L'UE va renforcer les restrictions concernant les réseaux sociaux et les jeux en ligne pour les enfants de moins de 15 ans.
La Commission européenne devrait annoncer une nouvelle « loi européenne sur les enfants », qui limiterait l'âge et restreindrait l'accès aux réseaux sociaux, aux jeux en ligne et aux chatbots d'IA pour les enfants de moins de 15 ans. Les plateformes technologiques s'exposeraient à des amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d'affaires annuel en cas de violation de la loi.

Les règles de classification par âge du projet de loi « EU KIDS Act ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la vice-présidente chargée de la technologie, Henna Virkkunen, présenteront officiellement le « EU KIDS Act » à Strasbourg. Selon le projet de loi dévoilé, les 27 États membres établiront un système hiérarchisé d'accès au numérique, placé sous stricte supervision parentale. Les restrictions seront appliquées progressivement en fonction de l'âge de l'enfant. Les enfants de moins de 3 ans seront totalement interdits d'accès aux réseaux sociaux. Les enfants de 3 à 13 ans pourront uniquement utiliser des comptes adaptés aux enfants, sous le contrôle total de leurs parents. Pour les adolescents de 13 à 15 ans, seuls des comptes d'essai basiques sur les réseaux sociaux et les plateformes vidéo pourront être ouverts par leurs parents. Ces comptes auront des fonctionnalités et une durée d'utilisation limitées, et resteront sous la supervision parentale. TLes enfants âgés de 15 ans et plus sont autorisés à ouvrir des comptes sur les réseaux sociaux, les applications d'IA et les jeux vidéo.
Par ailleurs, l'UE exige l'interdiction totale des fonctionnalités susceptibles de créer une dépendance chez les enfants. Les plateformes qui ne respectent pas cette exigence s'exposent à de lourdes amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d'affaires annuel mondial.
Cette décision de l'UE intervient dans un contexte de pression croissante sur les décideurs politiques du monde entier face aux rapports faisant état des effets néfastes du cyberespace sur la santé mentale des jeunes. L'année dernière, l'Australie a été pionnière en interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, ouvrant la voie au Canada et à de nombreux autres pays qui envisagent des mesures similaires.
En Europe, Ursula von der Leyen a bénéficié d'un soutien important de la France, du Danemark et de la Grèce. Bien que l'UE ait déjà appliqué la loi sur les services numériques (DSA) pour contraindre TikTok et Meta à modifier leurs conceptions, Bruxelles a estimé que les cadres juridiques actuels n'étaient toujours pas suffisamment dissuasifs.
Polémique autour du respect de la vie privée et de la faisabilité.
Malgré le soutien de la grande majorité des États membres et d'une vingtaine d'organisations européennes de défense des droits des consommateurs, la nouvelle proposition se heurte encore à une forte opposition. Des experts s'inquiètent de l'outil de vérification de l'âge que l'UE s'apprête à mettre en œuvre. Agustin Reyna, représentant de l'Organisation européenne des consommateurs (BEUC), a averti que ce mécanisme n'est pas une solution miracle et pourrait présenter de graves risques pour la protection des données personnelles. La France avait déjà tenté d'interdire l'utilisation des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais sa tentative a été rejetée par la justice pour atteinte à la liberté d'expression, contraignant le gouvernement à soumettre une nouvelle proposition d'amendement. De son côté, Siméon de Brouwer, représentant d'une association de défense des droits numériques, a fait valoir que les restrictions d'âge ne s'attaquent pas au fond du problème, mais ne font que retarder l'exposition des enfants aux risques du cyberespace. Les analystes estiment que l'UE doit s'attacher à contraindre les entreprises technologiques à sécuriser l'environnement en ligne plutôt que de se contenter d'imposer des limites d'âge.


