Hormuz sur l'échiquier géopolitique : qui gagne, qui perd ?
À son point le plus étroit, le détroit d'Ormuz ne mesure que 33 kilomètres de large, et pourtant, il abrite le cœur de l'économie mondiale. Ces derniers jours, le monde a retenu son souffle, suivant avec attention chaque événement survenu à ce point de passage du Golfe, car les déclarations contradictoires des responsables américains et iraniens, ainsi que plusieurs attaques contre des navires commerciaux, ont fait de la région un point névralgique des préoccupations internationales.


À son point le plus étroit, le détroit d'Ormuz ne mesure que 33 kilomètres de large, mais il constitue le cœur même de l'économie mondiale. Ces derniers jours, le monde a retenu son souffle, suivant avec attention chaque événement survenu à ce point de passage du Golfe, car les déclarations contradictoires des responsables américains et iraniens, ainsi que plusieurs attaques contre des navires commerciaux, ont fait de la région un point névralgique des préoccupations internationales.
La question qui se pose désormais est la suivante : en l’absence de compromis ou de désescalade de la part des États-Unis et de l’Iran concernant la fermeture ou l’ouverture du détroit d’Ormuz, que se passera-t-il lorsque 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole sera interrompu ? Dans cette lutte géopolitique intense, qui tirera profit de la situation et qui en subira les conséquences les plus graves ?
Les journaux, stations de radio et de télévision de Nghe An ont réalisé une interview de M. Pham Quang Vinh, ancien ambassadeur du Vietnam aux États-Unis et ancien vice-ministre des Affaires étrangères du Vietnam.
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Présent:Huu Quan24 avril 2026

PV : Monsieur Pham Quang Vinh, nous avons récemment constaté l'ouverture puis la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran en l'espace de 48 heures. Après l'échec des négociations au Pakistan, l'armée américaine a déployé un porte-avions et participé directement au blocus des ports iraniens. À votre avis, cette action a-t-elle mis Washington en danger ?
M. Pham Quang Vinh :Il est nécessaire d'examiner l'ensemble des développements depuis le début du conflit le 28 février : les attaques militaires intenses, la réaction de l'Iran, le cessez-le-feu de deux semaines, l'échec des négociations à Islamabad, puis le renforcement du blocus du détroit d'Ormuz par les États-Unis.

À mon avis, les États-Unis utilisent le blocus pour exercer une pression immense sur l'Iran. Cependant, l'Iran n'affronte pas directement la situation, mais l'exploite pour faire de la sécurité maritime dans le détroit d'Ormuz un enjeu crucial du conflit. Si les États-Unis restreignent le trafic maritime lié à l'Iran, Téhéran pourrait paralyser complètement le détroit.
Ainsi, la perturbation du détroit d'Ormuz est devenue une conséquence directe de la confrontation américano-iranienne. D'un autre point de vue, le blocus a servi à la fois d'instrument de pression et de moyen d'éviter une escalade militaire de grande ampleur, les deux camps ayant déjà subi des pertes importantes. Toutefois, il comportait également un risque de représailles, prenant de fait en otage cette voie maritime stratégique.


PV : Peut-on comparer la crise pétrolière actuelle à celle de 1973 ? Pourquoi, plus d’un demi-siècle après, le détroit d’Ormuz représente-t-il encore une vulnérabilité critique pour la sécurité énergétique mondiale ?
M. Pham Quang Vinh :Ces deux crises étaient liées aux approvisionnements pétroliers du Moyen-Orient, une région qui fournit environ 20 % du pétrole mondial. Cependant, les contextes géopolitiques étaient très différents.

En 1973, la crise était due à un embargo délibéré imposé par les pays arabes aux États-Unis et à l'Occident. Actuellement, la principale cause est la guerre, qui a perturbé le trafic maritime via le détroit d'Ormuz : le pétrole est disponible, mais ne peut être exporté.
Une différence majeure réside dans la direction des exportations : actuellement, environ 80 % du pétrole de cette région est expédié vers l’Asie-Pacifique, et non plus principalement vers l’Occident comme auparavant. Par ailleurs, le conflit a des répercussions directes sur les installations de production du Qatar, de Bahreïn et des Émirats arabes unis.

Sur le plan financier, alors que 1973 a vu un affaiblissement du dollar américain et un transfert de fonds vers l'or, le dollar américain est maintenant orienté à la hausse – une différence très notable.

PV : La Chine et la Russie se sont opposées à un projet de résolution sur le détroit d'Ormuz au Conseil de sécurité de l'ONU, appelant à la retenue et à une action diplomatique. Selon vous, quel rôle jouent ces deux pays dans cette crise ?
M. Pham Quang Vinh :La Chine et la Russie s'opposent aux résolutions autorisant le recours à « toutes les mesures nécessaires », car cela implique l'usage de la force et pourrait aggraver les tensions. Elles privilégient une solution politique.

Toutefois, faire progresser les négociations n'est pas chose aisée, car cela dépend des décisions des États-Unis et de l'Iran. Bien que l'on dispose d'informations sur le niveau de soutien à l'Iran, un suivi plus poussé est nécessaire.
Il convient de noter que la Chine a joué un rôle de médiateur, notamment par le biais du Pakistan, pour amener l'Iran à la table des négociations. Néanmoins, les États-Unis et l'Iran sont restés les deux facteurs déterminants.


PV : Si le système d'Ormuz était perturbé pendant 3 à 6 mois, voire complètement interrompu, comment l'ordre énergétique mondial évoluerait-il ? Existe-t-il des voies de transport alternatives ?
M. Pham Quang Vinh :Une perturbation du cycle d'Ormuz aurait des répercussions multiples sur l'économie mondiale : de la croissance, à l'inflation et aux taux de change, en passant par les marchés financiers.

Actuellement, aucune autre source d'approvisionnement n'est capable de remplacer 20 % du pétrole qui transite par ce détroit. Des solutions comme les oléoducs traversant la mer Caspienne ou la mer Rouge ne permettent pas d'atteindre un volume de transport équivalent.
Par conséquent, à court terme, il n'existe pratiquement aucune alternative efficace.

PV : En cas de resserrement du détroit d'Ormuz, quels pays pourraient en bénéficier et quelles économies seraient les plus durement touchées ?
M. Pham Quang Vinh :Cette crise a touché l'ensemble de l'économie mondiale. Cependant, les pays du Golfe ont été les plus durement touchés, subissant à la fois des perturbations de la production et l'impossibilité d'exporter du pétrole, leur principale source de revenus.
Les pays asiatiques dépendants des importations d'énergie sont également confrontés à des difficultés. Certains pays disposant d'importantes réserves, comme la Chine et le Japon, pourront peut-être surmonter la crise à court terme, mais de nombreux pays d'Asie du Sud-Est seront touchés immédiatement.
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Du côté des pays bénéficiaires, les États-Unis pourraient tirer un avantage relatif de leurs importantes réserves, de leur capacité d'exportation et de la vigueur du dollar. La Russie pourrait également vendre son pétrole à des prix plus élevés, mais reste soumise à d'autres contraintes.
Au final, aucun des deux camps ne « gagne » vraiment.

PV : Quels scénarios prévoit-il pour l'avenir proche ?
M. Pham Quang Vinh :Il existe trois scénarios principaux :
Scénario 1 :Une forte escalade militaire – au pire, avec de graves conséquences pour la région et le monde.

Scénario 2 :Si un accord politique est trouvé – dans le scénario le plus optimiste –, le détroit d'Ormuz pourrait être rouvert.
Scénario 3 :L’impasse persiste – pas de foyers épidémiques majeurs, mais des perturbations persistent.
J'espère que les efforts de médiation du Pakistan, de l'Égypte, de la Turquie et le rôle de la Chine pourront promouvoir le dialogue, réduire les tensions et rétablir progressivement le trafic routier à travers le détroit d'Ormuz.

PTV : De toute évidence, le détroit d'Ormuz n'est pas qu'une simple voie maritime, mais aussi un enjeu d'équilibre délicat dans l'ordre mondial actuel. Dans ce jeu géopolitique, la frontière entre gagnants et perdants est extrêmement ténue.
Un confinement pourrait offrir un avantage tactique temporaire, mais son prix serait une crise énergétique mondiale à laquelle aucune nation ne pourrait échapper. Et la plus grande « perte », en fin de compte, est la stabilité et la paix de l’humanité.
Nous tenons à exprimer notre sincère gratitude à M. Pham Quang Vinh pour sa participation à cette interview avec le journal et la chaîne de radio-télévision Nghe An.



