annexe de cuisine

October 5, 2015 11:43

(Baonghean) – Quand je suis né, cette annexe était déjà très ancienne. Ce n’était qu’un porche reliant la maison d’amis à la cuisine. Tard dans la nuit, quand tout le monde dormait profondément et que les portes étaient bien fermées, l’annexe restait immobile, comme en plein jour.

Elle n'avait ni portes pour préserver l'intimité, ni la douce lumière de la dépendance, et certainement aucun trésor comme le riz, l'huile ou la graisse de la cuisine. Elle restait là, exposée aux vents violents qui soufflaient du jardin de devant au jardin de derrière, et vice-versa. Les nuits de pleine lune, cette annexe de la cuisine semblait presque magique, grâce à la lumière lunaire qui éclairait jusqu'aux fissures du plancher et se reflétait sur les sacs de paille usés et inutilisés que ma mère et ma grand-mère suspendaient au toit.

Mais chaque matin, de bonne heure, l'annexe de la cuisine était le lieu le plus animé. Papa roulait un tronc de bananier, encore gorgé de sève, du jardin jusqu'à l'annexe pour préparer le petit-déjeuner des cochons agités dans la porcherie. Maman s'asseyait pour éplucher des échalotes et quelques gousses d'ail, afin que bientôt, l'arôme du riz frit, parfumé aux oignons et au saindoux, embaume la haie d'hibiscus. Mon frère aîné s'asseyait dans l'annexe, récitant sa leçon de lecture apprise par cœur, et ma sœur aînée s'y installait aussi, réparant ses filets de pêche, se préparant à attraper quelques petites crevettes l'après-midi… Puis, quand mes parents partaient travailler et que mes frères et sœurs allaient à l'école, la maison retrouvait son calme, et ma grand-mère et moi sortions des chaises dans l'annexe pour nous asseoir. Une douce brise soufflait, et je m'asseyais aux pieds de ma grand-mère, observant les abeilles et les papillons voleter dans le jardin, les nouvelles vignes de courges parsemées de fleurs jaunes, le crapaud caché contre le mur, les yeux scrutant les alentours à la recherche d'une proie, les fourmis qui se frayaient un chemin tranquillement le long des fissures des marches, rapportant de la nourriture à leur nid…

Ảnh minh họa
Image illustrative

Je restai assise, appuyée contre ses jambes, à regarder autour de moi jusqu'à ce que la douce brise me fasse fermer les yeux. Puis elle se leva et me conduisit à l'étage. Je m'endormis profondément dès son retour dans la cuisine. Je dormais, mais je savais qu'elle était assise là, récitant le Conte de Kieú tout en surveillant les poussins et les canetons, veillant à ce qu'ils n'abîment pas le potager de ma mère.

En hiver, la remise de la cuisine devenait sombre et silencieuse. Faute d'abri, ma mère nous interdisait, à mes sœurs et moi, de nous y asseoir de peur d'attraper froid, et nous n'y allions que très rarement. Seules ma mère et ma sœur aînée, occupées à diverses tâches en cuisine, étaient autorisées à s'y rendre fréquemment. Mon père y rassemblait les poules et les canards, les recouvrant de papier goudronné pour les protéger de la pluie et du vent. Les matins d'hiver, il enfilait rapidement son épais manteau de laine et descendait en courant à la remise pour couper des bananes pour les cochons toujours affamés, tandis que ma mère et ma sœur préparaient à la hâte le petit-déjeuner : du riz chaud et des crevettes frites assaisonnées de sauce de poisson…

Après tant d'années, la vie a bien changé. La maison au toit de tuiles a été remplacée par une plus grande et plus spacieuse, et la cuisine, autrefois utilisée, sert désormais de débarras. Mais la paisible annexe est toujours là. Ma famille n'élève plus ni cochons, ni poules, ni canards. Là où mon père avait installé le bananier à moitié coupé, la planche à découper et les couteaux, trône maintenant un précieux abricotier qui fleurit en toutes saisons sur un piédestal. Les marches qui séparaient l'annexe de la cuisine, où ma mère épluchait oignons et ail chaque matin, sont désormais couvertes de poussière toute l'année. Le crapaud qui se cachait dans un coin, l'œil fuyant à l'affût de nourriture, a sans doute lui aussi disparu…

Heureusement pour ma famille, ma grand-mère est toujours lucide. Elle aspire toujours à revoir ses petits-enfants, qui se débattent chaque jour avec la vie citadine. Elle est toujours assise dans l'annexe de la cuisine, à nous attendre, indifférente aux changements qui l'entourent, indifférente aux abeilles et aux papillons qui se sont envolés au loin, indifférente au jaune fané des vignes de courges. Je le sais, et c'est pourquoi, chaque fois que je reviens de la ville, je contemple avec impatience le jardin, les arbres, les fleurs et l'herbe. Je ne me retourne pas pour la regarder, mais mon cœur se gonfle d'un bonheur indescriptible, car je sais que dans cette vieille annexe de la cuisine, ma grand-mère et mon enfance sont bel et bien présentes, en chair et en os, et non pas seulement dans mes rêves.

Phuong Ngoc

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Article paru dans le journal Nghe An

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