Élever des enfants à l'ère du numérique
Élever des enfants pour qu'ils deviennent de bonnes personnes à l'ère du numérique, c'est avant tout préserver leur humanité au sein de cet immense océan de technologies. Les lois peuvent punir les actes répréhensibles, mais seuls l'amour et les valeurs morales peuvent prévenir le mal qui se cache à la racine.
Ces derniers mois, une série d'incidents choquants se sont produits : des groupes d'adolescents se livrant à des combats au couteau la nuit, à des courses de rue à grande vitesse et à des troubles à l'ordre public ; des élèves s'en prenant à leurs camarades et publiant des vidéos en ligne pour « gagner des points » ; et même certains élèves formant des groupes secrets et encourageant leurs amis à isoler les autres comme forme de divertissement.
Ces comportements déviants témoignent non seulement d'un déclin de la conscience juridique, mais aussi d'une lacune importante dans le développement du caractère. Et derrière cela, une question troublante se pose : où étions-nous, adultes, pendant l'éducation de ces enfants ?

Jamais auparavant le monde des enfants n'a été aussi ouvert qu'aujourd'hui. Un simple smartphone leur suffit pour être partout, leur permettant d'accéder à toutes les tendances et à tous les aspects de la vie. Mais ce monde est aussi semé d'embûches. Lorsque la valeur se mesure au nombre de vues, lorsque l'attention devient la mesure de la célébrité, lorsque le langage en ligne est empreint de violence et de sarcasme, les enfants perdent facilement de vue les vraies valeurs. À un âge où ils devraient apprendre à écouter et à être respectueux, beaucoup d'enfants apprennent à « créer des tendances », à « se faire remarquer » et à recourir à la violence pour s'affirmer et attirer l'attention.
Malheureusement, ces images ne révèlent que des traits d'adultes, car ces enfants ne sont pas nés agressifs. Ils imitent les adultes eux-mêmes : ceux qui restent scotchés à leur téléphone pendant les repas, prêts à se disputer et à lancer des jugements acerbes en ligne, ou qui idolâtrent et glorifient à tout-va des influenceurs glamour… Lorsque les adultes mènent une vie trépidante, impulsive et superficielle, les enfants adoptent le même état d'esprit. Une société de plus en plus bruyante, où l'écoute est rare, où les débats abondent mais où le dialogue authentique fait défaut, est précisément le terreau fertile de la solitude chez les enfants. Et peut-être, justement, la solitude est-elle un terreau propice à la violence ?

On a beaucoup parlé d'éducation holistique, d'investissement dans de bonnes écoles, d'excellents enseignants, de compétences modernes et de maîtrise des langues étrangères pour favoriser l'intégration. Mais au milieu de ces « projets d'éducation des enfants » méticuleusement planifiés, on oublie parfois l'essentiel : apprendre à nos enfants à devenir des êtres humains dignes.
Être une personne bienveillante ne consiste pas à être savant ou à parler avec éloquence, mais à savoir aimer les autres, à éprouver de la honte lorsqu'on a mal agi et à savoir s'arrêter avant de blesser autrui. Aujourd'hui, nombreux sont les parents qui souhaitent la réussite et l'excellence de leurs enfants, mais qui leur apprendra à perdre sans honte, à céder sans faiblesse et à vivre humblement sans être mesquin ? Un enfant qui ne s'attache qu'à gagner et à en finir rapidement risque de recourir à la violence – verbale ou physique – pour prendre le dessus.

Le monde numérique n'est pas fondamentalement mauvais. Réseaux sociaux, jeux vidéo, intelligence artificielle… sont autant de produits du progrès. L'important est la manière dont nous aidons les enfants à les appréhender. Plutôt que de les effrayer ou de les interdire, les adultes doivent les soutenir en leur apprenant à être sélectifs, à développer leur esprit critique et à fixer des limites. Les parents ne peuvent empêcher leurs enfants de découvrir le monde, mais ils peuvent leur inculquer une « immunité mentale » : la compassion, le respect de soi et la capacité de distinguer le bien du mal. Ces valeurs ne se mesurent pas aux examens ni en notes, mais elles constituent les remparts les plus solides pour aider les enfants à traverser cette ère tumultueuse.
La relation entre les enfants et leurs familles n'a jamais été aussi fragile. Dans de nombreux foyers, les repas sont dépourvus de rires ; ils sont plutôt ponctués d'annonces, de messages et de hochements de tête indifférents. Lorsque les parents perdent patience, les enfants n'éprouvent plus le besoin de partager. Une distance invisible se crée et, parfois, d'un simple clic, ces jeunes âmes se tournent vers les foules du monde virtuel en quête de validation.
Ce dont les enfants ont peut-être le plus besoin aujourd'hui, ce n'est pas le dernier smartphone, mais un adulte qui prenne le temps de s'asseoir avec eux ; non pas de nouvelles compétences, mais d'une véritable conversation. Un câlin, un merci, un regard confiant… ces petites choses en apparence anodines ont un pouvoir salvateur, car elles font que les enfants se sentent aimés et respectés. Et lorsqu'ils sont aimés, les enfants apprennent à aimer les autres.
Élever des enfants pour qu'ils deviennent de bonnes personnes à l'ère du numérique, c'est avant tout préserver leur humanité au sein de l'immensité des technologies. Les lois peuvent punir les actes répréhensibles, mais seuls l'amour et les valeurs morales peuvent prévenir le mal qui en est à la racine. Car, en fin de compte, quelles que soient les évolutions de la société, un enfant élevé dans l'amour ne recourra jamais à la violence pour affirmer sa personnalité. Et peut-être, dans ce cheminement qu'est l'éducation des enfants, les adultes eux-mêmes réapprennent-ils à être de bonnes personnes.


