation sociale, et il le reste tant que nous ne pouvons pas garantir notre propre sécurité », a déclaré le Premier ministre Merz.
Autre signe du profond malaise qui règne en Europe : M. Merz a révélé avoir entamé des discussions avec le président Macron au sujet d’un mécanisme de dissuasion nucléaire européen commun. Actuellement, la France est le seul pays à disposer d’un arsenal nucléaire totalement indépendant, tandis que les missiles Trident britanniques dépendent encore de la technologie et de la maintenance fournies par les États-Unis.
Barrières internes
La principale question à laquelle sont confrontés les dirigeants européens est de savoir s'ils peuvent traduire leurs déclarations en actes, s'ils osent dépenser de l'argent pour acquérir et développer de nouveaux systèmes d'armes, combler les lacunes de leurs arsenaux (comme les missiles à longue portée) et se coordonner efficacement entre eux.

Les signaux restent pour l'instant mitigés. Concernant les budgets de défense, face aux inquiétudes suscitées par la Russie et aux pressions exercées par Trump, les pays européens ont fortement augmenté leurs dépenses militaires. En 2025, les membres de l'OTAN ont convenu de porter leurs dépenses de défense de base de 2 % à 3,5 % du PIB, auxquelles s'ajouteraient 1,5 % pour d'autres investissements dans la sécurité. Quant au taux de croissance, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que les dépenses de défense européennes avaient augmenté de près de 80 % par rapport à la période précédant le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Les ministres de la Défense de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Pologne et de la Suède ont signé une lettre d'intention pour développer le projet ELSA (European Long-Range Strike Approach), visant à créer des missiles de frappe en profondeur.
Néanmoins, de nombreux projets européens ambitieux restent au point mort en raison de désaccords internes. Le projet d'avion de combat de nouvelle génération FCAS (une collaboration franco-allemande et espagnole) est au bord de l'échec depuis des mois, les parties prenantes n'ayant pu s'entendre sur la répartition des bénéfices économiques entre les entreprises.
Par ailleurs, un vif débat oppose les parties quant à la nécessité de réserver les projets de défense de l'UE aux entreprises nationales ou de les ouvrir aux partenaires étrangers. La France privilégie fermement l'approche « acheter d'abord, privilégier l'Europe », tandis que l'Allemagne et les Pays-Bas souhaitent une approche plus ouverte.
Au milieu de ces débats, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ramené tout le monde à la dure réalité du conflit : « Dans cette guerre, les armes évoluent plus vite que les décisions politiques visant à les empêcher. »


