La Malaisie vise l'autosuffisance en matière de missiles après un revers dans les négociations avec la Norvège.
L’annulation inattendue par la Norvège du contrat de fourniture de missiles NSM a incité la Malaisie à réorienter sa stratégie de défense, en se concentrant sur ses capacités de production d’armements nationaux, suivant le modèle réussi du Vietnam.
En décembre 2026, la Marine royale malaisienne devrait recevoir le KD Maharaja Lela, premier navire de sa classe de frégates la plus moderne. Cependant, un fait préoccupant est que le navire entrera en service sans son système de missiles antinavires principal, conséquence de scandales de gestion et de changements de politique de la part de son partenaire étranger.
Scandale financier et annulation de contrat en Norvège.
Le programme de construction navale malaisien de classe Maharaja Lela a englouti des budgets colossaux sans cesse prendre du retard. En 2022, malgré des dépenses publiques s'élevant à 6,08 milliards de ringgits (soit 2,9 milliards de dollars américains), aucun navire n'était achevé. Les enquêtes ont révélé qu'environ 1,4 milliard de ringgits ont été perdus ou restent introuvables en raison de déclarations de sinistre gonflées et de prix abusifs sur le matériel.

Les difficultés se sont accumulées lorsque le partenaire norvégien s'est rétracté de manière inattendue concernant la fourniture de missiles d'attaque navale (NSM). Bien que la Malaisie ait versé 95 % du montant du contrat (environ 150,5 millions de dollars), la Norvège a révoqué la licence d'exportation en mai 2026. Le motif invoqué était un durcissement des politiques de contrôle des armements, mais les analystes estiment que la réglementation américaine ITAR a également joué un rôle, les missiles utilisant des composants sensibles provenant des États-Unis.
Des efforts pour trouver des solutions alternatives et une feuille de route vers l'autonomie.
Pour combler son déficit de puissance de feu, le ministère malaisien de la Défense évalue en urgence des solutions alternatives, notamment les missiles ATMACA (Turquie), Haeseong (Corée du Sud), Exocet MM40 (France) et RBS-15 (Suède). Cependant, l'expérience norvégienne a fait prendre conscience à la Malaisie des risques liés à une dépendance exclusive envers les fournisseurs étrangers.
Six semaines seulement après l'incident, la Malaisie a annoncé son intention de produire localement des munitions pour roquettes et de se lancer dans la fabrication de missiles d'ici deux ans. Cette stratégie repose sur une coentreprise entre Weststar Defence Industries (WDI) et Rocket Technologies International (RTI), une entreprise australienne. Le projet, dont le lancement est prévu en 2028, vise le transfert de technologies clés et la mise en place d'une chaîne d'approvisionnement de défense en Malaisie.

Le modèle de missile VCM vietnamien est une source d'inspiration.
Dans sa quête d'autonomie, la Malaisie considère le Vietnam comme un modèle de réussite en Asie du Sud-Est. Le Vietnam a démontré sa capacité à développer de manière indépendante le système de missiles antinavires VCM grâce aux compétences de la Société de télécommunications et d'industrie militaires (Viettel).
Lors du Salon de la défense du Vietnam 2024, le Vietnam a officiellement lancé le système de défense côtière VCS-01 « Truong Son » ainsi que le missile VSM-01A « Song Hong ». Ceci témoigne de la maîtrise technologique du Vietnam, de la conception à la production en série.

Viettel maîtrise notamment des composants clés tels que le moteur à réaction VTJ-320 et le radar de guidage VASK-03. La maîtrise de ces technologies fondamentales permet au Vietnam de moderniser et de personnaliser proactivement ses lanceurs et ses véhicules de lancement en fonction de ses besoins opérationnels réels, sans être contraint par les conditions d'exportation étrangères.

À ce jour, le missile VCM a été testé avec succès sur des navires côtiers et de surface. Cette réussite permet au Vietnam de compléter son écosystème industriel de défense, depuis la maintenance des armes importées jusqu'à la production nationale de missiles de croisière modernes.

L'incident entre la Malaisie et la Norvège rappelle les vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement mondiale en armements. Le passage de la production de roquettes à celle de missiles de croisière demeure complexe, mais l'expérience vietnamienne démontre que des investissements constants dans les technologies nationales sont indispensables pour garantir une sécurité nationale durable.


