« Nous ne pouvons pas encore abandonner la tradition du Nouvel An lunaire. »
(Baonghean) – Récemment, de nombreuses voix se sont élevées pour suggérer la fusion du Nouvel An lunaire traditionnel avec le Nouvel An grégorien afin de minimiser l'impact sur le développement socio-économique et de s'aligner sur les pratiques internationales, notamment dans un contexte d'intégration croissante du Vietnam au monde. Toutefois, cette proposition ne fait pas l'unanimité. Comment concilier la préservation de la culture traditionnelle et la célébration joyeuse et chaleureuse du Nouvel An lunaire avec les exigences de la vie moderne ? À l'occasion du Nouvel An lunaire 2017 (Année du Coq), un correspondant du journal Baonghean a interviewé le professeur agrégé Luong Hong Quang, directeur adjoint de l'Institut national de la culture et des arts, rattaché au ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme.
![]() |
| Professeur agrégé Dr Luong Hong Quang |
Professeur Luong Hong Quang ! Parmi les douze animaux du zodiaque chinois, le Coq symbolise l’abondance, la prospérité et la richesse. Avez-vous des pressentiments quant à l’arrivée de ces bienfaits dans notre pays en cette Année du Coq ?
Professeur agrégé Dr Luong Hong Quang :Les poulets sont des animaux domestiques à l'histoire millénaire, devenus un symbole culturel en Occident, en Orient et au Vietnam. Ils représentent la diligence, l'agilité, la santé et l'abondance. Grâce à cet animal sacré, on souhaite chaque année une année de développement national.
Le Vietnam n'est pas seulement un pays riche d'une tradition historique, mais il aspire aujourd'hui à se tenir aux côtés des pays développés. C'est un pays qui souhaite s'industrialiser, se moderniser, s'intégrer à l'échelle internationale, promouvoir le multilatéralisme, diversifier son économie et nouer des relations d'amitié avec toutes les nations. En cette année placée sous le signe de l'harmonie spirituelle, nous espérons qu'elle sera une année faste pour le pays.
Deux points me semblent particulièrement inspirants. Premièrement, le processus de démocratisation se renforce et s'étend, constituant non seulement un engagement politique du Parti et de l'État, mais aussi une nécessité pour la vie sociale et pour chaque individu. C'est un chemin inéluctable. Deuxièmement, le processus d'intégration internationale. C'est grâce à cette intégration que nous comprenons notre niveau de développement, ce que nous devons améliorer et ce que nous devons apprendre. Ces deux éléments constituent le fondement d'un meilleur développement socio-économique pour l'année à venir.
En parlant du Têt (Nouvel An lunaire) traditionnel, il se peut que, maintenant que la vie est plus facile, certaines familles le célèbrent de manière plus élaborée et cérémonielle, ce qui amène certains jeunes à le percevoir comme une contrainte et une source de complications. Quel est votre avis à ce sujet ?
Professeur agrégé Dr Luong Hong Quang :Dans une société développée, la différenciation en groupes sociaux aux cultures, préférences et besoins distincts est normale. À l'occasion du Nouvel An lunaire traditionnel, chaque groupe social et chaque individu a sa propre manière d'honorer ses ancêtres, de témoigner son respect à ses parents et à ses enseignants, et de passer du temps avec ses amis.
Tout cela, je pense, engendrera différentes tendances dans la manière dont nous célébrons le Têt. Mais globalement, je constate que le Têt reste perçu comme une fête incontournable. Peut-être qu'aujourd'hui, on prend conscience que, dans le contexte de l'intégration internationale, le calendrier des célébrations du Têt a des répercussions sur le développement économique et social.
Par exemple, dans les zones industrielles, avant et après le Têt (Nouvel An lunaire), pendant environ un mois, les travailleurs (qui sont à l'origine des agriculteurs de la région) rentrent chez eux plus tôt et ne reviennent pas ensuite, ce qui entraîne une perte de production d'un mois entier pour ces zones. Les administrations publiques prennent également sept à huit jours de congé.
Tout cela exige une approche plus pragmatique pour se conformer aux normes internationales. Par exemple, à Shenzhen (Chine), l'activité est continue ; il s'agit d'une zone économique spéciale, et il est impossible d'invoquer le Nouvel An lunaire traditionnel ou les horaires de travail des ouvriers chinois. Par conséquent, des équipes travaillent 24 h/24 et 7 j/7 pour faciliter le commerce international. Il en va de même pour nous ; nous devons trouver un moyen de nous adapter.
Cela ne signifie pas que je préconise l'abolition du Nouvel An lunaire traditionnel. C'est un long processus qui nécessite une concertation sociale. Je crois qu'il nous faut un équilibre. Le Nouvel An lunaire est l'occasion de démontrer clairement cet équilibre entre tradition et modernité.
Certains éléments traditionnels, autrefois très appréciés, ne sont plus adaptés à notre époque. Il nous faut trouver des solutions pour les faire évoluer. Notre Nouvel An lunaire traditionnel est-il trop long ? Sept, huit, neuf jours… Du coup, par habitude, il est déjà terminé le quinzième jour du premier mois lunaire, surtout dans le Nord.
Il est vrai que la vie a beaucoup changé ces derniers temps, et de nombreuses jeunes familles organisent des voyages et des vacances pendant le Nouvel An lunaire. Certains pensent que ces personnes manquent de respect envers leurs ancêtres et leur famille, et qu'elles sont égoïstes. Qu'en pensez-vous ?
Professeur agrégé Dr Luong Hong Quang :Je pense que le pourcentage de personnes voyageant pendant le Têt (Nouvel An lunaire) reste relativement faible. À mon avis, ce choix relève d'un groupe social assez restreint. Cependant, ces personnes ont déjà des préparatifs à effectuer avant le Têt. Pendant cette période, elles peuvent également échanger des vœux en ligne via les médias. À leur retour, elles ont l'occasion de se réunir en famille. Cela témoigne d'une évolution positive, et ce pourcentage continuera d'augmenter.
Je pense qu'ils ne peuvent pas voyager indéfiniment. Il ne faut donc pas généraliser ni supposer à tort qu'il s'agit d'une rupture avec leurs ancêtres ou leurs traditions. Je crois plutôt qu'il s'agit d'une nouvelle façon d'agir dans un nouveau contexte.
Ce n'est peut-être pas toute l'histoire, mais on trouve ici et là, dans la presse et sur les réseaux sociaux, de nombreux articles et publications évoquant la peur du Têt (Nouvel An lunaire) chez les belles-filles citadines. Selon vous, comment faut-il interpréter cette situation ?
Professeur agrégé Dr Luong Hong Quang :Je pense que la vie s'adapte d'elle-même. De nos jours, en ville, manger et boire pendant le Têt (Nouvel An lunaire) n'est plus un sujet de préoccupation majeur, si bien que les belles-filles et les autres femmes de la famille n'ont plus à s'en soucier autant. Mais à la campagne, cela reste un problème.
Dans les zones rurales, notamment avec l'amélioration du niveau de vie, les gens cherchent à perpétuer les valeurs traditionnelles à travers les rituels du Têt (Nouvel An lunaire), qui incluent la préparation de grands festins. Partout, on mange, on boit et on trinque avec de l'alcool ; cela représente un fardeau pour les femmes. C'est ce qui, selon nous, exige une révolution des modes de vie.
D'un point de vue moderne, les rituels en l'honneur des ancêtres restent très importants, mais la tradition n'impose ni festins somptueux, ni offrandes constantes, ni l'utilisation systématique d'offrandes fraîches. Ces pratiques sont chronophages, soulèvent des questions d'hygiène et de sécurité alimentaire, et représentent un gaspillage financier.
Tout cela exige un équilibre entre rituel et vie quotidienne. L'objectif est de préserver les rituels tout en garantissant le confort et la praticité du quotidien, en évitant que les habitants des zones rurales ne se contentent de manger, de boire et de trinquer partout où ils vont, avant de repartir aussitôt à moto. Une telle situation est véritablement dangereuse pour la société et pour les individus eux-mêmes.
![]() |
| Les familles multigénérationnelles se réunissent à l'occasion du Nouvel An lunaire vietnamien traditionnel. |
Alors, entre ces deux points de vue opposés : l’un préconise l’abolition du Nouvel An lunaire ou sa fusion avec le Nouvel An grégorien ; l’autre estime que certains ajustements sont nécessaires pour que le Nouvel An lunaire conserve toute sa signification. Quel est votre avis ?
Professeur agrégé Dr Luong Hong Quang :Personnellement, je crois que des ajustements sont nécessaires pour garantir notre intégration internationale. Le Japon, qui a lui aussi mené des mouvements sociaux pendant des décennies avant d'y parvenir, peut en tirer des leçons. La Chine commence également à aborder cette question. La Corée du Nord, quant à elle, utilise le calendrier grégorien.
À l'heure actuelle, je pense que cela prend du temps et nécessite des mouvements sociaux. De plus, la culture ne peut être purement subjective ; elle a besoin de temps et d'un processus de changement. Dans trois ou quatre décennies, de nouvelles générations de dirigeants, porteurs d'idées nouvelles, de modes de vie nouveaux et de nouvelles façons de penser, seront en mesure de prendre des décisions sur cette question.
Il est clair que le Nouvel An lunaire traditionnel présente d'excellentes qualités pour la préservation des valeurs culturelles et de l'identité, mais qu'il pose problème sous d'autres angles, comme l'intégration internationale et le développement économique. Comment concilier développement économique et préservation des valeurs culturelles nationales ? Des discussions sont nécessaires pour parvenir à un consensus social, et je pense qu'il s'agit d'un enjeu de longue haleine. Quant à l'abolition immédiate du Nouvel An lunaire traditionnel, je suis certain que la plupart des gens s'y opposeraient.
Merci, monsieur. Je vous souhaite un très joyeux Nouvel An lunaire en famille !
Nuage sacré




