Une future alliance Inde-Japon-Australie est-elle envisageable ?
(Baonghean) – Après des années d'hésitation dues aux pressions chinoises, l'Inde a officiellement lancé un mécanisme de dialogue trilatéral de haut niveau sur la sécurité avec l'Australie et le Japon. La question est de savoir si ce dialogue trilatéral inédit contribuera à la formation d'une future alliance Inde-Japon-Australie, et quels sont les véritables intérêts communs des trois parties.
Ce n'est pas un hasard si le dialogue trilatéral entre l'Inde, le Japon et l'Australie, bien que se déroulant uniquement au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères, revêt une importance capitale pour les trois pays ainsi que pour la sécurité régionale en Asie. Ce dialogue s'est tenu dans un contexte de fortes tensions sécuritaires liées aux différends territoriaux entre la Chine et plusieurs autres nations. De ce fait, le dialogue trilatéral a porté sur les derniers développements en matière de sécurité économique régionale, ainsi que sur la situation en mer de Chine méridionale, notamment les vastes activités de construction d'îles artificielles menées par la Chine dans des zones contestées avec ses voisins. La coopération en matière de sécurité, en particulier dans le domaine naval, figurait en tête de l'ordre du jour. Ce dialogue Inde-Japon-Australie a également alimenté les spéculations quant à la formation d'une alliance trilatérale, un sujet fréquemment abordé ces derniers temps et qui a de fortes chances de se concrétiser prochainement.
Au milieu des années 2000, une initiative visant à créer une alliance en arc de cercle s'étendant de l'Inde au Japon et jusqu'au Pacifique Sud avec l'Australie a été présentée par trois Premiers ministres de l'époque : Junichiro Koizumi (Japon), John Howard (Australie) et Atal Vajpayee (Inde), avec le soutien du président américain George W. Bush. Cependant, cette initiative n'a pas été mise en œuvre en raison des hésitations de l'Inde face à son voisin chinois. En 2007, la Chine a vivement protesté contre l'Inde après que celle-ci, aux côtés du Japon et de l'Australie, a participé à une réunion à quatre avec les États-Unis lors d'un exercice militaire conjoint.
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| De gauche à droite : le Premier ministre indien Narendra Modi, le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le Premier ministre australien Tony Abbott. (Image provenant d’Internet) |
Depuis l'arrivée au pouvoir du parti BJP du Premier ministre Narendra Modi, le gouvernement indien a adopté une position plus ferme et a relancé le mécanisme de dialogue trilatéral Inde-Japon-Australie sur la sécurité au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères. Ce dialogue permettra également aux trois pays d'organiser des exercices navals multilatéraux à l'avenir.
En réalité, l'entente entre l'Inde, le Japon et l'Australie repose sur les intérêts stratégiques et les préoccupations communes de chaque pays. Malgré leur éloignement géographique, le Japon et l'Inde partagent de nombreuses similitudes. Ils font face à un adversaire commun : la Chine, dans leurs différends territoriaux. Quant à l'Australie, bien qu'elle n'ait pas de différend territorial avec la Chine, les récentes actions de cette dernière, notamment le déploiement de sa marine à l'extrême sud de la mer de Chine méridionale et la revendication de souveraineté sur le récif James, revendiqué par la Malaisie, ont suscité de vives inquiétudes. Dès sa prise de fonctions, le Premier ministre australien, Tony Abbott, a mis en œuvre plusieurs mesures pour contrer la Chine, allant du maintien de ses bases militaires et de l'autorisation donnée aux États-Unis d'y renforcer leurs effectifs, à l'imposition de nouveaux droits de douane sur les minéraux chinois. Cependant, Tony Abbott semble désormais adopter une approche plus prudente et ambitieuse, en s'alliant non seulement aux États-Unis, mais aussi en nouant une alliance bilatérale avec le Japon, avec lequel il coopère dans les domaines de la défense et du développement des armements.
En résumé, la montée en puissance de la Chine et les tensions récentes en mer de Chine méridionale expliquent pourquoi l'Inde, le Japon et l'Australie reconnaissent la nécessité d'une coopération, notamment en matière de défense et de sécurité. La mer de Chine méridionale est considérée comme le point chaud le plus dangereux des océans Indien et Pacifique, menaçant non seulement la sécurité de l'Asie du Sud-Est et de l'ASEAN, mais aussi celle de l'Asie dans son ensemble. Les différends maritimes ne se limitent plus aux conflits bilatéraux entre la Chine et le Japon, ou entre le Vietnam et les Philippines, mais engagent également la sécurité économique et maritime d'une vaste région – la voie maritime la plus fréquentée au monde.
Plus récemment, la construction par la Chine d'îles artificielles sur des récifs en mer de Chine méridionale a exacerbé les tensions sécuritaires régionales. Le Japon, l'Inde, l'Australie et la communauté internationale s'inquiètent de cette initiative chinoise, qui constitue manifestement une manœuvre délibérée menaçant la sécurité maritime en mer de Chine méridionale. Selon les analystes, la construction de ces îles artificielles s'inscrit dans le cadre du plan progressif de Pékin visant à affirmer sa souveraineté sur cette zone maritime stratégique. De ce fait, les voies de navigation cruciales dans cette région tomberont inévitablement sous le contrôle de la Chine. Un tel scénario ne peut qu'inquiéter tout pays, directement ou indirectement concerné. Par ailleurs, le Japon, l'Inde et l'Australie, qui ont des intérêts majeurs non seulement en matière de sécurité en mer de Chine méridionale, mais aussi en Asie dans son ensemble, partagent la conviction qu'aucune puissance hégémonique de la région ne saurait les menacer. C’est aussi la raison pour laquelle la vision d’une alliance en « arc » Inde-Japon-Australie se précise dans un avenir proche.
Thanh Huyen



