Garrincha 1962 : a mené à lui seul le Brésil à la défense de son titre.
En l'absence de Pelé, blessé, Garrincha a explosé : il a vaincu l'Angleterre, battu le Chili, pays hôte, échappé à une suspension pour jouer la finale, contribué à la victoire 3-1 du Brésil contre la Tchécoslovaquie et remporté le Soulier d'or avec 4 buts et le Ballon d'or.
Lorsque Pelé quitta la Coupe du monde 1962 sur blessure, le Brésil se retrouva face à un vide immense. D'abord cantonné à un rôle de soutien sur l'aile droite, Garrincha bénéficia d'une liberté totale et transforma le tournoi chilien en une performance personnelle remarquable : il élimina l'Angleterre en quarts de finale, puis le Chili, pays hôte, en demi-finales, échappa à une suspension avant la finale et contribua à la victoire 3-1 du Brésil face à la Tchécoslovaquie, permettant ainsi au Brésil de conserver son titre. Il couronna cet été exceptionnel en remportant le Soulier d'or (4 buts) et le titre de meilleur joueur.

La chute de Pelé et l'impulsion qui lui a permis d'accéder à un rôle de premier plan.
En 1962, le Brésil, tenant du titre, arrive au Chili, tous les espoirs reposant sur Pelé. Mais après un tir lointain contre la Tchécoslovaquie, il se tient l'aine et quitte le stade de Sausalito ; une déchirure aux ischio-jambiers met fin au tournoi pour « O Rei ». Les projecteurs se tournent alors vers lui. À 28 ans, Garrincha – autrefois considéré comme un élément clé du jeu de Pelé – bénéficie d'une plus grande liberté de la part du sélectionneur Aymore Moreira : il ne se contente plus de jouer sur l'aile, mais joue de manière instinctive.
Ce fut un tournant tactique. La liberté de mouvement de Garrincha a étiré le bloc défensif adverse, créant des triangles de passes et des espaces qui, auparavant, n'étaient accessibles qu'à Pelé.

Paradoxe du corps et percées en matière de rôles
Garrincha est né avec une colonne vertébrale en forme de S, les jambes arquées dans des directions opposées et la jambe gauche plus courte de 6 cm que la droite. Cette particularité, autrefois considérée comme un handicap, lui conférait un rythme imprévisible dans ses changements de direction. Une fois libéré de cette contrainte, il a transformé le match décisif de la phase de groupes contre l'Espagne en une démonstration de force : après un dribble qui a éliminé deux défenseurs, le centre millimétré de Mané a permis à Amarildo de marquer, sauvant ainsi le Brésil de l'élimination.

Quart de finale contre l'Angleterre : quand l'artiste joue dans les airs.
Face à l'Angleterre, une équipe disciplinée et bien organisée, Garrincha a bouleversé tous leurs plans défensifs. À la 31e minute, il s'est élevé dans les airs pour marquer de la tête le premier but, un exploit compte tenu de sa taille modeste. Après l'égalisation anglaise, son puissant coup franc a contraint le gardien Ron Springett à une erreur, permettant à Vava de reprendre le ballon et de marquer. Le tir enroulé de Garrincha, depuis l'extérieur de la surface, a scellé la victoire. Le lendemain, la presse anglaise écrivait : « Garrincha est la réponse brésilienne à Stanley Matthews, mais il est bien plus dangereux, imprévisible et sauvage. »

Demi-finale contre le Chili : une scène au cœur d'un véritable brasier.
Face au Chili, pays hôte, à Santiago, la pression et les accrochages se sont intensifiés. Garrincha a su transformer cette animosité en motivation : une frappe lointaine de son pied gauche, son moins bon, une tête et d'autres passes décisives ont permis au Brésil de s'imposer 4-2. Victime de fautes répétées sans protection, il a riposté et a écopé d'un carton rouge. En quittant le terrain, des projectiles lancés depuis les tribunes l'ont blessé et fait saigner – un moment tragique pour le héros solitaire.

Sortir de l'impasse et atteindre la finale : la gravité tactique.
Le carton rouge aurait dû priver Garrincha de la finale. Une campagne de lobbying fut immédiatement lancée ; le Premier ministre brésilien adressa un télégramme à la FIFA. Avant l’audience, l’arbitre assistant – seul témoin – quitta le tournoi. La FIFA se contenta finalement d’un avertissement, l’autorisant à jouer.
Lors du match revanche contre la Tchécoslovaquie en finale, Garrincha entra sur le terrain avec 39 degrés de fièvre. Il ne marqua pas, mais sa présence obligea les adversaires à le marquer à deux, voire à trois, libérant ainsi des espaces qu'Amarildo, Zito et Vava purent exploiter. Le Brésil s'imposa 3-1 et conserva son titre. Tactiquement, Garrincha exerçait une véritable « gravité » sur la défense adverse ; son impact dépassait largement les statistiques.
L'héritage de Mané
Garrincha a terminé le tournoi meilleur buteur (4 buts) et meilleur joueur. Il est devenu le premier et unique joueur de l'histoire de la Coupe du monde à remporter le Ballon d'or, le Soulier d'or et le Trophée d'or lors d'une même compétition, sans être accompagné d'une superstar.
Vingt-quatre ans avant Maradona en 1986, le football a vu un artiste de rue accéder au rang de roi au Chili en 1962. Avec un physique imparfait, Garrincha a joué un football quasi parfait pendant trois semaines mémorables – une joie pure et une victoire en Coupe du monde pour le Brésil.


