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L'UE accélère l'élargissement de ses membres : une décision stratégique

Diep Khanh November 6, 2025 08:12

L’Union européenne (UE) pourrait accueillir de nouveaux membres d’ici 2030 – une déclaration très importante de la Commission européenne lors du récent sommet élargi de l’UE à Bruxelles, en Belgique. Cette déclaration révèle les profonds calculs stratégiques de l’Europe dans un contexte de concurrence géopolitique mondiale de plus en plus féroce.

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L'annonce par la Commission européenne de la possibilité d'admettre de nouveaux membres d'ici 2030 marque un tournant majeur dans la réflexion stratégique de l'Union européenne. Après près de deux décennies d'élargissement au point mort depuis l'adhésion de la Croatie en 2013, Bruxelles semble prête pour une nouvelle phase d'intégration : plus profonde, plus rapide, mais aussi plus prudente. Dans un contexte géopolitique en pleine mutation, notamment suite au conflit russo-ukrainien, l'élargissement revêt non seulement une importance politique considérable, mais constitue également une option défensive. L'UE est consciente qu'une Europe institutionnellement unie est bien plus forte qu'un continent fragmenté.

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Les calculs stratégiques de l'UE en matière d'élargissement de son effectif. Photo : Intelli News

Suite à l'opération militaire spéciale russe en Ukraine en 2022, les pays des Balkans et d'Europe de l'Est ont plus que jamais pris conscience de l'urgence de l'intégration européenne. Pour Bruxelles, c'était également l'occasion de renforcer la « ceinture de stabilité » autour de sa frontière orientale, où l'instabilité risquait de se propager davantage à l'intérieur des terres. La Commission européenne a donc inclus dix pays – le Monténégro, l'Albanie, l'Ukraine, la Moldavie, la Serbie, la Macédoine du Nord, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Turquie et la Géorgie – dans sa liste de partenaires clés. Le Monténégro et l'Albanie étaient considérés comme ayant réalisé des progrès remarquables, tandis que la Serbie et la Géorgie étaient perçues comme étant à la traîne, voire en régression, en matière de réformes démocratiques. Cette stratégie d'élargissement de l'UE ne consistait pas simplement à ouvrir ses portes à de nouveaux membres, mais s'inscrivait dans un processus assorti de conditions strictes. L'UE met l'accent sur le principe d'« adhésion fondée sur les résultats », ce qui signifie que seuls les pays qui satisfont aux normes en matière d'État de droit, de démocratie et de capacités administratives seront admis. Cette approche vise à éviter de reproduire les erreurs du passé, lorsque certains nouveaux membres ont eu tendance à s'éloigner des valeurs fondamentales de l'Union après leur adhésion. Afin de garantir cela, une « période probatoire » pour les nouveaux pays a été proposée lors de la conférence. En vertu de cette période, l’adhésion des nouveaux membres pourrait être suspendue en cas de violation grave des principes démocratiques ou de l’État de droit de l’UE.

En réalité, l'élargissement de l'UE met à l'épreuve son leadership et son attractivité dans un contexte de compétition mondiale pour l'influence. Alors que la Chine renforce sa présence dans les Balkans par le biais d'investissements dans les infrastructures et que la Russie maintient son influence politique en Serbie, le signal clair de l'élargissement de l'UE démontre que l'Union demeure une puissance centrale qui façonne l'ordre européen. Parallèlement, des plans de soutien financier massifs, tels que le plan de croissance de 6 milliards d'euros pour les Balkans occidentaux, les 1,9 milliard d'euros pour la Moldavie et les 50 milliards d'euros pour l'Ukraine, sont mis en œuvre non seulement pour soutenir le développement économique, mais aussi pour renforcer les liens politiques entre les États candidats et l'UE. Les dirigeants européens eux-mêmes reconnaissent que l'élargissement ne se résume pas à une simple volonté d'adhésion, mais constitue également une opportunité pour l'UE de démontrer sa capacité d'adaptation à cette nouvelle ère. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a affirmé que chaque élargissement renforce l'Union si elle accroît sa taille tout en consolidant ses valeurs fondamentales.

Ainsi, cette nouvelle vague d'élargissement se mue en une double stratégie pour l'UE : renforcer son pouvoir interne et étendre son influence externe. Toutefois, derrière cette confiance se cachent de nombreux défis : divisions politiques, réserves de certains États membres et la question cruciale de la capacité à intégrer de nouveaux membres au sein d'une Union déjà complexe. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'ambition particulière de l'Ukraine, qui souhaite adhérer à l'UE plus tôt que prévu.

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La haute-commissaire européenne aux affaires étrangères, Kaja Kallas, répond aux questions de la presse concernant l'élargissement de l'UE. Photo : EPA

Les ambitions de l'Ukraine

L'Ukraine est le pays le plus fréquemment cité dans le rapport de la Commission européenne sur l'élargissement de l'UE en 2025. D'un point de vue stratégique, l'adhésion de l'Ukraine à l'UE a d'immenses implications en matière de sécurité. Une Ukraine profondément intégrée deviendrait un bouclier géopolitique, renforçant la sécurité de tout le flanc oriental de l'UE. Malgré le conflit en cours avec la Russie, l'Ukraine a fait preuve d'une forte détermination à se réformer, à s'intégrer et à se rapprocher de l'adhésion à l'UE. Le président Volodymyr Zelenskyy considère l'adhésion à l'Union avant 2030 comme un objectif stratégique, non seulement sur le plan économique, mais aussi politique et sécuritaire. Dans son rapport annuel, l'UE a estimé que l'Ukraine avait réalisé des « progrès significatifs » en matière de gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption. Cependant, l'UE a souligné que l'Ukraine devait continuer à renforcer l'État de droit, à garantir l'indépendance du pouvoir judiciaire et à poursuivre des réformes administratives durables.

Le principal défi auquel l'Ukraine est confrontée aujourd'hui est de maintenir le rythme des réformes malgré un conflit prolongé. De plus, l'Ukraine fait face à des obstacles institutionnels. Toute décision d'élargissement de l'UE requiert l'accord unanime des 27 États membres, un objectif difficile à atteindre actuellement. La Hongrie reste fermement opposée à l'ouverture de nouveaux groupes de négociation avec l'Ukraine, ce qui entraîne des retards constants dans le processus. Pour surmonter cet obstacle, la Commission européenne envisage des mesures plus souples, comme la séparation des processus moldave et ukrainien ou le recours à un mécanisme de vote à la majorité conditionnelle.

Anh EU 3 - The Guardian
Le président Zelensky est confiant quant aux progrès de l'Ukraine vers l'adhésion à l'UE.

Néanmoins, les experts estiment que l'objectif ukrainien d'adhérer à l'UE avant 2030 relève davantage du symbole que de la réalité. Même dans le scénario le plus optimiste, les négociations pourraient durer au moins jusqu'en 2028, tandis que la ratification par les parlements nationaux prend généralement plusieurs années. Sans réformes profondes de part et d'autre – l'UE et l'Ukraine – l'échéance de 2030 sera difficile à atteindre. L'important, dans le plan récemment annoncé par l'UE, est que ce processus a insufflé une nouvelle dynamique politique à l'Europe. En fixant une date butoir précise, l'UE envoie le message que la porte est ouverte – à condition que les candidats soient suffisamment déterminés. Pour l'Ukraine, cette promesse est une source d'encouragement considérable, contribuant à maintenir la confiance et la volonté de réformer dans le contexte du conflit persistant avec la Russie.

L’objectif de l’Union européenne d’admettre de nouveaux membres d’ici 2030 témoigne de son ambition de redessiner la carte des puissances du « vieux continent ». Cette vague d’élargissement constitue un test non seulement pour des candidats comme l’Ukraine, la Moldavie ou l’Albanie, mais aussi pour l’UE elle-même : il s’agit de vérifier si l’Union est capable à la fois de s’étendre et de maintenir son efficacité. En cas de succès, l’Europe entrera dans une nouvelle ère : une Union de plus de 30 pays, s’étendant de l’Atlantique à la mer Noire, devenant une superpuissance plus forte et ayant davantage son mot à dire dans l’ordre mondial. Mais en cas d’échec, l’UE risque l’autodestruction, les États membres étant en désaccord sur le rythme et l’étendue de l’intégration.

Article paru dans le journal Nghe An

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