L'Europe renforce les restrictions concernant l'utilisation des réseaux sociaux par les enfants, et de nombreux nouveaux pays rejoignent cette tendance.
Les réseaux sociaux se trouvent à un tournant majeur en Europe, car de plus en plus de pays ont adopté ou envisagent d'interdire l'utilisation des plateformes de réseaux sociaux par les enfants.
L'Autriche est le dernier pays européen à se joindre au débat sur l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les enfants. Intervenant sur la chaîne de télévision publique ORF, le vice-ministre du Numérique, Alexander Pöll, a déclaré que le gouvernement autrichien envisageait d'interdire l'accès aux plateformes de réseaux sociaux aux enfants de moins de 14 ans.
Selon M. Proll, le scénario idéal serait que l'interdiction puisse entrer en vigueur au début de la nouvelle année scolaire, prévue en septembre 2026. Actuellement, le gouvernement autrichien analyse les facteurs techniques et les partis politiques de la coalition au pouvoir se réuniront pour élaborer un plan de mise en œuvre complet.

L'une des questions essentielles est celle de la vérification de l'âge des utilisateurs. Selon l'agence de presse turque Anadolu, l'Autriche s'inspire du modèle australien, premier pays au monde à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. En Australie, les utilisateurs souhaitant s'inscrire sur les réseaux sociaux doivent fournir une pièce d'identité, notamment par reconnaissance faciale et vocale.
Toutefois, cette approche ne fait pas l'unanimité. La coalition au pouvoir en Autriche, composée du Parti social-démocrate (SPO) et du parti libéral NEOS, est favorable à la limitation de l'utilisation des réseaux sociaux par les enfants, mais reste divisée sur les modalités de mise en œuvre. Henrike Brandstötter, porte-parole de NEOS, a fait valoir qu'une reproduction intégrale du modèle australien pourrait soulever des inquiétudes quant à la sécurité des données des utilisateurs.
NEOS suggère plutôt d'attendre le système autrichien d'identification électronique (« eID »), la plateforme nationale d'identification numérique dont le déploiement est prévu d'ici la fin de l'année. Ce système permet aux citoyens de vérifier leur identité en ligne à l'aide de documents officiels, tels que des cartes d'identité ou des passeports électroniques, et est considéré comme plus sûr pour la protection des données personnelles.
À l'instar de l'Autriche, la Pologne accélère également ses efforts pour limiter l'accès des enfants aux réseaux sociaux. Le gouvernement envisage d'interdire aux moins de 15 ans d'utiliser les plateformes numériques. L'approche retenue consiste à mettre à jour l'application mObywatel – la plateforme d'identification numérique officielle du pays – afin de permettre la vérification de l'âge sans divulguer d'autres informations personnelles.
Selon Michał Gramatyka, vice-ministre polonais du Numérique, cette mise à jour permettra de mieux contrôler l'accès des enfants aux réseaux sociaux. Il a également souligné que le problème ne réside pas uniquement dans la technologie, mais aussi dans le fait que certains parents laissent leurs enfants utiliser les réseaux sociaux trop tôt et que les plateformes n'appliquent pas strictement les conditions d'âge minimum.
L'Alliance civique polonaise, membre de la coalition au pouvoir, travaille actuellement à un projet de loi visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans. Ce texte devrait être finalisé d'ici fin février 2026 et entrer en vigueur aux alentours de Noël 2027. Un récent sondage, cité par la radio polonaise, révèle qu'une majorité de personnes sont favorables à un report de l'accès des enfants aux réseaux sociaux, par crainte pour leur sécurité et les risques d'abus.
L'Autriche et la Pologne ne sont pas les seules à suivre cette tendance : de nombreux autres pays européens s'y conforment. La France a récemment adopté une loi interdisant aux enfants de moins de 15 ans d'utiliser les réseaux sociaux, face aux inquiétudes croissantes concernant le cyberharcèlement et les problèmes de santé mentale ; le texte est actuellement en attente d'approbation par le Sénat.
Au Royaume-Uni, la Chambre des Lords a adopté un projet de loi interdisant aux enfants de moins de 16 ans d'utiliser les réseaux sociaux et les réseaux privés virtuels (VPN), bien qu'il ait encore besoin du soutien officiel du gouvernement.
Le Danemark a opté pour une approche plus souple, en acceptant d'interdire l'utilisation des réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans, mais en donnant aux parents le pouvoir de décider des plateformes auxquelles leurs enfants peuvent accéder.
En dehors de l'Europe, l'Australie a été pionnière en interdisant les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Cette décision s'est d'abord heurtée à une forte opposition de la part de géants de la technologie comme Reddit et YouTube, mais finalement, les plateformes ont dû s'adapter pour se conformer à la loi australienne.
Le renforcement des contrôles sur les réseaux sociaux pour les enfants témoigne de la priorité croissante accordée par les gouvernements à la protection des jeunes générations contre les risques du numérique. Toutefois, la question de la frontière entre protection, vie privée et accès aux technologies restera un sujet de débat majeur.


