saison des litchis
(Baonghean) – Il n'y a pas de saison dont je me souvienne autant que celle des litchis dans ma ville natale. Ce n'est pas seulement leur goût sucré et persistant qui me reste en bouche, mais aussi la saveur salée du dur labeur de mes parents pour que cette récolte soit possible. Nous sommes à peine à la mi-mai, et maman m'appelle déjà : « Le litchi acidulé devant chez nous est déjà chargé de fruits rouge vif. Dès qu'ils seront mûrs, maman t'en enverra par camion ! »
Les yeux fermés, je revois avec une grande netteté les grappes de litchis croulant sous les fruits, le parfum enivrant qui se dégage de leur peau brun-rouge, de leur tronc rugueux et de leurs feuilles vertes. Parfois, je me dis que les litchis, en fleurs et chargés de fruits, débordent de vie comme une mère au sein bien rempli, allaitant son enfant. À chaque saison des litchis, le jardin, d'ordinaire si paisible, s'anime d'une effervescence nouvelle : abeilles et papillons s'y pressent dès l'éclosion des fruits et viennent butiner leurs douceurs. Je revois mon père, chaque après-midi, à la recherche des punaises qui s'accrochent aux jeunes grappes de litchis fragiles. Je revois ma mère, travaillant sans relâche, emballant soigneusement les litchis pour les vendre aux ouvriers qui rentrent tard du marché.
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| Image illustrative - Source : Internet |
Souvent, en rentrant de l'école, je voyais ma mère grimper aux litchis, la peau brûlée par les punaises ou les yeux gonflés, et j'avais tellement pitié d'elle. Un après-midi, sous le soleil rasant, en contemplant le verger de litchis, je ne ressentis plus cette joie immense, mais une profonde tristesse à cause de la sueur qui avait coulé sur la terre aride.
Cela fait maintenant quatre ans que j'étudie en ville, quatre saisons de récoltes de litchis qui se sont succédé malgré les difficultés de mes parents. Chaque fois que j'apprends que le prix des litchis a baissé cette année, j'ai le cœur serré, sachant que ma mère va passer de nombreuses nuits blanches, accablée par le poids des soucis. J'ai appelé pour lui dire que j'avais trouvé un emploi à temps partiel et que je n'aurais plus besoin de lui demander d'argent. Je pensais que cela la soulagerait, mais à sa voix tremblante, j'ai compris qu'elle pleurait au bout du fil. Elle m'a dit : « Fais de ton mieux pour tes études, ne t'inquiète pas pour l'argent. Notre récolte de litchis est excellente cette année. »
J'ai les yeux qui piquent, la douceur de mes lèvres est remplacée par le goût salé des larmes et d'un amour infini. Cette année, tout le Nord est frappé par une terrible sécheresse. Les pluies torrentielles qui font tomber les fleurs de litchi se font rares, et la sécheresse a réduit la récolte de litchis de ma mère. La chaleur a, quant à elle, fait chuter encore davantage le prix de ce fruit. Plus je sors, plus j'ai pitié des agriculteurs qui peinent toute l'année dans cette économie de marché en perpétuelle mutation.
Après ce rêve, j'ai perçu le parfum des litchis mûrs dans le jardin. Le lendemain matin, une vague de nostalgie m'a envahie, liée à un souvenir lointain. Quand j'étais petite, les litchis étaient bas et les chemins du village cahoteux. Ma mère portait de lourds paniers sur ses épaules : d'un côté, un panier de litchis rouges et mûrs ; de l'autre, moi, assise à les grignoter. Cette image m'a rappelé les difficultés qu'elle avait rencontrées et a fait naître en moi un profond amour maternel. Soudain, j'ai réalisé que cela faisait quatre ans que je n'étais pas rentrée chez moi pendant la saison des litchis.
Vu Thi Huyen Trang



