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G20 : Le monde continue de tourner même sans les États-Unis.

Hoang Bach November 26, 2025 19:02

L'absence du président américain Donald Trump au sommet du G20 était perçue comme un coup dur porté au prestige du plus grand forum économique mondial. Pourtant, à Johannesburg, c'est tout le contraire qui s'est produit. Une déclaration commune a été publiée, des poignées de main ont été échangées, et 19 économies (Argentine exclue), ainsi que l'Union africaine (UA), ont envoyé un message fort : le monde continue d'avancer, même lorsque la première superpuissance mondiale choisit de rester à l'écart.

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Les dirigeants et les délégués posent pour une photo de groupe le premier jour du sommet du G20 à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 22 novembre. Photo : Reuters


La fermeté de Pretoria

Lorsque le président sud-africain Cyril Ramaphosa a frappé le marteau pour déclarer la clôture du sommet du G20 le 23 novembre, ce fut un cri de soulagement et de fierté parmi les pays du Sud. Pour la première fois, le G20 se tenait sur le continent africain, et ce fut une rare occasion où une déclaration commune historique sur les inégalités et le changement climatique fut adoptée, malgré le boycott public de Washington.

Le sommet du G20 de 2025 à Johannesburg se déroule dans un contexte géopolitique complexe. Le président américain Donald Trump a décidé de boycotter l'événement en raison d'allégations de mauvais traitements infligés à la minorité blanche par le gouvernement sud-africain, majoritairement noir, ce que l'Afrique du Sud dément. Cette décision, conjuguée à l'absence du président argentin Javier Milei, proche allié de Trump, place l'Afrique du Sud, pays hôte, dans une situation délicate.

Dans les instances multilatérales comme le G20, le principe du consensus est généralement primordial. L'opposition d'un seul membre, surtout d'une superpuissance comme les États-Unis, suffit souvent à faire capoter tout accord. La Maison Blanche a même accusé l'Afrique du Sud d'instrumentaliser sa présidence pour saper les principes fondamentaux du bloc. Cependant, le président Ramaphosa et les diplomates sud-africains ont opté pour une autre voie : ne pas faire de concessions pour plaire à Washington, mais s'attacher à trouver un terrain d'entente avec le reste du monde.

Le résultat fut un précédent rare : une déclaration commune de 122 points fut publiée dès le premier jour de la conférence. Ce document abordait non seulement des questions épineuses telles que le changement climatique et les énergies renouvelables, mais proposait aussi, pour la première fois, la création d’une commission mondiale chargée de lutter contre les inégalités. Ce fut un atout diplomatique considérable. Au lieu de laisser la conférence s’effondrer en raison de l’absence des États-Unis, les pays membres restants (dont des alliés traditionnels des États-Unis comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et le Japon) choisirent d’aller de l’avant.

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Le président sud-africain Cyril Ramaphosa. Photo : Reuters


L’Europe choisit la réalité et la voix du Sud.

L'un des faits marquants de la conférence de Johannesburg a été l'attitude des puissances européennes. Confrontée au choix entre soutenir ses alliés transatlantiques et préserver l'efficacité du G20, l'Europe a opté pour la seconde solution. Le chancelier allemand Friedrich Merz a dressé un constat franc et réaliste, affirmant que les États-Unis n'avaient joué qu'un « rôle mineur » à cette conférence et que le monde était en pleine réorganisation. Merz a souligné : « L'absence du gouvernement américain n'est pas une bonne décision. Mais c'est une décision que le gouvernement américain doit prendre lui-même. » Cette déclaration traduit une évolution subtile mais significative du soft power. Les puissances moyennes et les pays occidentaux sont de plus en plus lassés de l'imprévisibilité de la politique « L'Amérique d'abord ». Le fait que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni aient signé une déclaration commune, axée sur les priorités des pays en développement telles que le financement climatique et l'éradication de la pauvreté, montre qu'ils ont bien compris que, pour maintenir leur influence mondiale, ils ne peuvent ignorer la voix du Sud, même si cela implique un décalage temporaire avec Washington.

Le succès du sommet du G20 à Johannesburg a également résidé dans la mise en lumière des enjeux cruciaux des pays en développement. Première nation africaine à occuper la présidence, l'Afrique du Sud a pleinement profité de cette occasion pour faire progresser le programme de développement. Le monde est confronté à une crise de la dette publique sans précédent. Les chiffres montrent que la dette des économies émergentes a atteint un niveau record de plus de 100 000 milliards de dollars. Rien qu'en Afrique, le Fonds monétaire international (FMI) avertit qu'une vingtaine de pays sont en grande difficulté financière ou présentent un risque élevé de défaut de paiement, ce qui paralyse les budgets alloués à la santé, à l'éducation et au développement. Le G20 a lancé un « Cadre commun » en 2020 pour s'attaquer au problème de la dette, mais les progrès concrets sont très lents. À Johannesburg, la déclaration conjointe a souligné la nécessité de réformer l'architecture financière internationale, afin de faciliter l'accès des pays pauvres à l'endettement et aux capitaux verts. Bien que le G20 ne soit pas une institution financière habilitée à octroyer des financements directs, son poids politique est indéniable. Parvenir à un consensus sur la dette et le financement climatique en Afrique du Sud jettera les bases de négociations ultérieures au FMI et à la Banque mondiale.

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Les dirigeants posent pour une photo de groupe lors du sommet du G20 à Johannesburg, en Afrique du Sud. Photo : Reuters

Le multilatéralisme est-il en train de mourir ou d'évoluer ?

Malgré quelques victoires symboliques, le sommet du G20 s'est achevé sur une note délicate, notamment lors de la passation de la présidence aux États-Unis. La cérémonie de remise du maillet, symbole de continuité et de coopération, s'est transformée en une maladroite mascarade diplomatique. Le président Ramaphosa a refusé de remettre le maillet à un fonctionnaire subalterne de l'ambassade américaine, jugeant cela irrespectueux. Les États-Unis n'ont par ailleurs dépêché aucune délégation de haut niveau. Il en a résulté un vide lors de la clôture…

Les événements de Johannesburg soulèvent une question majeure quant à l'avenir du multilatéralisme. Le G20 peut-il survivre et fonctionner efficacement alors que la première économie mondiale choisit d'aller à contre-courant ? La réponse est peut-être affirmative. Cette conférence a démontré que le G20 n'est pas seulement une tribune pour les États-Unis et leurs alliés du G7. L'essor des économies émergentes (BRICS), la participation de l'Union africaine et le pragmatisme des pays européens redessinent la structure de l'organisation. Force est de constater que le monde a changé. Les nations n'attendent plus passivement qu'une seule superpuissance prenne les rênes. Le départ des États-Unis laisse un vide de pouvoir, et d'autres pôles sont prêts à le combler. La Déclaration de Johannesburg, même sans la signature des États-Unis, conserve une valeur de référence importante pour les politiques mondiales de l'année à venir. Cependant, les défis de 2026 sont considérables. La présidence américaine pourrait remettre en cause ou geler nombre des acquis de l'Afrique du Sud. Les experts prévoient une période d'attentisme, où les nations attendront la fin de la présidence américaine avant de relancer leurs programmes l'année suivante. Mais il y a aussi une lueur d'espoir : le programme américain, malgré les divergences idéologiques, présente encore des points de convergence avec des intérêts communs tels que la croissance économique et la stabilité financière.

Le sommet du G20 en Afrique du Sud restera gravé dans l'histoire diplomatique, non seulement parce qu'il s'agissait de la première édition organisée sur le continent africain, mais aussi parce qu'il a marqué un tournant dans la mentalité de la communauté internationale. La victoire du multilatéralisme à Johannesburg ne s'est pas traduite par un triomphe retentissant, mais plutôt par la persévérance et la détermination nécessaires pour surmonter les divisions et maintenir vivante la flamme de la coopération. Dans un monde turbulent, le fait que les nations aient pu se réunir et trouver un terrain d'entente, même sans l'influence prépondérante des États-Unis, est un signe encourageant. Cela confirme que le besoin de coopération mondiale prime sur les intérêts particuliers de chaque nation. Le G20 est certes fragilisé par les clivages géopolitiques, mais Johannesburg a prouvé que cette instance demeure dynamique et suffisamment adaptable pour survivre dans cette nouvelle ère.

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Article paru dans le journal Nghe An

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