Solutions urgentes pour la restauration et le développement des forêts de Ky Son
(Baonghean.vn) - Selon les experts, le district de Ky Son (province de Nghe An) reste pauvre pour des raisons objectives telles que son relief complexe, son climat rigoureux, le manque de terres arables, les catastrophes naturelles et l'insuffisance des infrastructures dans de nombreuses zones. Sur le plan subjectif, une raison importante réside dans la sous-exploitation du potentiel économique de ses forêts.
La situation difficile actuelle
Le district de Ky Son est limitrophe de cinq districts appartenant à trois provinces de la République démocratique populaire lao : Hua Phan, Xieng Khouang et Bolikhamsai, sur une frontière de 192 km. Il possède l’altitude moyenne la plus élevée de la province, avec le pic Puxailaileng culminant à 2 711 m, point culminant de la province de Nghệ An et de toute la chaîne montagneuse de Truong Son septentrionale. Le district compte également de nombreux autres sommets élevés, tels que Pu Soong (2 365 m), Pu Tong (2 345 m) et Pu Long (2 176 m). Ky Son peut être considéré comme le « toit de Nghệ An ». Le district compte plus de 80 000 habitants, dont 95,9 % appartiennent aux ethnies Khmệ, Hmệ et Thaï.

Ces dernières années, grâce au soutien des investissements publics, aux contributions des organisations et des entreprises, et aux efforts de la population de tous les groupes ethniques du district de Ky Son, ce dernier a réalisé des progrès significatifs en matière d'infrastructures, de développement socio-économique, de sécurité et de défense nationale. Cependant, le district de Ky Son demeure parmi les plus pauvres du pays, avec un taux de pauvreté supérieur à 51 % (et de nombreuses communes affichant des taux dépassant les 70 %, comme Muong Tip et Muong Ai).
La principale raison pour laquelle Ky Son est aujourd'hui sorti de la pauvreté est que le district a su tirer parti de ses avantages comparatifs, notamment de ses terres forestières.

Le district de Ky Son a une superficie totale de 2 094,84 km².2Cela représente 12,64 % de la superficie totale de la province de Nghệ An. Selon l'état de l'occupation des sols en 2020 (données issues de la décision n° 383 du 29 septembre 2022, approuvant le plan d'aménagement du territoire du district de Ky Son jusqu'en 2030), la superficie des terres agricoles est de 203 288,29 hectares, soit 97,14 %. Sur ce total, les terres consacrées à la riziculture, aux cultures annuelles et aux cultures pérennes représentent 5 480,71 hectares, soit 2,62 % (dont 1 603,36 hectares de rizières, dont seulement 216,2 hectares de rizières irriguées).
La superficie forestière de Ky Son est de 197 792,71 hectares, soit 94,52 % (dont 116 801,54 hectares de forêt protégée et 80 991,17 hectares de forêt de production, dont 60 043,23 hectares de forêt de production naturelle).
D'après les chiffres ci-dessus, on constate que le principal atout du district de Ky Son réside dans le développement de ses forêts et de son économie forestière.
Cependant, malgré des efforts considérables pour la protection des forêts, les conséquences de nombreuses années d'agriculture sur brûlis pratiquée par les populations locales ont entraîné une déforestation importante dans le district de Ky Son, le taux de couverture forestière actuel n'étant que de 51,9 %. Ce taux est très faible pour un district montagneux, l'un des plus élevés de la province, avec des collines escarpées (comparativement aux districts de Tuong Duong, Que Phong et Quy Chau, dont les taux de couverture forestière dépassent tous 75 %).
De ce fait, le district de Ky Son subit chaque année des crues soudaines et des glissements de terrain, engendrant des pertes financières pour la population et détruisant des infrastructures déjà fragiles. Par ailleurs, la déforestation provoque la disparition des sources d'eau, l'érosion des sols et des glissements de terrain, entre autres.

L'agriculture sur les terres en pente est entravée par l'érosion et la dégradation des sols, la rareté de l'eau et la baisse des rendements. Faute d'autres sources de revenus, les populations cherchent à défricher de nouvelles zones forestières pour pratiquer l'agriculture sur brûlis. Ce cercle vicieux se perpétuera si une nouvelle approche n'est pas adoptée. Or, la quasi-totalité des forêts du district de Ky Son devrait être constituée de forêts de protection, principalement destinées à préserver les ressources en eau et les sols, à prévenir l'érosion, les glissements de terrain et les crues soudaines, à lutter contre la désertification, à atténuer les catastrophes naturelles, à réguler le climat, à contribuer à la protection de l'environnement, à la défense et à la sécurité nationales, et à promouvoir l'écotourisme.
Avec plus de 97 % de son territoire couvert de forêts, le district de Ky Son doit impérativement axer son développement sur la valorisation de l'économie forestière. Cette orientation permettra non seulement à la province et au district de Ky Son d'atténuer les risques de catastrophes naturelles telles que les inondations et les sécheresses, mais aussi de tirer parti des atouts du district, en créant des moyens de subsistance pour la population locale, compatibles avec ses savoirs ancestraux et son patrimoine culturel traditionnel. De plus, compte tenu des spécificités du district de Ky Son, cette approche offre la possibilité de vendre des crédits carbone et des services écosystémiques forestiers, et de développer l'économie au sein même de la canopée.
Solution
La mise en œuvre de cette orientation prendra du temps ; toutefois, dans l’immédiat, je crois qu’il convient de s’attaquer aux problèmes suivants :
Il est primordial de privilégier la protection des forêts protégées existantes du district. Compte tenu des effectifs limités actuellement disponibles pour la gestion et la protection des forêts, il est indispensable de promouvoir activement la délégation des responsabilités de gestion forestière aux communautés locales. Il est notamment essentiel de valoriser et de promouvoir les savoirs traditionnels des groupes ethniques en matière de protection des forêts (en particulier leurs coutumes et pratiques ancestrales). Un accompagnement et une formation doivent être proposés aux populations afin de les aider à comprendre et à mettre en œuvre efficacement la récolte et l'exploitation du bois et des produits non ligneux, ainsi qu'à organiser des activités touristiques, conformément à la loi forestière de 2017.

Deuxièmement, pour les surfaces forestières restantes, un plan de restauration forestière spécifique sera élaboré pour chaque région et commune, sur la base d'une analyse des conditions environnementales (topographie, types de sols et climat). Selon une étude menée par des scientifiques de l'Université de foresterie, environ 15,9 % de cette superficie (soit environ 15 000 hectares) présente de bonnes conditions environnementales, environ 29 % (soit 20 000 hectares) des conditions moyennes, et le reste des conditions médiocres.
De ce constat, les scientifiques forestiers recommandent : pour les zones présentant de bonnes conditions de site, organiser des clôtures et des protections pour permettre à la forêt de se régénérer naturellement, réduisant ainsi les coûts ; pour les zones présentant des conditions de site moyennes, combiner la clôture, la protection et la restauration avec la plantation de nouveaux arbres pour augmenter la densité ; et pour les zones présentant de mauvaises conditions de site, replanter complètement.
Troisièmement, nous proposons que le ministère de l'Agriculture et du Développement rural et le Comité populaire provincial désignent en priorité le district de Ky Son comme premier bénéficiaire du programme de vente de crédits carbone dans le cadre de l'Accord de paiement pour la réduction des émissions (ERPA) conclu avec le Fonds de partenariat pour le carbone forestier de la Banque mondiale, signé avec le ministère de l'Agriculture et du Développement rural en octobre 2020. Aux termes de cet accord, le Vietnam réduira de 10,3 millions de tonnes les émissions de carbone de six provinces de la région du Centre-Nord d'ici 2025 en échange de 51,5 millions de dollars.
Ce financement, conjugué à celui d'autres programmes, peut servir à apporter un soutien financier (compensation) aux populations locales pour la conservation, la protection, la restauration, la plantation et l'entretien des forêts, et ce jusqu'en 2030, en accordant une priorité particulière aux ménages les plus démunis. Afin de saisir cette opportunité, le ministère de l'Agriculture et du Développement rural et le Comité populaire du district de Ky Son sont priés d'accélérer le processus d'attribution des terres et des forêts et de promouvoir la mise en place des procédures nécessaires au respect des exigences de l'accord de vente de crédits carbone.
Quatrièmement, pour les zones forestières nouvellement plantées, outre les essences indigènes de grande taille (comme le cyprès et le sapin), il convient de privilégier certaines essences indigènes à usages multiples (dont les fruits et les feuilles peuvent être récoltés), telles que le Dipterocarpus, le châtaignier, le Terminalia chebula, le Terminalia catappa, le pommier sauvage et le pin rouge. Parallèlement, il est important de développer des essences adaptées à la sous-région tempérée du district de Ky Son, comme le poirier, le pêcher, le pommier et le plaqueminier.
Cinquièmement, il faudrait établir une feuille de route pour accroître la productivité (grâce à l'utilisation d'engrais à libération lente) et réduire progressivement (voire convertir totalement) la superficie cultivée en rizières pluviales. Avec un rendement moyen d'environ 1 tonne/ha (soit environ 10 millions de VND/ha/an), de nombreuses possibilités s'offriraient pour restructurer les cultures ou apporter un soutien permettant aux populations de se concentrer sur la plantation, l'entretien et la protection des forêts.
Sixièmement, promouvoir le développement concentré des plantes médicinales sous la canopée forestière afin de tirer parti des atouts du microclimat et de l'altitude du district de Ky Son, en collaboration avec les entreprises pharmaceutiques. Encourager l'entrepreneuriat innovant dans le domaine des plantes médicinales et valoriser les connaissances locales en la matière, ainsi que les remèdes traditionnels.
Deuxièmement, il existe une feuille de route pour le développement du tourisme vert dans le district ; en lien avec les districts de Con Cuong et Nam Dan, la ville de Vinh - la ville de Cua Lo et Xieng Khouang - Luang Prabang (Laos).

Huitièmement, le Conseil populaire provincial et le Comité populaire devraient doter le district de Ky Son d'un mécanisme et d'une politique adaptés et spécifiques afin de l'aider à surmonter les difficultés et à tirer profit de ses atouts forestiers. Il s'agirait notamment d'une politique différenciée permettant aux populations pauvres et quasi-pauvres du district de Ky Son de subvenir à leurs besoins en plantant, protégeant, restaurant et développant les forêts par leurs propres moyens, au lieu de les contraindre, comme c'est le cas actuellement, à refuser ou à craindre d'acquérir des terres forestières.
Dans un premier temps, des investissements et des compensations devraient être accordés aux populations locales pour la restauration et le reboisement des forêts de production, selon un mécanisme similaire à celui appliqué aux forêts protégées, et ce jusqu'en 2030. Il convient de créer les conditions favorables et d'apporter un soutien au district afin d'attirer des entreprises spécialisées dans la culture et la transformation de plantes médicinales, de produits forestiers et le tourisme. Il est particulièrement crucial d'attirer des projets d'aide publique au développement (APD) pour la restauration et le développement des forêts, notamment en soutenant les procédures de crédits carbone et le développement des moyens de subsistance des populations locales.

Le plan provincial de Nghệ An à l'horizon 2030 et sa vision à l'horizon 2050, approuvés par le Premier ministre le 14 septembre 2023, prévoient une restructuration de l'économie axée sur l'innovation des modèles de croissance, le développement d'une économie verte, d'une économie circulaire et d'une économie numérique. Il vise notamment à maintenir le couvert forestier à un niveau stable de 58 %.
La restauration et la mise en valeur des forêts du district de Ky Son permettent non seulement à ce dernier de tirer parti de ses atouts, de développer son économie forestière, de surmonter les conséquences de la déforestation et d'atténuer les risques de catastrophes naturelles, mais aussi aux districts des zones de moyenne et basse montagne de convertir près de 90 000 hectares de terres forestières à d'autres usages, ce qui se traduit par une utilisation plus efficace des sols tout en préservant le couvert forestier. C'est ce qui justifie la mobilisation de toute la province en faveur de Ky Son.


