N'obligez pas les enfants à grandir dans la souffrance.
L'éducation, en définitive, n'est pas un processus d'asservissement ou de destruction de la personnalité, mais un cheminement visant à aider chacun à comprendre qui il est et quelle est sa valeur. Une éducation qui perd le moindre respect pour la dignité humaine n'est plus une éducation, quels que soient les beaux noms qu'on lui donne.

Phuoc Anh• 6 janvier 2026
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Au début de l'année, l'incident survenu au centre social Hai Ha, dans la province de Quang Ninh, a profondément choqué et indigné la population. Un enfant y avait été amené par sa famille, espérant y trouver aide, correction et conseils face aux premiers pas difficiles de l'adolescence. Finalement, il est rentré chez lui le corps sans vie, couvert de bleus. Cette mort tragique a mis fin à une vie fragile et a soulevé une question cruciale que la société ne peut ignorer : quel enseignement donnons-nous à nos enfants ?
Cette douleur ne se limite pas à la tragédie d'une seule famille. Elle laisse un sentiment de malaise persistant chez de nombreux parents, car chacun a pu, dans un moment de désespoir, envisager d'envoyer son enfant dans un établissement spécialisé, croyant qu'une discipline stricte résoudrait tout. Et aussi parce que notre société est depuis longtemps habituée à considérer le principe « qui aime bien châtie bien » comme un élément essentiel de l'éducation.

Pour beaucoup, l'éducation reste synonyme de rigueur, voire de punition. Plus un enfant est désobéissant, plus la punition est sévère. Plus un enfant est rebelle, plus il faut le contraindre à se conformer. Tous les enfants ne sont pas ainsi, mais certains, avant même de comprendre leurs erreurs, sont forcés d'apprendre à se taire et à se soumettre, voire humiliés, pour survivre. Certains enfants n'ont jamais été écoutés, et pourtant on exige d'eux une obéissance absolue.
La frontière entre discipline et violence, entre amour et coercition, s'estompe ainsi. Une véritable discipline aide les enfants à comprendre les conséquences de leurs actes et à apprendre à assumer leurs responsabilités avec respect ; la violence, en revanche, ne fait qu'engendrer la peur. Lorsque la peur devient un outil d'éducation, il ne reste plus que la soumission et non le progrès. Un enfant peut rester immobile, ne pas protester, obéir comme le souhaitent les adultes, mais intérieurement, qui sait combien de souffrance et de repli sur soi il peut cacher ?
Nous nous contentons souvent de résultats immédiats. Un enfant rebelle qui se calme est considéré comme ayant changé. Un enfant qui ne proteste plus est perçu comme ayant progressé. Prenons-nous en compte que ce silence est parfois simplement le signe qu'il a appris que s'exprimer lui vaudra des souffrances, que cette obéissance découle de la peur d'une punition ?

Le plus effrayant, c'est lorsque la violence se dissimule sous couvert d'éducation et d'aide sociale. Quand l'agresseur est aussi celui qui a le pouvoir de discipliner, l'enfant se retrouve presque sans issue. Il en vient facilement à croire qu'il mérite ce traitement. Il doute de ses propres sentiments, de son identité et de sa famille. Ses familles, désemparées face à l'urgence de la situation, se raccrochent sans difficulté aux promesses que « l'enfant se tiendra bien ».
Dans de telles circonstances, les adultes oublient souvent un fait fondamental : aucun enfant ne naît mauvais par nature. Les comportements déviants ne sont que la partie émergée d’un iceberg de souffrance, de privation, d’insécurité et d’isolement. Lorsque les adultes manquent de patience et de compréhension pour explorer et traiter ces aspects cachés, ils choisissent de refouler la partie visible, et le moyen le plus rapide d’y parvenir est la violence.
Le traumatisme causé par la violence ne disparaît pas lorsque l'enfant quitte ce milieu ; il le poursuit longtemps, parfois toute sa vie. Certains enfants grandissent dans un état d'alerte constant, toujours sur le qui-vive, prêts à recevoir un coup invisible. D'autres deviennent insensibles, ne connaissant plus ni la tristesse ni la joie. D'autres encore apprennent à recourir à la violence contre autrui, car c'est le seul moyen qu'on leur ait jamais enseigné pour résoudre les conflits.
L'incident survenu au centre de travail social de Hai Ha a incité les autorités à mener un examen approfondi des structures similaires. Ce seul fait démontre qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé, mais révèle une lacune dans la manière dont la société conçoit, gère et encadre les dispositifs d'intervention auprès des enfants. En l'absence de normes professionnelles, de formation en psychologie et de supervision adéquate, des lieux créés avec de bonnes intentions peuvent facilement se transformer en espaces de punition et de maltraitance.
Il existe une vérité douloureuse que la société doit affronter : nous nous sommes trop habitués à justifier la violence par des objectifs en apparence justes. Nous acceptons sans problème de faire du mal à un enfant si nous pensons que cela le rendra meilleur, mais en réalité, la peur n’encourage pas un développement sain et l’humiliation et les menaces ne forgent pas un caractère durable.
L'éducation, en définitive, n'est pas un processus d'asservissement ou de destruction de la personnalité, mais un cheminement visant à aider chacun à comprendre qui il est et quelle est sa valeur. Une éducation qui perd le moindre respect pour la dignité humaine n'est plus une éducation, quels que soient les beaux noms qu'on lui donne.
La tristesse, la colère et le chagrin sont des émotions compréhensibles lorsqu'on évoque cet incident, mais ces sentiments s'estomperont rapidement, bientôt éclipsés par le flot quotidien d'informations sensationnalistes. Dès lors, la question cruciale est de savoir si la société ose affronter les causes de cette tragédie, si elle ose abandonner la croyance profondément ancrée que les châtiments corporels sont le seul moyen inévitable pour les enfants de corriger leurs erreurs, et si elle ose reconnaître que nombre d'enfants n'ont pas besoin d'être disciplinés par des châtiments corporels, mais simplement d'être écoutés et compris.
Un enfant ne peut grandir que lorsqu'il se sent en sécurité. En sécurité pour exprimer ses peurs. En sécurité pour faire des erreurs. En sécurité pour être traité comme un être humain à part entière, et non comme un « problème » à régler. Si la société persiste à confondre éducation et punition, des tragédies comme celle du Centre de travail social de Hai Ha ne seront pas le dernier signal d'alarme. Alors, la douleur ne se limitera pas à un seul enfant. Elle laissera une cicatrice indélébile sur la conscience de toute la communauté.


