patates douces moelleuses de Nghi Loc
(Baonghean) – Je suis retourné dans la région productrice de pommes de terre du district de Nghi Loc. L’ancienne route de sable blanc de Nghi Truong est désormais bétonnée, et des maisons aux toits de tuiles rouge vif côtoient des maisons aux toits plats.
Mme Tran Thi Toan (63 ans), du hameau n° 11 de Nghi Truong, est assise et arrange des patates douces germées. « Bonjour madame, j'ai entendu dire que vous aviez distribué bénévolement des patates douces séchées aux familles pauvres du village. Je suis venue ici dans l'espoir d'en apprendre davantage sur les patates douces séchées de notre région… » Mme Toan sourit gentiment : « C'est une histoire du passé. À l'époque, les patates douces étaient une véritable bouée de sauvetage pour de nombreuses familles démunies. Après la récolte, les plus belles étaient données aux proches, et les autres étaient bouillies et séchées. On pouvait aussi laver, couper en tranches et sécher les patates douces fraîches pour les conserver en prévision des disettes. Dans la commune de Nghi Truong, chaque foyer possédait un bocal de patates douces séchées qu'il consommait petit à petit. »
À l'époque, la famille de Mme Toan possédait la plus grande superficie de terres de la région. Pendant la récolte hivernale des patates douces, l'espace sous leur lit débordait de ces patates. Blanches à la chair jaune, elles se fendaient facilement à la cuisson, et il était facile de s'étouffer avec. C'est pourquoi, chaque fois que la famille mangeait des patates douces, elle les accompagnait d'une théière de thé vert. On faisait aussi bouillir les patates douces, puis on les séchait pour une utilisation ultérieure. La mère de Mme Toan expliquait que les patates douces séchées étaient un aliment de base que l'on pouvait consommer progressivement en cas de faim, sans avoir besoin de les faire cuire à nouveau. Les nuits de pleine lune, tout le village se réunissait dans la cour pour les couper. Il y avait deux façons de les couper : en diagonale, en longueur, ou en rondelles. Sa mère disait que la découpe des patates douces demandait aussi de l'habileté : il fallait que les morceaux soient réguliers, sinon certains seraient secs et d'autres humides, et elles se gâteraient facilement dans les bocaux.
La préparation de ces bocaux de patates douces moelleuses est un travail de longue haleine. Cultivées dans un sol sableux, les patates douces sont très riches en amidon. Durant les longues journées pluvieuses d'hiver, Mme Toan et sa fille partaient à la recherche de grosses tiges de bambou, les fendaient en planches et les tressaient en nattes. Elles y étalaient ensuite les patates douces et les faisaient sécher au-dessus d'un poêle à bois. Le bois était gorgé d'eau et la fumée leur brouillait la vue. Le séchage de plusieurs fournées leur prenait toute la nuit. La préparation d'un seul bocal exigeait de veiller plusieurs nuits d'affilée, et l'arôme fumé imprégnait chaque morceau de patate douce.
Mme Toan raconta l'histoire, le regard perdu au loin, évoquant des souvenirs d'une époque révolue. Lorsque nos soldats traversaient le village, sa mère les attendait au bord de la route, un sac de purée de patates douces et un autre de biscuits à la patate douce à mâcher à la main, en guise de cadeaux. Un jeune soldat du Nord, découvrant pour la première fois la saveur sucrée, moelleuse et parfumée de la patate douce, fut ravi et s'exclama joyeusement : « Maman, tes biscuits à la patate douce sont délicieux ! Après la guerre, j'aimerais devenir ton gendre pour apprendre à les faire, ce serait formidable, n'est-ce pas, maman ? »

Mme Toan et son mari coupent des patates douces en vue de leur séchage. Photo : TH
À l'époque, dans ce village, la famille Ngo était la plus pauvre de la commune. Ils n'avaient même pas de pommes de terre à manger. Chaque jour, Mme Toan apportait secrètement des pommes de terre chez Mme Ngo, à l'insu de sa mère. Quand celle-ci l'apprit, elle s'attendait à une réprimande, mais au lieu de cela, sa mère la félicita en disant : « Tu es une personne aimable et compatissante qui prend soin des pauvres. » Je me souviens d'une fois où un orage éclata, après une nuit de fortes pluies. Les champs et les chemins du village furent inondés. Les pommes de terre collantes étaient alors extrêmement précieuses. Les gens retroussaient leurs pantalons au-dessus des genoux et criaient : « Avez-vous besoin de quelque chose ? Avez-vous encore des pommes de terre collantes ? », en brandissant des sacs de pommes de terre collantes. Voilà à quel point les habitants de Nghi Loc sont sincères et simples !
Dans sa jeunesse, Mme Toan marchait pieds nus sur le chemin de sable blanc, portant des paniers de patates douces jusqu'au marché du district (marché Quan Hanh) pour les vendre et gagner de quoi acheter du riz. À l'époque, de nombreux villageois y apportaient des patates douces. Une longue bande le long du petit canal était bordée d'étals proposant ces patates douces ; on l'appelait même, non sans humour, « le marché aux patates douces ». Chaque matin, Mme Toan se levait à l'aube, vérifiait les pneus de son vélo, mettait les patates douces dans des paniers et les recouvrait soigneusement de plastique pour éviter que la pluie ne les abîme. À midi, affamée, elle mangeait avec plaisir une poignée de patates douces, puis s'appuyait contre un tronc d'arbre pour faire une sieste en attendant de les vendre au marché de l'après-midi. Aujourd'hui, les patates douces se font rares. La campagne d'autrefois s'est développée et a prospéré. On se souvient toujours de ces souvenirs, d'une époque de pauvreté mais empreinte d'une grande solidarité.
À Nghi Truong, ce n'est pas la saison des pommes de terre, mais de nombreuses familles conservent encore plusieurs dizaines de kilos de pommes de terre fraîches sous leurs lits. La pomme de terre fait partie intégrante de la vie de ces habitants depuis leurs débuts modestes, et même avec l'amélioration de leurs conditions de vie, ils ne l'ont pas abandonnée. Mme Toan plante une récolte de pommes de terre par an, durant la saison hiver-printemps. Après la récolte du riz (en novembre), ils sèment les pommes de terre. La paille, en plus de protéger les buffles et les vaches du froid, constitue un précieux engrais pour les plants, ce qui permet d'obtenir des rangées d'un vert luxuriant. Montrant les pommes de terre germées sous son lit, Mme Toan explique : « Ces pommes de terre ne sont pas destinées à la vente ; elles serviront de semences pour la saison prochaine. Nous en plantons moins qu'avant, mais nous privilégions la qualité. Chaque pomme de terre est grosse, ronde, à la chair jaune, sucrée et savoureuse ; elles se vendent très facilement. »

Patate douce moelleuse (Photo : PV)
Tout en parlant des patates douces de Nghi Truong, mes pensées se sont étendues à celles de la province de Nghe An, immortalisées par la chanson « Patates douces jaunes de Nghe An, plus on les mâche, plus leur saveur est riche » (Poème de Huy Can). Cette patate douce simple et rustique est profondément ancrée dans le cœur des habitants de ma région natale, une terre de vents chauds et de sable blanc, et les a aidés à surmonter des années de pauvreté. Outre ces patates douces moelleuses, les habitants de Nghe An proposent de nombreux autres plats à base de patates douces : purée, soupe sucrée, galettes, riz… Impossible de ne pas me souvenir de mon enfance, de ces journées passées dans les champs avec mes amis à glaner des patates douces, sous un soleil de plomb ou une bruine fine. C'était un vrai plaisir ; elles n'étaient jamais entières, et pourtant, nous étions tous si heureux.
Dans mon village natal, la moitié des habitants sont pêcheurs, l'autre moitié agriculteurs ; ils ne cultivent donc qu'une seule récolte de patates douces d'hiver par an. Ma mère, elle aussi, en avait planté une parcelle le long des marais salants. À chaque saison, ma grand-mère lavait les patates douces une à une jusqu'à former un gros tas (environ cent kilos), puis les faisait bouillir longuement pour les rendre tendres.
Chaque matin, à mon réveil, je voyais les mains ridées de ma grand-mère retourner les patates douces séchées, s'assurant qu'elles soient bien sèches au soleil. Mes sœurs et moi, rentrant de l'école le ventre affamé, nous précipitions dans la maison où se trouvait le bocal de patates douces séchées, en attrapions une poignée et les dévorions avec délectation.
Par temps froid, je ressens une pointe de nostalgie pour la ville natale de ma mère, avec sa patate douce moelleuse, un en-cas préféré de toute la famille, même les jours de pluie… C’est pourquoi, peu importe où et quoi que fassent les habitants de Nghe An, ils n’oublieront jamais le goût de chez eux !
Thu Huong


