Le « cheval de Troie » a-t-il franchi la ligne d'arrivée en Grèce ?

February 7, 2015 09:34

(Baonghean) – Mercredi 4 février, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de couper l'une des sources de liquidités de la Grèce. Cette décision a pour conséquence d'avancer les négociations entre le gouvernement d'Alexis Tsipras et la Troïka, composée de la BCE, du Fonds monétaire international (FMI) et de la Commission européenne.

Thủ tướng Hy Lạp Alexis Tsipras và câu hỏi khó đặt ra cho vận mệnh kinh tế - chính trị Hy Lạp.
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras et la question difficile posée au destin économique et politique de la Grèce.

L’intention de l’Europe est de prolonger le programme d’aide et de se donner davantage de temps pour négocier avec la Grèce les termes d’un nouveau « contrat » : réformes, dette publique, taux de remboursement, etc. Le jeudi 5 février, suite à l’annonce de la BCE, la pression exercée sur les pays européens pour résoudre rapidement le « problème grec » s’est intensifiée, même s’il est indéniable que cette décision pourrait potentiellement conduire à une évolution positive de la situation.

Une source bruxelloise a déclaré : « M. Tsipras se rendra vite compte qu’il n’a pas beaucoup d’options et que le respect des partenaires européens est absolument essentiel. Ces derniers sont disposés à aider la Grèce, mais en retour, la Grèce doit reconnaître que certains pays, l’Allemagne par exemple, adoptent une position très intransigeante, et elle doit prendre l’initiative de se rapprocher. »

D’ici au 28 février, soit dans trois semaines, le gouvernement grec doit parvenir à un accord avec ses créanciers pour clore le deuxième programme d’aide financière qu’il a reçu, d’un montant de 130 milliards d’euros et activé en 2012. Ce n’est qu’après la clôture de ce programme que la Grèce pourra prétendre à un troisième plan d’aide d’un montant d’environ 3,6 milliards d’euros, mais uniquement à condition qu’elle mette en œuvre une série de réformes définies par la Troïka.

Cela inclut une politique de réduction supplémentaire de la taille de l'appareil d'État. Cependant, il est peu probable que la Grèce puisse activer le troisième plan de sauvetage, car le précédent gouvernement d'Antonis Samaras n'est jamais parvenu à un consensus avec la Troïka sur les conclusions du deuxième plan. Par conséquent, les pays européens adoptent une vision très réaliste de la situation, jugeant irréaliste l'éventualité d'une conclusion des négociations en trois semaines, surtout avec un gouvernement en place depuis seulement quinze jours. Dans ce cas, la Grèce serait confrontée à de graves difficultés financières, car elle ne recevrait pas le plan de sauvetage de plusieurs milliards de dollars mentionné précédemment et ne pourrait compter que sur une seule source de liquidités au lieu de deux.

En prévision de cette situation, les créanciers de la Grèce ont ouvert la porte à une prolongation technique du programme de sauvetage, d'une durée d'environ quatre à cinq mois, afin de conclure le deuxième plan de sauvetage. Tel a été le message transmis par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le mercredi 4 février, lors d'une rencontre avec Alexis Tsipras à Bruxelles.

Jeudi 5 février, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a réitéré ce point de vue auprès de son homologue grec, Yanis Varoufakis, lors de la visite de ce dernier à Berlin. Ce qui inquiète l'Europe, c'est que « MM. Tsipras et Varoufakis n'ont toujours pas compris que la Grèce est dos au mur ; s'ils le comprenaient, la situation se résoudrait. Sinon, nous serons dans une impasse. » Par ailleurs, M. Juncker a souligné auprès de M. Tsipras que ce week-end, devant le Parlement grec, il devra déclarer que le pays respecte ses engagements envers ses partenaires européens.

La situation de la Grèce est assez paradoxale, car les créanciers l'incitent à continuer de recevoir de l'aide. En réalité, la Grèce joue un rôle proactif dans la décision d'activer ou non une nouvelle aide, une prolongation nécessitant une demande formelle du pays emprunteur. Alors pourquoi la Grèce refuserait-elle une opportunité aussi lucrative ? Parce que rien n'est gratuit : la poursuite de l'aide européenne implique d'accepter le contrôle de la Troïka pendant encore plusieurs mois.

Ainsi, cette décision ne concerne pas seulement des enjeux financiers et économiques, mais a également un impact politique considérable. Cela est d'autant plus vrai que toute la campagne électorale de Tsipras s'est appuyée sur la dénonciation de la dureté et de l'« autoritarisme » de la Troïka. Le lundi 9 février, un vote de confiance au gouvernement aura lieu devant le Parlement grec ; ce sera la date butoir pour que Tsipras prenne sa décision finale : demander ou non une prolongation de l'aide ?

Si la Grèce fait savoir qu’elle « comprend les enjeux et les attentes » des pays européens, l’Eurogroupe – la réunion des ministres des Finances de la zone euro – se réunira en session extraordinaire, probablement le 11 février. Cette date a été fixée par Bruxelles depuis une semaine, mais « tant que les Grecs n’auront pas envoyé de signal positif, la tenue d’une réunion est inutile ».

L'objectif principal de cette réunion est de préparer le terrain pour les pays de la zone euro avant toute décision politique. Elle sert également de base à une réunion informelle de la Commission européenne, rassemblant les dirigeants des 28 États membres de l'UE – initialement prévue pour discuter de l'Ukraine et de la lutte contre le terrorisme – sous la présidence de l'ancien Premier ministre polonais, Donald Tusk. Il est important de rappeler que la Pologne ne fait pas partie de la zone euro ; la convocation de l'Eurogroupe offre donc aux pays de la zone euro l'opportunité de se réunir, de définir des orientations et des intérêts communs qui concernent directement chaque membre. La réunion de l'Eurogroupe se tiendra ensuite le 16 février, un événement crucial pour décider du maintien ou non de l'aide à la Grèce.

Par conséquent, dans le court laps de temps qui nous sépare de la fin février, si la Grèce demande une prolongation, la décision officielle devra être approuvée par les parlements des États membres pour être reconnue comme effective. Il convient de noter que l'Allemagne et la Finlande sont deux pays qui maintiennent une position assez ferme sur la question grecque.

Il est difficile d'espérer des négociations fructueuses en cette période critique, surtout compte tenu de l'animosité manifeste entre l'Allemagne et la Grèce. Lors de sa visite à Berlin le 5 février, l'Allemagne a catégoriquement refusé d'annuler la dette grecque et n'a manifesté aucune volonté de revenir sur la question du maintien des programmes d'aide.

La Grèce se trouve manifestement dans une situation délicate : elle déclare être en proie à une grave crise de la dette, mais refuse d'apporter son aide et sollicite plutôt un allègement de sa dette auprès des nations européennes. On craint une trop grande dépendance et une implication trop profonde avec la Troïka – un véritable « cheval de Troie » de la finance et de la politique ? Or, ce « cheval » est déjà allé bien au-delà de la moitié du chemin avec deux plans de sauvetage colossaux, et il ne sera pas aisé pour la Grèce de rompre ce lien. Une chose est sûre : le problème grec ne sera pas résolu de sitôt, car l'Europe et la Grèce « partagent seulement le constat qu'elles n'ont pas la même vision », comme l'a succinctement déclaré le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, après sa rencontre avec son homologue grec.

Thuc Anh(Selon Le Monde)

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