Un petit trou, une grande épave !

May 8, 2014 15:42

(Baonghean) – Le 7 mai, la Cour constitutionnelle de Thaïlande a rendu un arrêt sans appel : la Première ministre Yingluck Shinawatra a commis des actes anticonstitutionnels. Cet arrêt a servi de fondement à la conclusion ultérieure de la Cour constitutionnelle, qui a un impact considérable sur la carrière politique de Mme Shinawatra et sur le paysage politique thaïlandais : elle est contrainte à la démission.

Le procès a été ouvert suite à la plainte déposée le 2 avril 2014 par 27 sénateurs thaïlandais contre la Première ministre Yingluck Shinawatra. Ces derniers contestaient la constitutionnalité de la révocation, en 2011, du directeur de la sécurité nationale, Thawil Pliensree, par Yingluck Shinawatra. Ils l'accusaient également d'abus de pouvoir, l'ayant muté à un poste sans réelle autorité. Malgré les pressions exercées par les partisans du gouvernement, qui estimaient que la Cour constitutionnelle thaïlandaise cherchait constamment à nuire au gouvernement en place, et notamment à la Première ministre Yingluck Shinawatra, cette dernière a statué le 7 mai que Yingluck Shinawatra avait violé la Constitution et était, de ce fait, inéligible.

Saisie par 27 députés thaïlandais, la Cour constitutionnelle, en sa qualité d'organe directement chargé de garantir la cohérence du système juridique et la constitutionnalité du pouvoir exécutif, a conclu que la Première ministre avait violé la Constitution en procédant, en 2011, à la mutation du président du Conseil national de sécurité au profit d'un membre de sa faction. Lors du procès, les juges ont unanimement reconnu que Yingluck avait abusé de sa position de Première ministre pour intervenir dans cette mutation à son avantage. Le président de la Cour, Charoon Intachan, a déclaré à la télévision : « Le titre de Yingluck est révoqué ; elle n'est plus Première ministre. »

Dans sa décision, la Cour constitutionnelle a contraint à la démission non seulement le chef du gouvernement, mais aussi plusieurs ministres ayant soutenu le remaniement ministériel de 2011. Cette situation va sans aucun doute provoquer un bouleversement majeur de la vie politique thaïlandaise, notamment en raison du risque de voir une grande partie du gouvernement actuel quitter ses fonctions, laissant place à des luttes de pouvoir déjà complexes et sources de divisions.

Yingluck Shinawatra est la benjamine des neuf enfants de Lert Shinawatra et membre d'une famille politiquement influente. En août 2011, à 44 ans, elle est devenue la 28e Première ministre de Thaïlande et la première femme à occuper ce poste. Elle est souvent comparée à son frère Thaksin Shinawatra, l'ancien Premier ministre destitué. Bien qu'elle ait bénéficié d'un soutien important de ce dernier, elle a également dû faire face à de nombreux défis et difficultés, notamment en raison d'accusations de manipulation de son gouvernement par Thaksin.

Le 16 mai 2011, elle a été désignée par le parti Pheu Thai comme candidate au poste de Premier ministre en vue des élections générales du 3 juillet 2011. Bien qu'Yingluck ait auparavant refusé le poste de chef du parti et exprimé son refus de devenir Première ministre, préférant se concentrer sur les affaires, le coup d'État de 2006 contre Thaksin Shinawatra l'a fait changer d'avis et l'a amenée en politique tout à fait... par hasard.

Durant son mandat, la première femme Premier ministre de Thaïlande a dû faire face à une pression immense qui a agité la scène politique, culminant en de nombreuses manifestations prolongées qui ont parfois dégénéré en conflits et en crises. Pourtant, une situation paradoxale a surpris tout le monde. Malgré d'immenses difficultés, telles que l'approbation d'un fonds d'indemnisation pour les victimes des récents troubles politiques, l'allocation de 2 milliards de bahts aux familles des personnes décédées, blessées ou arrêtées à tort ; la mise en œuvre d'une politique de subventions au riz – l'achat de riz aux agriculteurs à des prix supérieurs au prix du marché afin de stimuler les revenus ruraux, ce qui a nui aux exportations thaïlandaises ; le projet de loi d'amnistie politique introduit par le gouvernement de Yingluck en 2013 ; et les protestations des riziculteurs contre la dette publique de plus de 100 milliards de bahts… rien de tout cela n'a pu dissuader la Première ministre. Une simple décision de réaffectation de personnel (le limogeage de Thawil Pliensree de son poste de directeur de la sécurité nationale en 2011) l'a plongée dans des démêlés judiciaires et a abouti à une conséquence irréversible : sa démission forcée.

La décision de la Cour constitutionnelle va sans aucun doute déclencher un processus nouveau et complexe : les partisans du gouvernement menacent de représailles si la Cour contraint le Premier ministre à la démission, tandis que l’opposition poursuit ses manifestations de grande ampleur. Ainsi, les tensions politiques qui perdurent depuis six mois en Thaïlande ne montrent aucun signe d’apaisement et pourraient même s’aggraver.

Chi Linh Son

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Article paru dans le journal Nghe An

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