L'Iran aide le Venezuela à créer une « bulle » militaire près des États-Unis.
La coopération militaire irano-vénézuélienne ne fait pas de Caracas une menace existentielle pour les États-Unis, mais elle crée une importante zone d'interdiction d'accès et de surveillance dans les Caraïbes.
La coopération militaire entre l'Iran et le Venezuela crée une importante zone d'interdiction d'accès et de surveillance sur la côte caraïbe, à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes américaines. Bien que ces nouvelles capacités ne suffisent pas à faire du Venezuela une menace directe pour la survie des États-Unis, elles pourraient néanmoins infliger des dommages considérables en cas de conflit.
Aperçu de la coopération Iran-Venezuela
Lorsqu'on évoque l'« axe de résistance » iranien, les observateurs pensent souvent aux forces et aux réseaux présents au Liban, en Syrie, en Irak ou au Yémen. Cependant, Téhéran dispose également d'un partenaire stratégique situé dans l'hémisphère occidental : le Venezuela, à proximité de la mer des Caraïbes.
Depuis une vingtaine d'années, ces deux pays, fortement dépendants du pétrole, ont renforcé leur coopération dans les domaines industriel, économique et militaire. Selon Task & Purpose, cette coopération inclut le transfert de vedettes rapides, de missiles antinavires, de drones, et même la présence de forces du Hezbollah.
L'aboutissement de ces efforts a été la signature, en juin 2022, d'un accord de coopération de 20 ans portant sur des projets pétroliers et gaziers, industriels et de défense. Grâce à cet accord avec l'Iran, le Venezuela est devenu une plaque tournante logistique dans l'hémisphère occidental, contribuant à contourner les sanctions de Washington tout en élargissant ses marchés pour le pétrole et les armes.
Téhéran a également trouvé un gouvernement disposé à accepter des navires de guerre, des avions et des conseillers militaires. En retour, Caracas a reçu du carburant, un savoir-faire technique en matière de raffinage pétrochimique et, surtout, un soutien industriel complet, allant des usines automobiles aux sites de fabrication de drones. Cela a permis au Venezuela d'accéder aux nouvelles technologies militaires iraniennes à un moment où le matériel russe devenait obsolète et difficile à renouveler.
Le Venezuela a souligné à plusieurs reprises et publiquement son « partenariat stratégique » avec l'Iran, tout en présentant des drones de fabrication nationale dont la conception est très similaire aux prototypes de Téhéran.
patrouilleurs rapides et « bulles » de défense maritime
Un aspect notable de la coopération militaire irano-vénézuélienne est le déploiement de vedettes rapides Peykaap III, également connues sous le nom de Zolfaghar. Ces navires iraniens, bien connus dans le golfe Persique, sont désormais déployés dans les eaux vénézuéliennes.
Le sous-marin de classe Peykaap III mesure plus de 17 mètres de long, atteint une vitesse de 52 nœuds et est équipé de deux missiles antinavires et de deux torpilles. Dans le golfe Persique, le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI) l'utilise selon une tactique d'« essaim » : il mobilise de nombreux petits bâtiments très manœuvrables pour approcher des navires plus importants depuis plusieurs directions afin de lancer des missiles et de concentrer sa puissance de feu.
Au Venezuela, une stratégie de combat similaire est employée. Ce qui rend ces navires particulièrement dangereux, c'est le missile antinavire CM-90, une version export du missile Nasr développé par l'Iran.
Le CM-90 possède une portée d'environ 90 km et une vitesse supérieure à 1 200 km/h grâce à son système de guidage radar actif. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une arme révolutionnaire, combiné à une plateforme de patrouilleur rapide mobile, il constitue un dispositif de défense côtière flexible et imprévisible.
Dans ce cadre, le Venezuela pourrait créer une « bulle » de défense et de surveillance efficace le long de ses côtes, notamment autour de bases navales stratégiques comme Puerto Cabello. Cela obligerait toutes les opérations navales dans la région à prendre en compte le risque d'attaques menées par de petites flottes de missiles antinavires.
| Système | Taper | Spécifications clés | Rôle opérationnel |
|---|---|---|---|
| Peykaap III / Zolfaghar | vedettes d'attaque rapide | Longueur > 17 m, vitesse 52 nœuds, 2 missiles antinavires, 2 torpilles | Une attaque en essaim, approchant le grand navire de plusieurs directions. |
| CM-90 | missile anti-navire | Portée d'environ 90 km, vitesse > 1 200 km/h, guidage radar actif. | Guerre anti-navire à courte et moyenne portée, défense côtière. |
réseau de drones et de missiles de croisière
Au-delà de ses capacités navales, la présence iranienne au Venezuela est clairement visible dans les airs grâce à ses drones et ses munitions d'attaque. Après avoir été engagée au combat en Irak, en Syrie, en Israël, au Yémen et en Ukraine, l'apparition de drones de conception iranienne en Amérique latine est perçue comme la prochaine étape de son développement.
La flotte de drones vénézuélienne combine actuellement des modèles anciens, des versions de fabrication locale et du matériel récemment importé. Depuis 2013, le Venezuela utilise le drone Arpía, qui est essentiellement une version sous licence du Mohajer-2.
En 2022, Caracas a introduit une version améliorée appelée Antonio José de Sucre (ANSU-100), affirmant qu'elle était entièrement produite localement grâce à un transfert de technologie en provenance d'Iran.
L'Iran a également fourni au Venezuela le Mohajer-6, un drone polyvalent de moyenne portée plus perfectionné, capable de fonctionner en continu pendant 12 heures et d'emporter des bombes guidées de précision de la série Qaem. Grâce à ce drone, le Venezuela peut non seulement effectuer des missions de reconnaissance, mais aussi mener des frappes de précision.
Concernant les munitions d'attaque, le Venezuela a dévoilé le Zamora V-1, un drone d'attaque monocible de type Shahed. Bien que sa portée et ses spécifications soient plus modestes que celles du Shahed-136 précédemment utilisé en Ukraine, la conception du Zamora V-1 révèle une influence iranienne manifeste.
Caracas a également présenté le drone furtif ANSU-200 à ailes de chauve-souris, que l'on pense inspiré du Shahed-171 iranien, lui-même basé sur le RQ-170 Sentinel américain saisi en 2011. Dans l'ensemble, ces systèmes suggèrent que l'Iran a fourni au Venezuela une technologie suffisamment avancée pour assembler ou modifier des drones sur place.
Cela permet au Venezuela d'imiter les tactiques employées pour attaquer les infrastructures et les navires que les autres partenaires de l'Iran déploient dans diverses zones de conflit. Dans le « package d'exportation » iranien, les armes ne constituent qu'une partie ; le reste comprend du personnel, des financements et un réseau d'intermédiaires pour soutenir le déploiement effectif.
Importance stratégique pour les États-Unis et la région des Caraïbes.
Globalement, la coopération irano-vénézuélienne ne fait pas de Caracas un rival de taille capable de menacer directement la survie des États-Unis. La structure militaire et l'envergure militaro-économique du Venezuela demeurent limitées par rapport à celles des États-Unis.
Cependant, la combinaison de vedettes d'attaque rapide équipées de missiles antinavires, d'un réseau de drones et de missiles de croisière, ainsi que d'un soutien en personnel et d'un réseau de supplétifs, a créé une importante zone d'interdiction d'accès et de surveillance en plein cœur des Caraïbes.
Il ne s'agit pas d'une seconde « crise des missiles de Cuba », mais d'un contexte stratégique bien plus complexe pour toute opération militaire américaine autour du Venezuela. Dans ce contexte, les calculs relatifs à l'usage de la force, s'ils ne sont pas effectués avec précaution, pourraient mener à des erreurs ou à des décisions hâtives, déclenchant à tout moment des scénarios de conflit dangereux.


