Les coulisses de la visite du Premier ministre japonais en Europe
(Baonghean) – La longue visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe en Europe, avec son programme chargé, constitue un événement diplomatique majeur de ces derniers jours, notamment dans un contexte de tensions sécuritaires régionales. Au-delà du renforcement des relations diplomatiques, économiques et sécuritaires avec le « vieux continent », ce voyage poursuit un objectif plus large : consolider le rôle et la position du Japon dans de nombreux domaines.
(Baonghean) – La longue visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe en Europe, avec son programme chargé, constitue un événement diplomatique majeur de ces derniers jours, notamment dans un contexte de tensions sécuritaires régionales. Au-delà du renforcement des relations diplomatiques, économiques et sécuritaires avec le « vieux continent », ce voyage poursuit un objectif plus large : consolider le rôle et la position du Japon dans de nombreux domaines.
Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a entrepris une tournée de dix jours dans plusieurs pays de l'Union européenne (UE), dont l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Portugal, l'Espagne, la France et la Belgique, et s'est rendu au siège de l'UE et de l'OTAN à Bruxelles. Le renforcement de la coopération économique était l'un des objectifs principaux de ce voyage. Force est de constater que, sur ce point, M. Abe a atteint ses objectifs, des accords et des engagements en matière de coopération économique ayant été conclus à chaque étape. Lors de sa première étape en Allemagne, où il a rencontré la chancelière Merkel, les deux parties ont exprimé l'espoir que les négociations entre l'UE et le Japon sur un accord de libre-échange puissent aboutir l'année prochaine. En effet, malgré les difficultés rencontrées dans les négociations du Partenariat transpacifique (TPP) avec les États-Unis, la progression encourageante des négociations sur un accord de libre-échange (ALE) avec l'Europe est perçue comme une avancée significative de la politique économique du Premier ministre Abe, les « Abenomics ». L'économie japonaise et les 27 États membres de l'UE représentent environ 30 % du PIB mondial et 40 % du commerce mondial. Si l'accord de libre-échange UE-Japon est finalisé l'année prochaine, les échanges bilatéraux devraient augmenter de 29 milliards d'euros (36 milliards de dollars), soit une hausse de 50 %. Par ailleurs, le Japon souhaite que l'Europe supprime les droits de douane sur les produits électroniques et industriels, notamment les automobiles japonaises, tandis que l'Europe souhaite que le Japon allège les droits de douane sur les produits agricoles européens.
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| Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a rencontré le président français François Hollande. |
La coopération en matière de technologie nucléaire civile figurait également parmi les sujets abordés lors de la visite de Shinzo Abe en France. Un point saillant a été le plan de coopération franco-japonais visant à développer une nouvelle génération de réacteurs nucléaires destinés aux centrales nucléaires, dont la mise en service est prévue d'ici 2040. Au Royaume-Uni, les deux parties ont également signé un projet d'investissement de 200 millions de livres sterling destiné à la reconstruction de l'industrie nucléaire britannique, notamment dans le Nord-Ouest.
Au-delà des aspects économiques, la coopération en matière de sécurité et de défense entre le Japon et les pays européens entre également dans une nouvelle phase suite à la visite du Premier ministre Abe. Les analystes estiment qu'en matière de sécurité, Tokyo ne se contente pas de se tourner vers l'Europe, mais réaffirme son rôle sur le continent. De fait, tout au long de ce voyage – à Londres, Berlin ou Paris – le Premier ministre Abe a souligné l'importance des questions de sécurité dans les relations nippo-européennes, tant en Asie qu'à l'international. Cette tendance pourrait déboucher sur une coopération accrue dans le domaine des équipements militaires, notamment après la levée, début avril, par le Japon de son embargo sur les exportations d'armes en vigueur depuis près d'un demi-siècle. Le Japon peut ainsi développer davantage de programmes de coopération militaire avec des partenaires autres que les États-Unis, et les pays européens représentent un marché idéal.
Au-delà des objectifs évidents, le Premier ministre japonais cherche à obtenir le soutien des dirigeants européens et de l'OTAN pour ses amendements constitutionnels proposés, qui permettraient au Japon de mener des opérations militaires hors de ses frontières. Shinzo Abe a introduit un nouveau concept, le « pacifisme actif », pour expliquer sa détermination à renforcer les capacités militaires du Japon et à s'affranchir des contraintes imposées par sa constitution actuelle. C'est la raison de sa visite et de son discours important sur la politique de défense de Tokyo au siège de l'OTAN à Bruxelles. Cette démarche est parfaitement compréhensible, compte tenu de l'escalade des tensions territoriales entre le Japon et la Chine et de l'espoir du Japon d'obtenir un soutien international.
Par ailleurs, le Japon cherche également à renforcer sa position et son rôle dans une région déjà confrontée à de nombreux problèmes de sécurité, notamment ceux liés à la crise ukrainienne. En tant que membre du G7, le dialogue avec ses partenaires sur les mesures à prendre face à la crise ukrainienne et les réponses à apporter à la Russie permettra de mettre davantage en lumière le rôle du Japon. Autre point notable : le Japon semble déterminé à ne pas se laisser distancer par la Chine dans son engagement auprès de l’Europe sur de nombreux fronts. La visite du Premier ministre Abe, qui a suivi la tournée européenne réussie du président chinois Xi Jinping début avril, en est la preuve, ouvrant un nouveau chapitre dans la coopération sino-européenne. Dans un monde en constante évolution, où les relations internationales se redéfinissent, le Japon souhaite non seulement s’ouvrir à ses partenaires, mais aussi consolider sa position dans des régions clés du globe. C’est ce que le quotidien français Libération appelle la « campagne de conquête d’alliés au-delà du Pacifique » menée actuellement par le Premier ministre japonais. Le voyage de M. Abe peut d’ailleurs être considéré comme un succès en matière de rapprochement avec les partenaires de la côte atlantique.
Thanh Huyen



