Dernière partie : Faire évoluer les mentalités pour répondre aux changements climatiques
Face à des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents, avec des vagues de chaleur et des sécheresses accrues, la province de Nghệ An ne peut plus se contenter d'une approche de « gestion saisonnière de la sécheresse ». Elle doit désormais adopter une stratégie d'adaptation à long terme, considérant la sécheresse comme une nouvelle condition du développement. Ceci implique une transformation synchronisée : de la prévision et de la gestion des risques climatiques à la réorganisation de la production agricole et à la modernisation de la gestion, de la répartition et de l'utilisation efficiente des ressources en eau.

Équipe de journalistes |Conception:Huu Quan27 juin 2026
Face à des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents, avec des vagues de chaleur et des sécheresses accrues, la province de Nghệ An ne peut plus se contenter d'une approche de « gestion saisonnière de la sécheresse ». Elle doit désormais adopter une stratégie d'adaptation à long terme, considérant la sécheresse comme une nouvelle condition du développement. Ceci implique une transformation synchronisée : de la prévision et de la gestion des risques climatiques à la réorganisation de la production agricole et à la modernisation de la gestion, de la répartition et de l'utilisation efficiente des ressources en eau.
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À mon avis, les sécheresses ne sont plus un phénomène exceptionnel, mais deviennent progressivement un facteur permanent de l'environnement de la production agricole. Par conséquent, les mentalités en matière de développement doivent évoluer en conséquence.
Auparavant, nous parlions souvent de « gestion de la sécheresse », c’est-à-dire que nous nous concentrions uniquement sur la réponse et la gestion de la situation immédiate par des solutions d’urgence lors des sécheresses. Cependant, face à des changements climatiques de plus en plus extrêmes et imprévisibles, cette approche n’est plus adaptée. Il est nécessaire d’adopter une mentalité de « vivre avec la sécheresse », de considérer la sécheresse comme une nouvelle norme et de s’y adapter de manière proactive.
Beaucoup pensent que le Vietnam est un pays aride, mais c'est inexact. Chaque année, nous recevons environ 600 milliards de mètres cubes d'eau de pluie, avec une pluviométrie moyenne d'environ 1 800 mm. Le problème réside dans le fait que 70 à 80 % de ces précipitations tombent pendant la saison des pluies, tandis que la saison sèche est prolongée et engendre de graves pénuries d'eau. Le paradoxe de l'agriculture vietnamienne n'est pas simplement un manque d'eau, mais plutôt une répartition inégale des ressources hydriques, aggravée par des pratiques de gestion de l'eau inadéquates et incohérentes.

Selon moi, la capacité à « vivre avec la sécheresse » repose sur trois piliers. Premièrement, la conservation de l'eau, en garantissant un approvisionnement suffisant pour la production et la vie quotidienne. Deuxièmement, une gestion optimale de l'eau, au bon moment, au bon endroit et en fonction des besoins de chaque région de production et de chaque type de culture et d'élevage. Troisièmement, une utilisation intelligente, économique et efficace de l'eau, considérée comme une ressource limitée qu'il convient de préserver.
Pour Nghệ An, province possédant la plus grande zone aride du Centre-Nord, la nécessité d'adaptation se fait encore plus pressante. À mon avis, il est indispensable de promouvoir la plantation et la protection des forêts en amont du fleuve Lam afin d'accroître la capacité de rétention d'eau des sols, de reconstituer les ressources en eau souterraine et de réguler progressivement le débit en aval. Parallèlement, il est nécessaire de passer d'une gestion sectorielle à une gestion intégrée de l'ensemble du bassin du Lam.
Par ailleurs, la restructuration des cultures doit s'appuyer sur les données relatives aux ressources en eau et aux conditions écologiques de chaque région. Les zones disposant de sources d'eau fiables devraient privilégier les cultures adaptées ; celles sujettes à des pénuries d'eau fréquentes devraient opter sans hésiter pour des cultures plus résistantes à la sécheresse. L'application de méthodes d'irrigation économes en eau doit également être fortement encouragée. Dans une agriculture moderne et numérique, l'irrigation doit répondre aux besoins de croissance des cultures et ne peut plus se permettre le gaspillage d'eau comme par le passé.

Je pense que Nghe An ne devrait pas viser une approche de « victoire rapide » face à la sécheresse, mais plutôt construire de manière persistante un secteur agricole capable de s'adapter à des conditions de sécheresse prolongées.
Après 45 ans d'expérience dans l'agriculture, j'ai constaté que nombre de transformations majeures du secteur ont débuté dans un contexte difficile, et non dans des circonstances favorables. Le changement climatique adresse également un message très clair à Nghệ An : il ne s'agit pas de produire toujours plus, mais de créer davantage de valeur par hectare de terre, par mètre cube d'eau et par unité de travail.
D'un point de vue positif, la sécheresse peut devenir un moteur de restructuration de l'agriculture vers une production à plus forte valeur ajoutée ; en passant d'une production monosectorielle à un écosystème agricole circulaire ; en favorisant l'innovation institutionnelle, en réorganisant la planification et en restructurant la production.
Ce que je tiens à souligner, c'est que la sécheresse ne crée pas un nouveau système agricole. C'est la façon dont les populations y réagissent qui détermine l'avenir de l'agriculture. Si nous parvenons à transformer cette pression en un moteur d'innovation, nous pouvons tout à fait bâtir un système agricole plus efficace et durable, même face à un climat de plus en plus rigoureux.
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De par mon expérience pratique en gestion et administration, j'ai constaté que les sécheresses et les phénomènes météorologiques extrêmes ne constituent pas de simples difficultés passagères, mais exercent une pression structurelle sur l'agriculture. Cette pression nous contraint à repenser notre approche du développement pour adopter une vision plus fondamentale et à plus long terme.
La province souhaite désormais abandonner une vision de l'agriculture axée uniquement sur la production alimentaire et adopter une approche agro-économique privilégiant la valeur ajoutée, l'utilisation efficace des ressources et l'adaptabilité au marché. Cela implique une transformation profonde, de la planification et de l'organisation de la production aux mécanismes de liaison.

Nous procédons tout d'abord à un examen approfondi et à un redécoupage des zones de production agricole en fonction des ressources en eau, des caractéristiques des sols et des niveaux de risque climatique. Les zones bénéficiant d'une gestion fiable de l'eau seront orientées vers une agriculture intensive, des applications de haute technologie et une meilleure qualité des produits. À l'inverse, les zones fréquemment touchées par des pénuries d'eau et devenues impropres à la riziculture devront être résolument converties à des cultures résistantes à la sécheresse ou à d'autres modèles de production plus efficaces.
En effet, la conversion de près de 2 200 hectares de rizières à faible rendement en d'autres cultures telles que le maïs, la canne à sucre, le manioc, les légumes, le lotus, etc., a généré des bénéfices économiques considérables, bien supérieurs à ceux d'avant. Cela constitue un atout majeur pour poursuivre l'expansion des surfaces converties.
Parallèlement, la province encourage le remembrement et le regroupement des terres afin de former de vastes zones de production, créant ainsi des conditions favorables à la mécanisation et attirant les investissements des entreprises. Nous sommes pleinement conscients que le recours exclusif aux petits exploitants agricoles rend très difficile l'adaptation aux changements climatiques et aux fluctuations du marché.

Une autre piste importante consiste à développer des modèles agricoles à faibles émissions, notamment la riziculture basée sur la compensation carbone. Il s'agit non seulement d'une solution pour économiser l'eau, mais aussi d'une opportunité de participer au marché des crédits carbone, augmentant ainsi la valeur ajoutée des produits agricoles.
Je crois que, pour parvenir à un développement durable dans les conditions actuelles, il ne suffit pas d'ajuster simplement les techniques de production ; nous devons changer notre mentalité en matière de développement, de la façon dont nous utilisons les terres et l'eau à la façon dont nous organisons les chaînes de valeur agricoles.
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Je crois que l'aspect le plus inquiétant de la situation climatique actuelle n'est pas seulement la tendance au réchauffement climatique, mais aussi l'accroissement marqué de l'incertitude quant aux phénomènes météorologiques. Alors que par le passé, nous pouvions nous fier à des schémas relativement stables pour prévoir les saisons des pluies, les saisons sèches ou le calendrier des vagues de chaleur, ces schémas sont désormais profondément perturbés.
D’après les observations réalisées ces dernières années dans la région du Centre-Nord en général et dans la province de Nghệ An en particulier, j’ai constaté que les vagues de chaleur surviennent non seulement plus tôt, mais durent également plus longtemps et sont plus intenses. À de nombreuses reprises, les températures dépassent largement la moyenne pluriannuelle et battent des records. Parallèlement, on observe une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les fortes pluies localisées, les orages, les glissements de terrain et même les chutes de grêle.

Il est important de noter que ces phénomènes ne suivent plus les schémas spatio-temporels clairs d'antan. On observe des pluies torrentielles extrêmement fortes, concentrées sur de courtes périodes et des zones restreintes, mais d'une puissance destructrice immense. Cela complique la prévision et l'alerte précoce, car la nature non linéaire du climat devient de plus en plus manifeste.
À mon avis, ce changement est dû à une combinaison de facteurs. Le premier et le plus important est le changement climatique global, avec une nette tendance au réchauffement atmosphérique. S'y ajoute l'influence du phénomène ENSO, notamment lors de sa transition vers une phase El Niño intense, qui accroît la fréquence des sécheresses et des vagues de chaleur prolongées. Par ailleurs, la topographie complexe du centre du Vietnam, associée à une urbanisation rapide, contribue également à des variations locales des conditions météorologiques.

Dans ce contexte, je crois que les approches fondées sur l'expérience populaire ou des modèles climatiques obsolètes ne suffisent plus à garantir la sécurité de la production et de la vie quotidienne. Il est désormais indispensable d'adopter une approche résolument basée sur les données scientifiques et les systèmes d'alerte précoce. Il est essentiel que chacun consulte régulièrement les prévisions météorologiques officielles et considère les informations météorologiques comme un élément fondamental de ses plans de production, et non comme une simple référence.
Sur le plan météorologique, nous nous efforçons également d'améliorer la précision et la fiabilité des bulletins de prévision, et de renforcer les alertes en temps réel afin d'aider les autorités locales à réagir plus rapidement aux catastrophes naturelles exceptionnelles.
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Du point de vue de la gestion de l'eau, je crois que le plus grand défi aujourd'hui n'est plus le manque d'infrastructures, mais plutôt la manière dont nous exploitons et utilisons les ressources en eau. L'ancienne approche passive – fournir de l'eau lorsqu'elle est disponible et lutter contre la sécheresse en cas de besoin – n'est plus adaptée au contexte de changements climatiques de plus en plus extrêmes et imprévisibles.
À mon avis, nous devons impérativement adopter une gestion proactive des ressources en eau, fondée sur les données et les technologies. Cela implique que l'ensemble du processus, de la surveillance et des prévisions à la régulation et à la distribution, soit intégré dans un système unifié, au lieu d'être fragmenté comme auparavant.

Actuellement, le secteur de l'irrigation utilise progressivement des systèmes de capteurs automatiques, des caméras de surveillance et des données satellitaires pour surveiller en continu les niveaux d'eau dans de grands réservoirs tels que Ban Ve, Vuc Mau et Song Sao… Les mises à jour des données en temps réel aident les organismes de gestion à prendre des décisions plus précises en matière de régulation de l'eau, adaptées aux besoins réels de chaque zone de production.
Un autre point important est la gestion coordonnée des réservoirs du bassin du fleuve Ca. Cette solution stratégique permet de réguler les ressources en eau de manière flexible entre l'amont et l'aval, notamment lors de sécheresses prolongées. En pratique, ce mécanisme a permis d'assurer un approvisionnement en eau régulier à de nombreuses zones de production clés, limitant ainsi considérablement les pertes.

Par ailleurs, nous nous attachons à moderniser le réseau de canaux, en remplaçant les canaux en terre par des canaux renforcés afin de réduire les pertes d'eau. Dans le même temps, nous encourageons fortement l'adoption de méthodes d'irrigation économes en eau, telles que l'irrigation au goutte-à-goutte et l'irrigation par aspersion, en remplacement de l'irrigation par submersion traditionnelle, source d'un gaspillage important.
Je crois qu'à l'avenir, l'eau ne pourra plus être considérée comme une ressource « librement exploitable », mais comme une ressource économique limitée qu'il convient d'allouer, de calculer et d'utiliser efficacement. Dès lors, la gestion de l'eau ne sera plus seulement une tâche technique, mais deviendra un pilier essentiel du développement agricole durable face à des conditions climatiques de plus en plus difficiles.



