L'Allemagne dépense 24 milliards d'euros en armements : pourquoi privilégie-t-elle les produits étrangers ?
Pour accélérer sa modernisation militaire d'ici 2025, l'Allemagne dépense des milliards d'euros pour acheter des armes aux États-Unis, à la République tchèque et à Israël, au lieu de s'appuyer uniquement sur la production nationale.
En 2025, l'Allemagne prévoit de consacrer environ 24 milliards d'euros à l'acquisition d'équipements militaires afin de moderniser ses forces armées (Bundeswehr). Selon le rapport sur l'équilibre de la défense, l'armée allemande met en œuvre 149 projets d'acquisition, bénéficiant de financements provenant de fonds spéciaux et de procédures administratives simplifiées approuvées par le Parlement fédéral (Bundestag).
Une stratégie combinant forces internes et externes.
L'armée allemande ne se contente pas de s'appuyer sur des armements de fabrication nationale, mais diversifie activement ses sources d'approvisionnement. Si des projets nationaux clés, tels que le véhicule de combat d'infanterie Puma (fabriqué par KNDS Deutschland et Rheinmetall Landsysteme), continuent d'être livrés, les achats auprès de fournisseurs internationaux représentent toujours une part importante de ses approvisionnements.

Malgré sa préférence pour les fournisseurs européens, l'Allemagne conserve environ 8 % de la valeur de ses contrats avec les États-Unis pour des domaines où ses capacités nationales sont insuffisantes. Parmi les systèmes clés figurent le chasseur furtif F-35A, l'avion de reconnaissance maritime P-8A Poseidon et le missile de croisière Tomahawk. Le F-35A a notamment été choisi pour sa capacité à emporter la bombe nucléaire américaine B61-12, une exigence stratégique du programme de partage nucléaire de l'OTAN.
En Europe, l'Allemagne a signé un contrat pour remplacer son pistolet P8 par le modèle tchèque CZ P13. Concernant la défense antimissile, outre le système IRIS-T de fabrication nationale, Berlin investit également dans le système Arrow-3, développé conjointement par les États-Unis et Israël.
Obstacles liés au temps et à la technologie
Pour expliquer l'absence de production nationale complète, les experts militaires avancent que le facteur temps est primordial. L'expert en sécurité Christian Molling estime que la construction de nouvelles usines et chaînes de production nationales pour des armes de base comme les pistolets exigerait trop de temps et d'investissements initiaux.
Parallèlement, les projets de collaboration à long terme, tels que le Système de combat aérien du futur (FCAS) entre la France, l'Allemagne et l'Espagne, se heurtent à de nombreux obstacles. Les désaccords entre Airbus et Dassault Aviation concernant les rôles de leadership ont ralenti leur avancement. Le FCAS devrait effectuer ses premiers vols d'essai en 2030 et être opérationnel d'ici 2040.
Le défi de l'équilibre politique et de la normalisation au sein de l'OTAN.

L'acquisition d'armements étrangers vise également à renforcer l'harmonisation au sein de l'OTAN et de l'Union européenne (UE). Le général Ben Hodges, ancien officier supérieur de l'armée américaine, a affirmé que la priorité absolue de la Bundeswehr devait être de disposer des meilleures capacités de combat possibles, indépendamment de l'origine des armes. L'UE encourage par ailleurs les achats groupés afin de réduire la fragmentation du marché des équipements militaires et d'améliorer la coordination lors des opérations multinationales.
Cependant, des pressions politiques émanant des États-Unis sont également présentes. Le secrétaire d'État adjoint américain, Christopher Landau, avait mis en garde les nations européennes contre le risque de privilégier excessivement leurs industries nationales au détriment des fournisseurs américains, insistant sur l'objectif de traduire les dépenses en capacités de combat réelles sur le champ de bataille.


