Négociations de paix en Ukraine : Washington exige des concessions territoriales de Kiev, l'Europe envisage l'envoi de troupes.
Les négociations à Berlin sont au point mort, les États-Unis faisant pression sur l'Ukraine pour qu'elle cède du territoire afin de mettre fin au conflit cette année. Parallèlement, le président Donald Trump affirme que Kiev a « de facto perdu du territoire », et les dirigeants européens proposent le déploiement d'une force multinationale dans la zone de conflit.

Les États-Unis ne feront aucun compromis sur la feuille de route pour la paix.
D'après le Wall Street Journal (WSJ), les négociateurs américains semblaient « peu disposés à faire des compromis » avec l'Ukraine concernant la feuille de route pour la paix proposée par le président Donald Trump. Une source anonyme a qualifié de « difficiles » les discussions entre les représentants américains et ukrainiens à Berlin les 14 et 15 décembre.
Le Wall Street Journal rapporte que les négociations se sont transformées en un bras de fer. Washington fait pression pour des décisions rapides afin de mettre fin au conflit ukrainien d'ici la fin de l'année. Le principal point de désaccord concerne les concessions territoriales. Selon certaines sources, Kiev a rejeté la demande de Washington de retirer ses troupes des parties de la région de Donetsk encore contrôlées par l'Ukraine.
Reuters a cité un responsable américain anonyme affirmant que Washington est prêt à fournir à Kiev des garanties de sécurité dans le cadre de l'article 5 de l'OTAN (engagement de défense collective), mais seulement si « une conclusion positive est atteinte ».
À l'issue d'une rencontre à Berlin avec les envoyés de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souligné que « la question des concessions n'est absolument pas à l'ordre du jour ». Cependant, Zelensky avait auparavant laissé entendre qu'un référendum sur les concessions territoriales pourrait être organisé, à condition que des garanties de sécurité soient préalablement fournies par les pays occidentaux.
Trump : L'Ukraine « a perdu du terrain »
Alors que les diplomates s'engageaient dans un débat houleux, le président américain Donald Trump a tenu des propos sans détour à la Maison Blanche le 15 décembre. Interrogé sur les motivations de l'Ukraine à céder du territoire, Trump a laissé entendre que cela était peut-être déjà un fait accompli.
« Franchement, ils ont perdu du terrain. Je veux dire, ils ont perdu du terrain », a déclaré Trump aux journalistes. « Mais en matière de sécurité… Nous travaillons à empêcher qu’une nouvelle guerre n’éclate. »
M. Trump a également révélé avoir parlé directement avec le président russe Vladimir Poutine et se dit convaincu que Moscou est sincère dans sa volonté de mettre fin au conflit. Il a déclaré que l'objectif est de réunir toutes les parties autour d'un même objectif.
L’administration Trump aurait proposé un plan de paix exigeant de Kiev qu’elle abandonne ses ambitions d’adhérer à l’OTAN, ainsi que ses revendications sur la Crimée et la région du Donbass (Lougansk et Donetsk), en échange de garanties de sécurité.
L'Europe propose d'envoyer des troupes de maintien de la paix.
Face aux pressions des États-Unis et à l'évolution complexe des négociations, les dirigeants européens cherchent à renforcer leur rôle.
D'après une déclaration conjointe publiée à l'issue des pourparlers de Berlin, les dirigeants de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et de huit autres pays européens ont proposé des « garanties de sécurité solides » pour Kiev. Ce plan prévoit notamment le déploiement d'une « force multinationale sous commandement européen en Ukraine », dans le cadre de la « Coalition des États prêts » et avec le soutien des États-Unis.
Cette force devrait appuyer la reconstruction de l'armée ukrainienne, protéger l'espace aérien et assurer la sécurité maritime, et même opérer sur le territoire ukrainien. Par ailleurs, l'Europe a proposé un mécanisme, sous l'égide des États-Unis, de surveillance et de vérification du cessez-le-feu.
Cette proposition suscita toutefois des divisions en Europe. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, la rejeta immédiatement, déclarant que son pays avait besoin de troupes pour « protéger le flanc est de l'OTAN ». L'Italie refusa également catégoriquement d'envoyer des troupes en Ukraine.
La réaction de la Russie
Moscou maintient une position ferme face aux derniers développements. Le conseiller du président russe, Iouri Ouchakov, a souligné en début de semaine que le Donbass est un territoire russe souverain et que Moscou rétablira son contrôle sur l'ensemble de la région « d'une manière ou d'une autre ».
La Russie rejette catégoriquement toute forme de présence militaire de l'OTAN ou européenne en Ukraine. Le Kremlin affirme que Kiev exploiterait tout cessez-le-feu pour se réarmer et regrouper ses forces. Moscou maintient que la Crimée et le Donbass, qui ont voté pour le rattachement à la Russie, sont des territoires non négociables.
Dans un contexte de tensions croissantes à la table des négociations, le président Zelensky a réaffirmé que Kiev ne reconnaîtrait pas le Donbass comme appartenant à la Russie, « ni juridiquement ni en pratique ».


