Comment prévenir les atteintes à la vie privée via les routeurs Wi-Fi.
Les routeurs Wi-Fi ne se contentent pas d'assurer la connexion internet ; ils collectent aussi discrètement de nombreuses données sur les habitudes d'utilisation des utilisateurs. Mal configuré, un routeur peut se transformer en outil de surveillance au sein même de votre domicile.
Protéger sa vie privée en ligne est de plus en plus complexe. Malgré des mots de passe robustes ou l'utilisation de réseaux privés virtuels (VPN), la crainte d'être suivi via les réseaux Wi-Fi persiste. Un facteur crucial, mais souvent négligé, est le matériel, et plus particulièrement le routeur Wi-Fi, véritable centre névralgique du trafic de données entrant et sortant de votre domicile.
D'après un récent rapport de CNET, les fabricants de routeurs sont critiqués pour leur manque de transparence concernant leurs politiques de confidentialité. CNET a analysé plus de 30 000 mots relatifs à la protection de la vie privée et a contacté directement sept grands fabricants : Arris, TP-Link, Eero, D-Link, Asus, Google Nest et Netgear. Les résultats ont montré que la plupart de ces politiques étaient longues, confuses et comportaient de nombreuses zones grises juridiques, rendant difficile pour les utilisateurs de comprendre comment leurs données étaient collectées et traitées.

Bien que la plupart des fabricants nient vendre les données de navigation, ils admettent tous collecter des informations sur les utilisateurs à des fins de marketing ou de maintenance des systèmes. Ce sujet a pris une tournure dramatique en décembre 2024 lorsque le Wall Street Journal a révélé que le département du Commerce et le département de la Justice américains avaient envisagé d'interdire TP-Link – l'une des marques de routeurs les plus populaires – pour des raisons de sécurité nationale. Cette interdiction était liée à des liens potentiels entre l'entreprise et le gouvernement chinois, dont la législation en matière de sécurité oblige les entreprises à partager des données avec l'armée.
Bien qu'il n'y ait pas eu d'interdiction officielle, cette controverse a soulevé une question importante : les appareils Wi-Fi que l'on trouve dans tous les foyers sont-ils vraiment aussi sûrs qu'on le pense ?
Le routeur Wi-Fi suit-il les utilisateurs ?
Selon Ry Crist, journaliste chez CNET, la plupart des fabricants de routeurs collectent un certain type de données utilisateur, allant des informations personnelles identifiables comme le nom et l'adresse aux données techniques cruciales relatives à l'utilisation et aux performances de l'appareil.
Bien que les entreprises affirment que ces données techniques servent principalement à l'optimisation des produits, elles reconnaissent toutes les utiliser à des fins marketing, parfois par l'intermédiaire de partenaires tiers. Certaines entreprises précisent que ces partenaires doivent respecter leur politique de confidentialité, mais l'étendue du partage de données reste floue.
Par exemple, CommScope, la marque à l'origine des routeurs Surfboard, indique dans sa politique de confidentialité qu'elle partage « les données personnelles lorsque cela est nécessaire pour fournir des produits, répondre aux demandes ou servir des objectifs de conformité commerciale et légale ».
La distinction s'éclaircit lorsqu'on examine l'historique de navigation d'un utilisateur. Google affirme dans ses conditions d'utilisation ne pas collecter de données de navigation. Eero et Asus l'ont également démenti lors d'entretiens avec CNET.
Netgear et TP-Link ont déclaré n'accéder à l'historique de navigation que si les utilisateurs activent activement des services tels que le contrôle parental. Un représentant de CommScope a confirmé que les routeurs Surfboard « n'ont pas la possibilité d'accéder à l'historique de navigation des utilisateurs ni de le consulter ».
Cependant, certaines entreprises comme TP-Link et CommScope admettent utiliser des cookies et d'autres outils de suivi sur leurs sites web. Concernant D-Link, CNET a indiqué ne pas pouvoir vérifier si l'entreprise suit l'activité des utilisateurs, sa documentation et ses réponses officielles étant peu claires.
Moyens de protéger la vie privée des utilisateurs
Dans le secteur de la fabrication de routeurs, les méthodes permettant aux utilisateurs de désactiver la collecte de données restent hétérogènes. Certains fabricants, comme Asus, offrent la possibilité de configurer ce paramètre directement dans les réglages du routeur. Google Nest propose également cette option via son application : il suffit d'accéder à l'onglet Wi-Fi → Paramètres → Paramètres de confidentialité.
Cependant, de nombreuses entreprises compliquent la procédure de désabonnement. Les utilisateurs peuvent être amenés à envoyer des courriels, à remplir des formulaires en ligne ou à effectuer d'autres démarches manuelles.
Par exemple, Commscope exige que les utilisateurs soumettent une demande de retrait de données via un formulaire électronique, tandis que Netgear propose un formulaire sur son site web pour demander la suppression des données utilisateur. TP-Link permet aux utilisateurs de désactiver les publicités personnalisées provenant de plateformes comme Amazon, Google ou Facebook directement sur son site web. Eero, en revanche, affirme que certains types de données d'utilisation sont « essentiels » au bon fonctionnement de l'appareil.
Lors du choix de matériel internet, il est important de prendre en compte les risques liés au stockage de données internes. Un point souvent négligé concerne les journaux du routeur, qui enregistrent des informations sur le trafic et les performances du réseau. Ces données sont accessibles au propriétaire du réseau Wi-Fi, aux administrateurs système, aux fournisseurs d'accès à internet, voire au fabricant du matériel. Bien que ces journaux ne soient pas conçus pour le suivi, ils peuvent révéler involontairement l'activité de navigation s'ils tombent entre de mauvaises mains. Heureusement, les utilisateurs peuvent consulter et supprimer ces journaux via le panneau d'administration du routeur.
Les routeurs ne sont pas les seuls concernés : de nombreux appareils domotiques, des caméras de sécurité aux thermostats, peuvent être exploités par des personnes malveillantes pour collecter des données personnelles. Il est donc essentiel que les utilisateurs comprennent parfaitement le fonctionnement des objets connectés de leur domicile et mettent en place des mesures de protection adéquates afin de minimiser les risques d’atteinte à la vie privée.


