Utiliser l'énergie comme « tactique » : une arme à double tranchant.

December 5, 2014 10:36

(Baonghean.vn) – La chute des cours mondiaux du pétrole et l'abandon du projet South Stream ont été les principaux sujets d'actualité internationale de la semaine dernière. Ces deux événements ont en commun la question énergétique et sont clairement le fruit d'un cercle vicieux de sanctions et de représailles entre la Russie et l'Occident. Cependant, instrumentaliser l'énergie à des fins politiques est une arme à double tranchant.

L'annulation du projet South Stream est la preuve la plus flagrante des conséquences des mesures de rétorsion prises entre la Russie et l'Union européenne. La décision du président russe Vladimir Poutine de suspendre le projet South Stream face à l'opposition européenne a suscité des réactions mitigées. Certains y voient un revers pour la Russie, tandis que d'autres estiment qu'il s'agissait d'une manœuvre calculée du Kremlin, dont l'Europe a finalement subi les conséquences les plus graves. Bien entendu, chaque point de vue repose sur des éléments objectifs.

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Image illustrative

En réalité, le projet « South Stream » est depuis longtemps considéré comme un rêve cher au président russe Vladimir Poutine. Lancé en décembre 2012, ce projet prévoit le transport de 63 milliards de mètres cubes de gaz naturel de Russie vers l'Europe centrale et méridionale, en contournant l'Ukraine. Le gazoduc traversera la mer Noire et les Balkans, atteignant la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, l'Autriche, pour finalement se raccorder au réseau européen de gazoducs en Italie. S'il se concrétise, la Russie gagnera en indépendance énergétique vis-à-vis de l'Ukraine. Par ailleurs, la Russie poursuit un autre objectif caché derrière le projet South Stream.

L'approvisionnement en gaz naturel de la Russie couvre un tiers des besoins de l'UE. Si la Russie avait mis en service le gazoduc South Stream, elle aurait augmenté ses livraisons de gaz à l'Europe de 25 %. Cela aurait permis à Moscou d'accroître son influence en Europe grâce au secteur énergétique. Cependant, les événements en Ukraine et la dégradation des relations russo-européennes ont empêché le déroulement des opérations. De toute évidence, la suspension du projet South Stream constitue un échec pour la Russie dans sa tentative de rendre l'Europe dépendante d'elle sur le plan énergétique.

De plus, la perte immédiate pour la Russie est que Gazprom a dépensé 4,66 milliards de dollars pour ce gazoduc au cours des trois dernières années, une somme désormais perdue. Dans un contexte de récession économique due aux sanctions occidentales, cette situation est particulièrement malvenue pour Moscou. Bien que la Russie ait immédiatement proposé une solution alternative – la construction d'un nouveau gazoduc, baptisé Green Stream, reliant la Russie à l'Europe via la Turquie – ce projet semble lui aussi nécessiter beaucoup de temps et des investissements considérables.

Toutefois, du point de vue des pays européens, la décision d'interrompre le projet South Stream, contraignant la Russie à l'annuler, s'est avérée contre-productive. Bien que l'Union européenne (UE) cherche depuis longtemps à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, notamment depuis la crise ukrainienne, trouver des sources d'énergie alternatives s'est révélé difficile. La maîtrise de l'énergie est un défi de taille compte tenu des impératifs de croissance des économies européennes. Dépendre de l'énergie fournie par son allié, les États-Unis, est encore plus complexe, car l'aide à distance est souvent insuffisante. Par conséquent, immédiatement après la décision de la Russie d'annuler le projet South Stream, les dirigeants européens se sont inquiétés, et l'UE pourrait même connaître des dissensions internes sur cette question.

La Commission européenne a demandé que les négociations sur le projet de gazoduc South Stream débutent le 9 décembre. Selon Jérôme Ferrie, président de l'Union internationale des industries gazières (UIG), l'Europe ne peut se passer de son approvisionnement en gaz russe. Une fois la situation en Ukraine stabilisée, l'UE constatera l'importance cruciale de ces gazoducs pour la stabilité du continent. Ainsi, l'utilisation de l'énergie comme levier dans la guerre des sanctions mutuelles ne semble avoir apporté aucune victoire ni à la Russie ni à l'UE. En réalité, chaque camp subit des revers.

De même, la chute des prix du pétrole la semaine dernière à leur plus bas niveau en cinq ans a suscité des inquiétudes quant à l'état du marché de l'énergie. Certains analystes estiment que les États-Unis et leurs alliés manipulent le marché pétrolier mondial. Les États-Unis cherchent à faire baisser les prix du pétrole en influençant leurs alliés producteurs, dans le but de fragiliser la Russie – pays avec lequel Washington est en désaccord sur la situation en Ukraine – comme ils l'ont fait il y a 30 ans avec l'Union soviétique. Naturellement, la chute des prix du pétrole a fortement impacté la Russie, amenant ses dirigeants à reconnaître officiellement, pour la première fois, le risque de récession économique. Cependant, à l'inverse, cette baisse n'est pas de bon augure pour les États-Unis. Ces derniers ne profitent pas de cette chute des prix car le coût d'extraction du pétrole de schiste est très élevé. Aux prix actuels du pétrole, les États-Unis subissent des pertes, et non des profits.

En résumé, le recours à la force en politique est une arme à double tranchant. Par conséquent, personne n'en sort véritablement gagnant.

Thanh Huyen

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Article paru dans le journal Nghe An

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Utiliser l'énergie comme « tactique » : une arme à double tranchant.
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